Exil, migrations et journalisme

Photo : Sophie Jeanneteau/EPJT

Avec Sarah FRERES, journaliste à Imagine Demain le monde, Mariam THIAM, journaliste à Africa Check (en visioconférence depuis le Sénégal), Ali MAHFOUD, Journaliste libyen
Eleonora CAMILLI, journaliste à Redattore Sociale. Animé par Amara MAKHOUL, rédactrice en Chef à France 24

 

Marianna Thiam raconte sa visite dans un centre de migrants au Niger. Elle y a rencontré un migrant camerounais, traumatisé par son voyage, qui a eu ces mots qui l’ont marquée : « Pendant le voyage, on a « plus de frère, plus de sœur, plus d’amis ».

Ali Mahfoud raconte, lui, son parcours de journaliste en Libye à demandeur d’asile en France.

Eleonora Camilli développe son travail journalistique sur la migration. Elle suit depuis 2015 la question de la migration en Europe notamment en Grèce, dans les Balkans, à la frontière franco-italienne. Elle étudie aussi la politique migratoire européenne qui cherche à tenir les migrants loin de ses frontières. Elle s’est également rendue aux frontières de l’Ukraine pour voir, avec la guerre, comment était gérée cette migration-là, et la comparer aux autres. Elle relève que, pour le cas de l’Ukraine, le choix d’aider les migrants est politique et que les Ukrainiens sont mieux traités que d’autres dans la même situation. Elle note par exemple que rien n’a changé depuis pour ceux de l’ile de Lampedusa par exemple : « On a créé un système où les réfugiés ne sont pas les mêmes, où les droits ne sont pas les mêmes ».

Sarah Frère a travaillé sur la question de la migration « légale » en Belgique (étudiants, travailleurs) et notamment sur la question des procédures. Ces dernières sont externalisées ce qui donne un service public de l’immigration inaccessible. Cette situation se voit sans réponse politique concrète.

Amara Makhoul, de par son travail pour Infomigrants, rappelle que les migrants sont une audience particulière. Elle rappelle aussi l’importance du vocabulaire qui, dans son cas, participe de la confiance dans le média.

Première piste de réflexion : l’importance du vocabulaire pour la couverture du sujet.

Marianna Thiam distingue différents enjeux. Les termes utilisés par les gouvernements répondent souvent à des enjeux politiques. Donc les États retiennent des définitions qui sont en accord et facilitent leurs propres politiques migratoires. C’est pour cela que les pays ne sont pas d’accord sur les définitions. Ensuite, les termes utilisés par les journalistes se font les véhicules de certains stéréotypes. Elle cite comme exemple le terme migrant, qui connote « l’Africain qui vient en Europe », qu’elle oppose à « l’expatrié européen qui va travailler aux États-Unis ». Une personne qui utilise ces termes peut mal les utiliser, de manière active à des fins de désinformation ou de manière passive comme conséquences de préjugés. Elle rappelle que le journaliste est influencé par sa communauté et son milieu d’origine et qu’il se doit de faire attention à cette question du vocabulaire.

Sarah Frère raconte qu’il existe en Belgique des recommandations terminologiques faites par le Conseil de déontologie journalistique. Ces recommandations ont été formulées dans les années quatre-vingt-dix, suite à une poussée électorale de l’extrême droite. Elles posent un cadre aux journalistes, leur permet d’éviter des termes qui ne veulent rien dire, comme par exemple « migrant illégal ». Ces termes sont d’autant plus dangereux qu’ils nourrissent un imaginaire souvent mensonger chez le lecteur ou la lectrice.

Eleonora Camilli souligne l’importance de la réflexion sur la narration faite de la migration. Pour elle, les journalistes peuvent avoir tendance à dépeindre les migrants comme des « victimes » ou des « ennemis » et non pas comme des sujets de droit. Elle met en lumière un piège qui peut être présent : présenter les migrants comme objets plutôt que comme sujets de la narration.

Pour Ali MAHFOUD le problème de vocabulaire vient aussi de l’État, des administrations qui emploient et définissent des termes dans leur référentiel propre, sans penser à leur utilisation par d’autres acteurs. Ainsi, en Libye, la question de l’identification des migrants est un enjeu phagocyté par les administrations et le vocabulaire qu’elles emploient.

Deuxième piste de réflexion : comment parler de la migration autrement ? Comment sortir de l’aspect « événementiel » ?

Amara Makhoul propose de faire un suivi rapproché de la question. Par exemple en adoptant une approche plus régulière, comme le fait Infomigrants. Mais se pose la question de l’intégration de cette régularité dans un journal généraliste.

Sarah Frère complète le propos en analysant l’effet évènementiel comme étant lié non pas à la question de la migration, mais au caractère nouveau des évènements (d’un naufrage, d’une noyade). Pour elle, l’enjeu est alors de raconter la même chose, mais autrement, afin d’éviter des histoires qui se répètent, qui tournent en boucle. Une solution qu’elle met en pratique est de replacer les personnes au centre de l’histoire, plutôt que les faits. Chaque personne étant unique, son parcours différent des autres, on peut donc traiter la question avec une multitude d’histoires différentes.

Pour Marianna Thiam, le traitement évènementiel des informations sur les migrants est lié à la fonction du journaliste et au fait, qu’en fin de compte, il doit produire une valeur économique afin que le média puisse se vendre. Et le sensationnel vend plus. Pour elle, une solution à ce sensationnalisme est la production d’investigations. Cela permet d’aller au fond du problème, d’aller chercher les informations et de proposer un contenu moins sensationnel, mais plus complet et abouti. En effet, selon elle, les journalistes ont souvent tendance à produire du journalisme factuel, de remplissage, plus sensationnel, qui s’accommode parfois mal de problématiques liées à la question migratoire.

Troisième temps du débat : le témoignage du migrant dans le travail du journaliste

Ali Mahfoud partage son expérience en Libye où il est impossible d’obtenir des témoignages. En effet, il est interdit d’avoir des contacts avec les migrants pour des raisons politiques et sécuritaires. Seules quelques ONG le peuvent mais seulement sur 10 % du territoire environ. Il poursuit en rappelant que même s’il est difficile d’entendre les récits de migrants en Belgique, il est nécessaire et important d’avoir un espace de liberté où la parole peut se libérer.

Pour Eleonora Camilli, l’importance des témoignages est capitale. Mais le recueil est difficile car il faut composer avec la psychologie du migrant qui peut avoir des difficultés à revivre les évènements ou peut être incapable de les raconter. Pour elle, la question de la psychologie des migrants est difficile à aborder mais c’est une problématique centrale pour avoir une narration juste.

Sarah Frère pose un impératif de respect des personnes et de leur parole. Elle rappelle aussi l’importance de l’honnêteté dans la démarche du journaliste : il ne faut pas faire croire aux migrants que leur témoignage va changer leur vie. Mais il faut aussi faire attention, à force d’absorber des histoires tragiques, à ne pas déshumaniser les témoignages, à ne pas mettre l’empathie de côté.

Amara Makhoul souligne l’importance du recul pour le journaliste. Un constat partagé par Ali Mahfoud, qui rappelle que ce recul fait partie du travail de journaliste.

Marianna Thiam met l’accent sur l’importance de la connaissance de la culture des migrants pour appréhender leur posture face au journaliste. Elle rappelle que le migrant apporte au journaliste son histoire, mais aussi ses troubles, ses traumatismes . Il peut donc être amené à manipuler son interlocuteur.

Dernier point : l’aspect passionné et passionnel du sujet, qui génère des tensions. Quelle est donc la responsabilité des journalistes ?

Sarah Frère raconte l’expérience de la Belgique qui a mis en place un « cordon sanitaire médiatique » qui empêche l’extrême droite de prendre la parole en direct dans les médias. Ce qui permet de faire de la vérification d’informations avant publication. Elle pose ensuite la question de la reprise dans les articles d’extraits twitters de personnalités politiques. En effet, la citation de messages incitatifs à la haine dans des articles participe de leur publicité. Se pose alors la question de comment rendre compte de certains discours, sans se constituer porte-parole de politiques ou d’organisations. Un exercice qu’elle confie trouver parfois compliqué.

Marianna Thiam et Ali Mahfoud rappellent chacun à leur tour l’importance du débat contradictoire pour permettre une meilleure compréhension des enjeux et comme solution pour éviter les pièges tendus par les extrêmes.

Irénée JAUJAY/MRI

Urgence climatique et responsabilité journalistique : des médias s’engagent

Photo : Tom Demars Granja/EPJT

Avec Violaine CHAURAND, directrice RSE du groupe Bayard, Jean-Pierre DORIAN, directeur de la rédaction de Sud-Ouest (PQR), Vincent GIRET, directeur de l’information de Radio France, Edouard REIS CARONA, rédacteur en chef de Ouest-France.
Animée par Sidonie WATRIGANT, directrice de l’ESJ Pro.

 

La rencontre a débuté par la question de l’adaptation des rédactions face à l’urgence écologique. Les journalistes ont répondu un à un à cette question, prenant soin de développer la prise de conscience ainsi que les méthodes d’actions.

Vincent Giret a répondu que « la loi n’était pas assez armée pour traiter le sujet ». Il a ressenti le besoin de former ses équipes et de les enrichir en connaissances pour gagner en crédibilité. Il a notamment mis en place un plan de formation pour les journalistes et les chargés de programme ainsi que des master class tous les trois mois.

Edouard Reis Cardona a pour sa part démontré la complexité du sujet. Il a ajouté que la crise démocratique que vit le pays a accentué la demande du public de parler des sujets souvent mis sous le tapis par les politiques. Le public ressent le besoin de se sentir impliqué dans l’écologie.

C’est sur ce point que Violaine Chaurand rebondit pour expliquer l’influence des lecteurs dans la prise de décisions. Elle partage que le groupe Bayard rend accessible le sujet de l’écologie afin de ramener la population vers l’information. Une opinion partagée par tous les journalistes intervenants.

Les clés pour comprendre et pour agir

Tous expliquent avoir repensé à leur manière de travailler, de l’impression à la distribution. Ils citent leurs nouveaux moyens de transmission tels que les podcasts ou les formats numériques. Ils se sont entourés de professionnels de l’écologie comme les comités scientifiques pour pouvoir renseigner les lecteurs.

Violaine Chaurand qualifie ce travail de « journalisme de solution ». Le but est, selon elle, « de donner les clés pour comprendre le monde et pour agir ».

La censure de la part des rédactions a été évoqué. Selon Jean-Pierre Dorian, ce n’est pas courant d’être censuré. Le chemin est long pour trouver des solutions et ce qui compte vraiment est de lier les actes aux propos. Il continue en affirmant que c’est un travail de fond et que la charte « n’est pas un effet de mode mais sert pour s’engager sur le long terme ».

La question d’une transition globale est spontanément venue dans le débat. Elle a soulevé des questions autour de la décarbonisation d’une activité, de l’impact sur les lecteurs ou encore de l’équilibre économique d’une entreprise.

Vincent Giret a glissé qu’il s’agissait d’un enjeu systémique pour les entreprises et que des critères d’évaluation avaient été mis en place afin de faire un point sur les avancées chaque année.

Enfin, la conférence s’est terminée sur la méfiance des rédacteurs en chef envers ces sujets à la fois politique et sociaux. Jean-Pierre Dorian a pris le temps d’expliquer que l’écologie était un sujet à risque de militantisme. Il a défini la différence entre militantisme et engagement de la part des médias. Il a particulièrement insisté sur le fait que le « rôle des médias est d’éveiller les consciences et non pas d’arbitrer les choix ». Il a conclu que l’écologie est un thème de vie et que c’est un enjeu pour les générations futures.

Faustine Delahaie/MRI

EMI, travaux en cours

EMI, travaux en cours

Photo : Kelvin Jinlack/EPJT

L’éducation aux médias et à l’information s’intensifie en classe. Mais les intervenants manquent de formation et de coopération pour que tous les élèves en profitent.

Au bout du fil, une professeure documentaliste au ton agacé. Elle a l’impression de se battre dans le vide. Presque gênée, elle s’en excuse. Enseignante dans un collège d’Indre-et-Loire, Caroline* ne mâche pas ses mots lorsqu’elle évoque l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI). Le lendemain, coup de fil à la rédaction : elle ne veut pas que son nom apparaisse, consciente d’avoir dépassé son droit de réserve. Pour elle, c’est tous les ans la même chose. Vingt ans qu’elle s’efforce de mener à bien des projets de ce type au sein de son établissement. « Je dois négocier avec chaque prof, avec chaque classe et dans chaque discipline », souffle-t-elle. Quand un enseignant ou un directeur s’en va, c’est pire encore. Il faut tout recommencer.

Cette année, elle n’a vu que trois classes sur les trente que compte son collège. L’éducation aux médias et à l’information, créée quarante ans plus tôt, fait pourtant consensus. « L’ensemble du personnel de l’Éducation nationale est concerné », assure Karen Prévost-Sorbe, référente ÉMI à l’académie d’Orléans-Tours. Le ministère est conscient de son importance.

Pas d’heures obligatoires

Si Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale, l’a décrite comme un pilier du parcours de chaque élève, ce n’est pas une discipline à part entière. En clair, les élèves n’ont pas d’heures obligatoires dédiées à cet enseignement. Les professeurs, toutes disciplines confondues, sont encouragés à l’inclure dans leurs heures de cours.

En réalité, l’ÉMI passe souvent au second plan à cause du manque de temps pour finir les programmes. Les « profs docs », responsables ÉMI au sein des établissements, en sont réduits à se greffer aux cours de leurs collègues. « Parfois, je comprends. Ils n’ont pas le temps. Le souci, c’est qu’on travaille toujours avec les mêmes », témoigne Anne Esnon, professeure documentaliste au lycée professionnel Martin-Nadaud de Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire). Le manque de communication et de reconnaissance accentue l’incompréhension. Un sentiment d’isolement d’autant plus fort selon la taille de l’établissement scolaire.

C’est le cas de Caroline qui est seule face à plus de 800 élèves pour mener à bien des projets d’ÉMI : « J’ai beaucoup de mal à mettre en place des projets concrets sur le long terme. » Comme le précise Anne Esnon, pour que les projets d’établissement soient réalisables, il faut que tous les acteurs de l’équipe pédagogique s’investissent : « C’est un vrai travail d’équipe, ça ne peut pas venir d’une seule personne. »

Karen Prévost-Sorbe, référente ÉMI, en conférence. Photo : EPJT

Si les professeurs ont conscience de la nécessité de l’ÉMI, ils n’y sont pourtant pas initialement formés. En effet, les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspé), qui visent à préparer les futurs enseignants, n’intègrent pas l’éducation aux médias dans leurs programmes. « Dans mon établissement, il y a une collègue stagiaire en formation initiale. Elle n’a pas suivi de modules sur l’ÉMI et elle ne savait même pas ce que c’était », s’étonne Anne Esnon.

La question est de savoir comment placer l’ÉMI comme priorité dans le parcours d’un élève si les professeurs ne sont pas eux-mêmes préparés à cette discipline ? À défaut d’avoir été formés lors de leur cursus initial, les professeurs peuvent suivre une formation continue. Mise à disposition par le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clémi), elle propose des vidéos en ligne auxquelles chacun peut s’inscrire… s’il le souhaite. Quelques heures devant l’écran permettent, par exemple, de se sensibiliser au journalisme de guerre, à la lutte contre la désinformation, ou aux réseaux sociaux. 

En montant un projet d’ÉMI, les professeurs se sentent parfois démunis. Les secrets de la fabrication journalistique, sans compter les subtilités techniques, sont difficiles à appréhender. Ils se tournent vers les professionnels du secteur pour les épauler. « Le problème c’est qu’il n’y a pas de journaliste référent pour chaque projet d’ÉMI initié, regrette Karen Prévost-Sorbe. Il faut qu’ils arrivent à dégager du temps tout en sachant qu’ils ont un agenda chargé au sein de leur rédaction. »

La demande des établissements scolaires est bien plus importante que l’offre journalistique. Face à ce manque de disponibilité, une solution est souvent utilisée : se tourner vers les radios associatives.

« Par moment, c’est du bricolage »

S’ils disposent de compétences techniques, les bénévoles ne sont pas tous formés à l’ÉMI, ni au journalisme. « Il faut le dire, par moment, c’est du bricolage », reconnaît Anne Esnon. Au niveau de l’accompagnement et des formations, les moyens ne sont pas à la hauteur des enjeux pour les professeurs documentalistes.

L’initiative a la particularité d’allier trois compétences pour rendre l’ÉMI optimale : le journalisme, la technique et la pédagogie. Un équilibre difficile à obtenir. En Centre–Val de Loire, plusieurs personnes réfléchissent à la création d’un annuaire en ligne, qui recenserait les acteurs certifiés.

L’objectif est d’assurer la formation des intervenants et d’améliorer la qualité de l’éducation aux médias. Une idée insufflée par Élodie Cerqueira, nouvelle présidente du Club de la Presse Centre – Val de Loire. Depuis son élection en novembre 2022, elle place l’ÉMI au cœur de ses préoccupations. Même son de cloche chez Karen Prévost-Sorbe : « À terme, il y aura des journalistes et des intervenants certifiés en ÉMI qui se différencieront des autres. »

Sarah COSTES, Jane COVILLE, Arnaud FISCHER et Kelvin JINLACK

(*) Le prénom a été modifié.

Défi éminent

Mardi 28 mars débutent les 16e Assises internationales du journalisme à Tours. A cette occasion, les étudiants en première année du master de l’EPJT réalisent La Feuille, dont les numéros seront distribués lors des Assises mais que vous pouvez également trouver ci-dessous.

Bonne lecture

Déclics politiques

Lundi soir débutent les 15e Assises international du journalisme à Tours. A cette occasion, les étudiants en première année du master de l’EPJT ont réalisé ce numéro de La Feuille qui sera distribué lors des Assises mais que vous pouvez également trouver ci-dessous.

Bonne lecture

[Podcast] “The Female English Podcast” interroge les thématiques des Assises

« The Female English podcast » est un projet mené par les étudiantes de plusieurs écoles de journalisme, dans le cadre des Assises internationales du journalisme de Tunis. Ensemble, Awatef Ouni, Thouraya Rimeni (Ipsi, Tunisie), Laure D’Almeida, Irène Prigent et Clara Jaeger (EPJT, France) se sont réunies pour parler des problématiques transversales à l’événement. Chacun des épisodes revient sur l’une des thématiques des Assises et fait intervenir ses actrices.

Parler d’investigation

Dans ce premier épisode, Clara Jaeger, Irène Prigent et Thouraya Rimani sont parties à la rencontre de Caroline Hayek, grand reporter pour L’Orient le jour.

Parler de genre

Dans ce second épisode, Laure D’Almeida et Awatef Ouni s’interrogent sur la façon dont les médias parlent des violences faites aux femmes et des questions de genre. Les deux jeunes journalistes en profitent pour analyser la façon dont les médias tunisiens et français traitent de ces sujets.

Réalisé par Awatef Ouni et Thouraya Rimeni/Ipsi
Laure D’Almeida, Irène Prigent et Clara Jaeger/EPJT

[Podcast] Le regard des participants

Mondher Ben Ibrahim, réalisateur de cinéma et de télé à la Nefzawa TV en Tunisie, Marwa el Ariky, directrice de rédaction du Hodaj au Yemen et Célina Braidy journaliste à la LBC et étudiante à l’Université Libanaise, ont échangé leurs points de vue sur les Assises. Est-ce que les Focus Yémen, Liban et Tunisie ont bien représenté la situation et les problèmes des journalistes dans leurs pays ? Les participantsont partagé leurs expériences et problèmes, surtout l’urgence du journalisme en cas de guerre et crises économiques, ainsi que le journalisme associatif. Débat en arabe animé par Ilda Ghoussain, étudiante de l’Université libanaise

Réalisé par Ilda Ghoussain/Université libanaise.

[INTERVIEW] Syrine Attia : « Etre authentique peut défaire ce sentiment de défiance contre les journalistes »

A gauche, Syrine Attia. Photo : Laure d’Almeida/EPJT

Tunisie, Maroc et depuis deux mois, l’Égypte. Ce n’est pas le programme d’un tour opérateur, mais l’implantation de Brut en Afrique du Nord. Le média français, créé en 2016, exporte sa maîtrise des réseaux sociaux de l’autre côté de la Méditerranée. Pour coordonner le tout, il y a la rédactrice en chef de Brut Tunisie. Rencontre avec Syrine Attia.

Parmi les grands thèmes de Brut, on retrouve le féminisme ou encore la discrimination envers les minorités. Comment parler de ces sujets dans des pays où ces droits sont plus précaires qu’en Europe ?

Syrine Attia. Je me rends compte qu’on peut rapidement être étonné par les réactions de l’audience, qu’on penserait beaucoup plus réfractaire à ces sujets-là, et qui en fait l’est beaucoup moins qu’on l’on pensait. Surtout sur des plateformes où on touche les plus jeunes.

Sur Instagram par exemple, les réactions sont tout aussi enthousiastes que celles qu’on peut retrouver en France. En fait, les gens ont envie qu’on leur parle de ça, ont envie de faire bouger les choses dans ce sens-là.

Quand on prend le cas de la Tunisie, l’année dernière il y a eu un mouvement social, en janvier, avec principalement des manifestations de jeunes qui se sont exprimés sur ces questions, qu’on retrouve chez Brut. Ces thématiques existent aussi dans les pays qu’on couvre, donc c’est important d’accompagner ces acteurs qui peut-être ne trouvent pas de plateformes qui pourraient les accompagner de la même manière que Brut.

L’image de la presse chez les jeunes a changé depuis que Brut lancé a sa branche tunisienne ?

S.A. Brut est arrivé il y a un an en Tunisie. Entre temps, il y a eu des acteurs locaux qui, comme nous, ont aussi proposé des vidéos sur les réseaux sociaux. On n’a pas la prétention de dire qu’on a été les premiers avec ce format-là en Tunisie. Ce qui fait du bien avec Brut, c’est cette incarnation. C’est-à-dire qu’on reste encore les seuls à vraiment faire du reportage où on va suivre une personne du début à la fin, ne pas mettre en scène, être dans des situations de vie. Et on voit dans les réactions que les gens apprécient cette manière-là de rendre compte de leurs vies. Je pense qu’on se démarque sur ça.

Depuis la révolution, en Tunisie, on s’intéresse aussi beaucoup plus à notre patrimoine culturel et historique, et ça on l’a accompagné. Il y a des événements historiques que je n’ai appris que tardivement et je me suis dit qu’il fallait qu’on en parle. Par exemple, on ne nous dit pas que la Tunisie a été occupée par l’Allemagne nazie pendant 6 mois, qu’il y a eu une rafle des juifs à Tunis… On a fait une vidéo dessus et beaucoup de gens l’ont découvert. C’est important de redécouvrir notre histoire en faisant des vidéos qui peuvent paraître moins impressionnantes qu’un article académique sur le sujet. 

Est-ce qu’on peut se servir des réseaux sociaux et de leurs codes pour sensibiliser un public plus jeune aux violences dont les journalistes sont de plus en plus victimes ?

S.A. Quand on essaye, à travers ces manières de filmer, d’être le plus authentique possible, je pense que ça peut défaire ce sentiment de défiance. On peut le voir à travers le live. On n’en fait pas encore sur nos plateformes africaines mais en France, ça a vraiment permis de se dire : « Ah, c’est sûr que c’est vraiment ce qui est en train de se passer, parce que le journaliste est dans la manifestation pendant des heures. »

J’aimerais beaucoup qu’on le fasse sur nos plateformes africaines. Ca permettrait qu’on arrête de prendre les journalistes pour cible alors qu’ils ne sont là que pour couvrir une information.

Recueilli par Florent Schauss/IHECS

[INTERVIEW] Edwy Plenel : « Le pouvoir n’a eu de cesse, avec des relais médiatiques, de caricaturer ce mouvement des Gilets jaunes »

Edwy Plenel est journaliste et président du site d’information Mediapart. Dans son livre La Victoire des vaincus, publié aux Éditions La Découverte, il analyse le mouvement des Gilets jaunes comme une victoire pour le peuple et détaille sa conception du journalisme.

Edwy Plenel, auteur de La Victoire des vaincus. (Photo : Lydia Menez/EPJT)

Diriez-vous queLa Victoire des vaincus est un livre politique plus qu’un livre de réflexion journalistique ?

Edwy Plenel. Le mot politique, au sens partisan, n’est pas l’objet du livre. En revanche, depuis quarante-trois ans que je fais ce métier, je pense que le journaliste est au cœur d’un principe démocratique : le droit de savoir des citoyens. Il y a une forme d’engagement démocratique dans le journalisme. Il a pour fonction de servir un droit qui est plus fondamental que le droit de vote ; parce que si je vote sans savoir ce qui est d’intérêt public, je peux voter à l’aveugle pour mon pire malheur. Ce livre est une réflexion sur l’événement des Gilets jaunes, pour en souligner la nouveauté et le réhabiliter par rapport à la façon dont il a été caricaturé. C’est un mouvement qui part de l’injustice fiscale et qui pose la question de l’égalité, qui est pour moi le moteur de l’émancipation. Par ailleurs, le pouvoir n’a eu de cesse avec des relais médiatiques de caricaturer ce mouvement. Ils ont choisi de se concentrer sur quelques dérives violentes du mouvement pour que ce peuple soit forcément laid, raciste, antisémite, ou encore xénophobe. Moi, je crois que la réalité de ce mouvement est beaucoup plus complexe et diverse. Derrière cela s’exprimait une certaine forme de haine de classes.

Mercredi soir, vous étiez sur le plateau de Paris Première face à Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’État en charge du Numérique, qui rejette votre qualification « d’affaire d’État » pour désigner l’affaire Benalla. Est ce que Mediapart dispose d’informations supplémentaires pour qualifier cette « affaire d’État » ?

E. P. C’est déjà sur la table. Il y aura beaucoup d’informations à venir puisque c’est une enquête au long court, mais le rapport du Sénat, qui s’est appuyé sur des révélations de Mediapart, le montre déjà. Un collaborateur, « Monsieur Sécurité » du président, reconnu par toute l’institution, va, déguisé en policier, frapper des opposants politiques. Benalla aurait dû être écarté dès le 2 mai 2018. C’est ce que pense le préfet de police quand il prévient qu’il y a une vidéo où l’on voit les méfaits de Benalla. Non seulement il n’est pas viré, mais il est protégé. Le fait de protéger quelqu’un qui se comporte en nervi au sommet d’un État démocratique, c’est déjà une affaire d’État ! Puis arrivent coup sur coup trois révélations de Mediapart : la première, c’est les passeports diplomatiques, puis le contrat russe et enfin le viol du contrôle judiciaire et l’effacement des preuves. Je l’ai écrit dès le mois de juillet, le fait qu’il soit à ce point soutenu par Macron en fait forcément une affaire d’État. Concernant la réaction de Mounir Mahjoubi, c’est terrible de voir des gens qui, par ambition politique, en viennent à perdre leur sens critique.

En février dernier, Mediapart a subi une tentative de perquisition dans ses locaux. Est-ce pour vous la preuve d’une défiance envers la presse et plus particulièrement envers Mediapart de la part d’Emmanuel Macron ?

E. P. Pendant la campagne présidentielle nous lui avons dit que nous aurions surement, à Mediapart, des divergences sur les questions sociales et sur ses choix très libéraux économiquement. Je pensais que sur les questions de société, il était aussi politiquement libéral. Ma surprise s’est faite avec l’entretien du 15 avril 2018 chez Jean-Jacques Bourdin où l’on a découvert un président autoritaire qui, contrairement à sa promesse d’une « révolution démocratique profonde », est très peu respectueux des contre-pouvoirs et du pluralisme de la société. Souvenez-vous de sa phrase : « Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité ». C’est une antiphrase parce qu’en réalité il y a une presse qui l’embête en cherchant justement la vérité. Cela vaut aussi pour ses récentes déclarations à un groupe de journalistes, reprises par Le Point, où il parle d’une « information neutre ». Mais l’information est pluraliste, elle doit être rigoureuse, certes, mais certainement pas neutre. Pour moi, y compris sur la presse, Monsieur Macron n’est ni un libéral ni un progressiste.

Vous dites tout au long de votre livre que le journalisme et les Gilets Jaunes font front commun face au gouvernement et à la personne d’Emmanuel Macron, pourtant, vous n’hésitez pas à critiquer le travail des chaînes d’info en continu, ne serait-ce pas un peu hypocrite ?

E. P. Je parle de ma conception du journalisme et je ne critique pas explicitement tel ou tel média. Dans ces chaînes d’info en continu il y a des journalistes qui essayent de travailler au mieux pour leur indépendance et je me désolidarise de toute forme de haine du journalisme. Mon livre sert aussi à provoquer une réflexion dans la profession. Je pense que lorsqu’il y a un événement comme celui-ci, il faut mettre de côté tous ces commentateurs qui n’ont jamais sorti une info de leur vie et qui viennent sur les plateaux télé dire aux gens ce qu’ils doivent penser. C’est pour cela que la confiance est minée dans notre profession.

Propos recueillis par Louise Gressier et Léo Juanole

[INTERVIEW] « Etudiants en journalisme, tous les mêmes » : le journalisme est une construction individuelle

(Photo :  Firas Lamouchi)

Aladine Zaiane, journaliste reporter d’images le jour et chauffeur-livreur la nuit, figurait parmi les
intervenants de l’atelier intitulé « Etudiants en journalisme, tous les mêmes ». Il revient sur la place des écoles de journalisme dans les médias.

La Feuille : Est-ce qu’il est primordial de passer par une école de journalisme pour devenir journaliste ?

Aladine Zaiane : Dans l’imaginaire des gens oui, il est presque obligatoire de faire une école. Mais en étant patient et
en travaillant son propre regard sur la société, on peut y arriver sans. Sauf que ça prendra sûrement plus de
temps.

Comment intégrer une école de journalisme ?

A.Z. : En France, les écoles sont, pour la plupart, très prestigieuses. Les codes sont très arrêtés et quand on n’a
pas baigné dedans, on doit les apprendre et les assimiler. En dehors de l’apprentissage des connaissances, les écoles sont donc aussi une histoire de codes.

Le journalisme est-il une construction individuelle ?

Oui, c’est notre regard et notre sensibilité qui comptent avant tout. Sinon je trouve les rendus fades.

Quels sont les problèmes auxquels vous avez été confronté dans les rédactions ?

Je n’avais pas forcément les codes quand j’ai intégré ma première rédaction. Lors de mes premières expériences, j’ai donc reçu beaucoup de critiques. Il a fallu être très modeste pour pouvoir avancer.

Propos recueillis par Ons HAMDI, étudiante de l’Ipsi

المواضيع الحسّاسة في المجتمع:

Ce texte a été écrit par Oumaima Arfaoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme 2019. Il s’agit du compte-rendu de l’atelier « Attentats, suicide, maladies graves : traiter du sensible ».

                                   الاستثناء في المعالجة الصّحفية

حالة الصحفيين تتأثر بحالة المستجوب النفسية ولذلك تكون تغطيتهم الصحفية لعدد من الظواهر الاجتماعية الحساسة مثل حالات الانتحار غالبا غير موضوعية، واذا ما تعلق الأمر بالصّحفيين الشبان فان الأمر يستدعي ضرورة التدخل والمرافقة والتّوجية في ما يخصّ الكتابة الصّحفية حتى لا يتم التأثير على الرأي العام وتوجيهه، تلك هي أهم النّقاط التي تناولتها حلقة النقاش التي انعقدت صباح الجمعة حول كيفية المعالجة الصحفية للمواضيع الحساسة في المجتمع كالانتحار والعمليات الإرهابية والأمراض الخطيرة.

واستهلت الصحفية « صوفي كريستين » تأثيث النقاش بعرض تجربة بعض الصحفيين الشبان وعرّجت على مثال التناول الاعلامي لقناة تلفزيونية فرنسية للعملية الارهابية التي جدت مؤخرا في مطار باريس عندما طلب منشط البرنامج من المراسل الصحفي على المباشر وصفا دقيقا لحالة الذعر والذهول التي اصابت الجميع. واعتبرت ان هذا السلوك لا يحترم حرمة الذات البشرية كما أنّه لا يحترم الحالة النفسية للمتفرج.

من جهتها اكدت « ناتالي باولس » المسؤولة عن الديبلوم الوطني الفرنسي لبرنامج « بابقنو » في قراءة لعدد من المقالات انها تعرض حالات الانتحار دون معالجتها بمعنى عدم الغوص في أبعادها المتعددة وهو ما يؤثر سلبا على المجتمع.

و تفاعلا مع ذلك اشارت احدى الحاضرات الى ضرورة التكوين الإعلامي للتمكن من ابجديات التعامل المهني مع مثل هذه الحوادث والظواهر الاجتماعية خاصة على المستوى النفسي وهو ما تسعى له عديد المؤسسات الاعلامية للرقي بمردودها كميا و كيفيا.

وقد أثث هذا اللقاء الذي يعتبر بادرة اولى من نوعها في الملتقيات الدولية عدد من اطباء النفس والصحفيين المنخرطين في رابطة الصحفيين للتدرب على كيفية صياغة معلوماتهم بطريقة تحترم الحالة الحرجة للضحايا وتراعي حالتهم النفسية والصحية.

واعتبرت الأستاذة الجامعية بجامعة بوردو الفرنسية ماري كريستين ليباني أنّ هذا المشروع حديث العهد ولا يزال في طور النمو ويهدف بالأساس الى التسويق الي صورة نافعة للصحفي في مجتمعه في ظل المستجدات الاخيرة.

وفي النقاش العام للورشة تساءل عديد الطلبة الصحفيين عن كيفية التعامل مع ضحايا الاغتصاب خاصة في مجال الصحافة المكتوبة حيث يتم في بعض الأحيان التعرض للحياة الشخصية للمتضرر بطريقة لا تحترم أخلاقيات المهنة.

أميمة العرفاوي  

وسائل الاعلام والسلطة:

Cet article a été écrit par Myriam Mtiraoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme de Tours. Il s’agit du compte-rendu de l’atelier « La détestation des journalistes, une vieille histoire ».

 » أحدث الاعلام البديل والإذاعات الحرة ثورة وتنوعا على مستوى المادة الصحفية. كما أصبحت تتمتع بنوع من الحرية والشرعية بعد أن كانت وسائل الاعلام مراقبة ومقيدة من قبل السلطة  » هكذا صرحت « كلار بلوندينClaire BLANDIN  » أستاذة في علوم الإعلام والاتصال بجامعة باريس 13.

وأشارت بلوندين » في ذات الإطار إلى ضرورة بلورة فكر نقدي للمضامين الإعلامية. وأكدت أن هذه الالية ليست بالجديدة فقد  ظهرت مع فلاسفة الأنوار  قبل الثورة الفرنسية وتواصلت مع ظهور مؤسسات الصحافة ورؤوس الأموال التي تقف وراء المؤسسات الاعلامية.

وبيّنت بلوندين في مداخلتها ، ضمن الورشة المخصصة لمناقشة موضوع العنف اللفظي والجسدي المسلّط ضدّ  الصحفيين، أنّ هناك ثلاثة نماذج نقدية مرت بها وسائل الاعلام أولها النقد الفكري والذي ظهر قبل الثورة الفرنسية وثانيها نقد النظام الرأسمالي وذلك مع ظهور موجة الاستثمارية والصناعية التي هيمنت على وسائل الاعلام نهاية القرن التاسع عشر مع رجل السياسة الفرنسي « جون جوراس »، وثالثها موجة الغضب الشعبي احتجاجا على الرقابة والدعاية التي ميزت الخطابات الإعلامية مع بداية الحرب العالمية الاولى.

من جانبه تطرّق « ألكسيس لوفريهAlexis LEVRIER  » الباحث والمختص في تاريخ الصحافة إلى أهمية التكوين الأكاديمي للصحفيين لأن المهنة الإعلامية أصبحت تستقطب غير المختصين في المجال الإعلامي، كما دعا الى  ضرورة اعتماد الية النقد الذاتي من قبل وسائل الإعلام سعيا إلى تطويرها ومراجعة خطاباتها غير أنه شدّد  في المقابل على تجريم الاعتداءات الجسدية واللفظية الموجهة ضد الصحفيين.

وقد أجمع الحاضرون في الورشة أن الصحفيين والمفكرين والفلاسفة الذين أرادوا التغيير والثورة على الأفكار المسلمة والأنظمة الديكتاتورية تعرضوا على مرّ التاريخ الى العنف بأنواعه الجسدي واللفظي. وأشاروا أنه من الضروري المحافظة على درجة من الاستقلالية تجاه رؤوس الأموال ورجال السياسة الذين باتوا يستغلون المنابر الإعلامية للدعاية لبرامجهم وتلميع صورهم وهذا ما خلق نوعا من القطيعة بينها وبين الجمهور الذي أصبح يبحث عن قنوات بديلة يستقي منها أخباره.

                                                مريم مطيراوي، زينب جلجلي: معهد الصحافة وعلوم الاخبار

خطابات الكراهية والرداءة الاعلامية

Cet article a été écrit par Myriam Mtiraoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme de Tours. Il s’agit d’un édito sur la haine des journalistes, intitulé « discours de la haine et de la médiocrité médiatique ».  

وباء سريع الانتشار ظهر خاصة بعد ثورات الربيع العربي وتفشي تحت مسمى « حرية الرأي والتعبير » في منابر وسائل الإعلام، والتي أصبحت بدورها وباء معدي وخطير على المجتمع من خلال ما تبثّه من مضامين رديئة تحرض على العنف والكراهية.

« خطاب الكراهية » أو « خطاب الإقصاء »، يأخذ هذا الخطاب عدة توصيفات لامتناهية وهو لا يقتصر على مفهوم واحد إذ يحمل دلالات عدة.

فمن الممكن أن يكون حاملا لرسائل كره بيّن وتعصب فكري باستعمال الشتم والسب أو كذلك باقصاء الاخر وتحقيره نظرا إلى المنصب السياسي المهم الذي يترأسه الشخص ومدى نفوذه.

لقد بات خطاب الكراهية « الخبز اليومي » الذي نقتاته من مستنقع بعض وسائل الإعلام وشبكات التواصل الاجتماعي.

بمجرد فتحك لموقع « الاقتتال » الاجتماعي ال »فايسبوك » ستعترضك مجموعة من التعليقات المثيرة للاشمئزاز من طرف مجموعة من الأشخاص الذين اختاروا التعبير عن اراءهم بتعليقات تحمل جرعات مقيتة من الكره .

انّهم في الحقيقة ضحايا الإعلام « الرديء » الذي يحرض على العنف والكراهية وإقصاء الآخر، اضافة الى مساهمته في زرع « ثقافة » تبيح السب والشتم والتعدي على حقوق وحريات الأفراد والجماعات، وذلك تحت غطاء بما يسمى « حرية الرأي والتعبير » في الدولة الديمقراطية.

ولعلّ الأدهى والأمرّ من كل من سبق أنّ ذات وسائل الاعلام وبكل المقاييس التي ذكرنا أصبحت المسؤولة الأولى عن تكوين شخصية الطفل الاجتماعية والثقافية حيث لم تعد العائلة اليوم هي المؤسسة الأولى للتنشئة الاجتماعية في عصر الغزو والتطور التكنولوجي الهائل .

« تنتهي حريتك عندما تبدأ حرية الاخرين « هكذا عبر الفيلسوف والكاتب الفرنسي مونتسكيو عن الحرية.  مقولة تجعلنا نتساءل عن مدى فهمنا واستيعابنا لمفهوم مبدأ حرية التعبير الذي ناضل من أجله العديد من الفلاسفة والمفكرين والمواطنين لإرسائه والتحرر من العبودية والديكتاتورية.

إلا أن الساسة والوجوه الإعلامية المستهلكة التي تظهر كل يوم تقريبا في القنوات الفضائية وفي الاذاعات وفي الصحف ان لزم الأمر اختارت أن تعبر عن رأيها بطريقة ترتفع فيها حدة الأصوات بالشتم والسبّ والقذف متهجّمة على حزب تارة وفاضحة لشخصية عامة أو مسؤولة تارة أخرى لا لشيء الا لتظهر بمظهر حامي البلاد ومنقذها ومخلّصها الذي سيغير مجرى الأحداث لو سنحت له الفرصة، ولعمري انّهم من كلّ ذلك براء

أما اولئك الذين يدعون الثقافة والفنّ يمرّرون في الآن ذاته رسائل تحرض بطريقة غير مباشرة على العنف ضد المرأة عبر توظيف تعبيرات منحطة تتداول في الشارع وغير قابلة للنشرفي وسائل الإعلام العامة .

ترسانة من القوانين والمواثيق أحدثت لتنظيم قطاع الصحافة والتصدي لمثل هذه الخطابات. لكنها تظل دائما حبرا على ورق، ففي تونس مثلا أحدثت الهيئة العليا المستقلة للإتصال السمعي البصري بعد الثورة لمراقبة التجاوزات الحاصلة في مختلف القنوات الفضائية كجزء من مهامها لكن عملها ظل محدودا ولم تتمكن من محاربة الرداءة.

فهل علينا تشريع قوانين جديدة تحد من خطاب الكراهية في منابر الإعلام؟ أم أنها هي أيضا ستظل حبرا على ورق؟

الإجابة سهلة نحن لسنا بحاجة إلى قوانين بقدر حاجتنا إلى تفعيلها وإحترام أخلاقيات مهنة الصحافة والسعي إلى كتابة ونشر مضامين ذات جودة للنهوض بالصحافة وتعزيز ثقافة الحوار والاختلاف وقبول الاخر.

والجدير بالذكر أن المنتدى العالمي للصحافة بمدينة تور الفرنسية قد تناول هذه الإشكالية في عدة ورشات أثثها مجموعة من الصحفيين والباحثين وذلك نظرا لتفشي خطابات الكراهية في وسائل الإعلام.

مريم مطيراوي

Gérard Miller répond à l’EPJT : « Le Média suscite beaucoup de passion »

Gérard Miller, l’un des fondateur du média répond aux question de l’EPJT. Photo : Clara Gaillot

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C’est la première fois qu’ils étaient tous sur un même plateau TV. Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV, Nicolas Charbonneau, directeur adjoint de l’information de TF1/LCI, Germain Dagognet, directeur délégué de l’information, chargé du projet de chaîne d’information France Télévisions, et Guillaume Zeller, directeur de la rédaction d’iTÉLÉ. Ils ont pu échanger autour de leur vision de l’information en continu.

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[ENQUÊTE] La métamorphose de la presse locale

« Quand la presse locale innove », les expérimentations battent leur plein. A l’heure où le changement et la prise de risques fragilisent la structure, la vieille dame ne cesse de réinventer. Pour ce faire, elle tente de proposer une information qui colle aux envies des lecteurs, d’être factrice d’un tissu social avec les publics et créer de nouveaux modèles économiques. La réussite de la presse locale à se réinventer semble passer par la capacité collective à créer de l’innovation. (suite…)

[REPORTAGE] Conf’ de rédac’ au lycée

Le lycée Grandmont de Tours développe depuis trois ans un journal lycéen, Les échos de Grandmont. Un moyen pour les lycéens, et futurs citoyens, d’apprendre autrement et de mieux comprendre les médias.

Lycée Grandmont éducation aux médias Crédit Apolline Merle

Chaque vendredi midi les lycéens du lycéen Grandmont se retrouvent pour une conférence de rédaction. Ce vendredi 26 février, le bouclage approche pour le prochain numéro. Noé, le rédacteur en chef, fait le point avec son “équipe”. (Photo: A. Merle)


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[ENQUÊTE] Financement participatif :
à l’aide, citoyens !

Quand les médias manquent d’argent pour subsister ou se créer, beaucoup font appel à la générosité publique via le crowdfunding. Suffisant ? Pas si sûr.

Depuis février, Alternatives Economiques a lancé une campagne de crwfunding par "palier". Plus de 73 000 € ont déjà été récoltés. Crédit : Victorine Gay.

Depuis février, Alternatives Économiques a lancé une campagne de crowdfunding par « palier ». Plus de 73 000 € ont déjà été récoltés. (Photo : V. Gay.)

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