La radio est le média le plus populaire en Afrique. Il existe énormément de radio locales, leur diffusion ne dépasse pas 50 kilomètres à la ronde. (Crédit photo : Pixabay, jkebbie)

Sur le continent africain subsistent encore des régions reculées, sans accès à internet voire à l’électricité. La radio est alors la seule manière de s’informer pour les populations. Mais elle est elle-même confrontée à des difficultés.

“En Côte d’Ivoire, il y a deux fois plus de téléphones portables que d’habitants”. Si, comme le montre Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières (RSF), l’arrivée du smartphone a bien révolutionné l’accès à internet et donc l’accès à l’information en Afrique, certaines zones du continent restent isolées. République démocratique du Congo, République centrafricaine, Tchad… Des territoires entiers échappent à la couverture de réseaux internet. Certaines n’ont même pas d’électricité, privant leurs résidents du même accès à l’information que les populations citadines.

La radio, un média accessible à tous…

La radio est de loin le média le plus populaire en Afrique, et souvent le seul moyen de s’informer dans les villages isolés du continent. Elle s’ancre dans une culture de l’oralité et permet de contourner le problème de l’accès à internet. En plus de la radio d’État qui diffuse des informations officielles, il existe une multitude de radios locales aux différentes thématiques. Tandis que certaines s’intéressent à l’agriculture, d’autres consacrent leur antenne aux droits des femmes, ou à la religion. “Je n’ai jamais vu autant de sous-catégories de médias, même ici en France”, assure Etienne Damome, chercheur spécialisé sur les rapports médias et société en Afrique.

Pour ce dernier, les populations des villages isolés ne seraient pas moins bien informées que celles ayant accès au web : « Quand on n’a pas internet, on n’est pas au courant de tout ce qui existe, poursuit Etienne Damome. Mais même avec internet, on reste parfois sous-informé, il faut aller chercher soi-même l’information, faire la démarche. » Alain Kiyindou, universitaire spécialisé des techniques de l’information et de la communication dans les pays en développement, souligne le danger que peuvent représenter les réseaux sociaux : « Le problème n’est pas l’outil mais l’usage qu’on en fait. Il y a des personnes qui savent les utiliser de manière correcte et d’autres non, qui ont tendance à croire tout ce qu’elles voient. »

… qui a ses limites

En plus des difficultés économique, les zones reculées d’Afrique sont confrontées au manque de formation des intervenants dans les radios. « Une radio communautaire au fin fond de la République Démocratique du Congo va être animée par des gens qui n’ont jamais fait de journalisme avant », déplore Brice Rambaud, responsable Afrique de l’ONG Internews. Ils n’ont pas appris à aller chercher l’information et ont eux-même des difficultés pour accéder aux actualités locales et internationales, diffusées par des radios qui n’émettent pas forcément dans leurs villages.

« Plus les gens sont dans des situations d’insécurité, plus ils sont à la recherche d’informations »

Pendant les conflits, « les radios peuvent devenir des outils assez dangereux, surtout quand elles sont investies par une majorité », explique Étienne Damome. L’universitaire Marie-Soleil Frère l’a constaté à l’issue de ses nombreuses recherches en Afrique : « plus les gens sont dans des situations d’insécurité, plus ils sont à la recherche d’informations ». Dans ces moments-là, les populations avides d’information par nécessité se fient plus facilement aux rumeurs et peuvent alors être manipulés.

Développer les médias, une nécessité

Plusieurs organisations travaillent au développement des médias en Afrique, à l’image de l’ONG Internews. C’est primordial pour son responsable régional basé au Kenya, Brice Rambaud. Les médias sont, d’après lui, un outil pour que les populations marginalisées soient incluses dans le dialogue national. La structure créé des radios locales en République Centrafricaine notamment, elle forme des journalistes dans douze pays du continent et prépare des bulletins radio. En République Démocratique du Congo, « Vox Congo » est diffusé dans dix radios du pays.

La mission n’est pas toujours évidente puisqu’il faut se débrouiller avec les moyens disponibles sur place. Ainsi, Max Bâle, chef de service de RFI planète radio, appuie les radios communautaires africaines depuis vingt ans. À l’aide de chambres à air, de vieux matelas, mais aussi de bœufs, le journaliste construit des radios épaulé par les populations locales. Il racontait dans Télérama : « On me donnerait un million d’euros pour monter une station que je ne les prendrais pas. Parce que récupérer des vieilleries crée une complicité avec les populations, qui voient qu’on se casse la tête, qu’on n’arrive pas avec nos gros conteneurs. » Critique qu’essuie le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, à cause d’internet.org, une initiative qui offre la connectivité aux habitants n’ayant pas cette ressource, et qu’on accuse d’être une nouvelle forme de colonialisme.

Elise Pontoizeau