Maltraitance médiatique des quartiers populaires : clichés et réalités

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Maltraitance médiatique des quartiers populaires : clichés et réalités »

Animé par John-Paul Lepers, avec Ariane Chemin journaliste au Monde et co-auteure de La Communauté ; Nassira El Moaddem, journaliste directrice du Bondy Blog ; Élodie Hervé, journaliste indépendante en résidence à l’EPJT ; Fabienne KELLER, sénatrice du Bas-Rhin (Agir – La droite constructive), vice-présidente du Conseil national des villes ; Édouard Zambeaux, journaliste documentariste spécialiste des questions urbaines et sociales et réalisateur du documentaire « Un jour, ça ira » .

LES ENJEUX

Le traitement médiatique de la banlieue est souvent critiqué pour ses clichés. Entre violences policières et trafic de drogue, l’image des quartiers populaires est rarement positive. Les populations de ces quartiers sont donc souvent méfiantes face aux journalistes. Pourtant, certains médias comme le Bondy Blog essaient de changer les choses. A côté des journalistes, la parole institutionnelle était représentée par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).

CE QU’ILS ONT DIT

Ariane Chemin : « Certains font du journalisme fastoche : on écrit des choses sans aller sur place et ça fait peur aux gens. Tout le monde essaie de plaquer des fantasmes sur la banlieue. Il faut en parler comme on parle des autres sujets. Quand j’ai commencé, on m’a dit de partir de la Corse, j’ai réussi à en parler sans a priori parce que je n’étais pas Corse et que je n’avais pas cette relation de proximité. Les banlieues ne se ressemblent pas. On a un problème avec ce mot, on prend des gants pour en parler. Territoire ça fait territoire perdu donc connoté politiquement, banlieue on ne le dit plus trop, on opte plutôt aujourd’hui pour quartier. »

Nassira El Moaddem : « Il y a un vrai problème de diversité sociale et ethnique dans les rédactions, d’intégration des personnes handicapées. Il y a des choses qui ont été faites, on est à la neuvième promotion de la prépa égalité des chances. 85 % d’entre eux accèdent à une école de journalisme. Ces dispositifs fonctionnent mais ils restent limités. Si on permet de faire rentrer des gens des quartiers dans les rédactions, les récits ne seront plus les mêmes ça permet d’accéder à des sources, des interlocuteurs que d’autres n’auraient pas eus. Il faut faire une ligne éditoriale quotidienne et pas une ligne éditoriale en réaction : on vous tend le micro pour réagir à un fait divers. Raconter des infos positives. »

Fabienne Keller : « On parle d’un quartier à travers une violence, caricature d’un quartier qui au fond ne demande qu’a être banal. L’objectif c’est d’avoir une vision plus équilibrée des quartiers. Je voudrais souligner le travail vraiment intéressant des médias comme le Bondy Blog, RFI ou France 24 sur la diversité. »

Édouard Zambeaux : « La banlieue, c’est un fantasme journalistique. Chacun y va avec ses a priori. Il faut faire des quartiers populaires un sujet journalistique, sortir de l’idéologie et s’extraire de la grammaire. On a construit une grammaire, vous pouvez cocher les cases. Des jeunes hommes de dos, dans la pénombre, un travelling de barres d’immeubles. Cette grammaire crée une sorte de prison mentale. On n’est plus capable de regarder ces sujets avec un autre œil. Alors qu’il y a une économie de la vie qui repose sur la débrouille et plein de valeurs qui sont vachement belles. Au début, le jeune de banlieue a tendance à jouer le jeune de banlieue. Moi je leur dis au bout d’une demi-heure “on commence à discuter maintenant ? Je suis pas venu enregistrer des ‘fuck la police’”. Il faut se donner un service minimum de conscience professionnelle et s’offrir cette demi-heure.  »

Élodie Hervé : « J’ai eu du mal à aller vers le journalisme, je ne viens pas d’un milieu parisien favorisé. Sans La chance au concours, je ne serais pas journaliste. Aujourd’hui pour moi c’est logique de donner la parole aux personnes qui vivent dans des quartiers populaires. Montrer un autre visage des quartiers, un monde éloigné des médias. Je viens de Marseille, en arrivant à Paris la première chose qu’on m’a dit c’est “ ça fait quoi de voir une kalachnikov en vrai ?”. »

A RETENIR

Une des solutions évoquées pour que les journalistes parlent de la banlieue sans clichés est la formation. Elodie Hervé, journaliste en résidence à l’EPJT, a raconté son projet de délocaliser un studio radio dans le quartier Sanitas à Tours pour que les étudiants rencontrent les populations des quartiers. Une notion discutable pour une étudiante qui pose la question : « Est-ce que le métier de journaliste ne se résume pas à raconter des histoires partout, banlieue comme campagne, sans formation théorique sur chacun des endroits ? »

 

Emma Gouaillle