[INTERVIEW] Charles Enderlin : « Ma quatrième identité, c’est journaliste »

(Photo : Lucas Turci/EPJT)

Charles Enderlin revient sur ses cinquante années de correspondance en Israël dans son dernier livre De notre correspondant à Jérusalem. Il fait découvrir aux lecteurs les coulisses de ses reportages et leur préparationn.

De votre correspondant à Jérusalem retrace cinquante ans d’histoire israélo-palestinienne, quel est l’objectif de ce livre ?

Charles Enderlin. Ce n’est pas une autobiographie mais l’histoire d’un journaliste qui l’est devenu par hasard. C’est le making-of d’un point de vue technique. On apprend comment j’ai eu accès à certaines sources, contacts et documents. C’est un livre professionnel mais ça ne m’empêche pas d’exprimer mon opinion personnelle vis-à-vis des intégristes en tout genre : djihadistes ou colons d’extrême droite, il y a des terroristes des deux côtés. Du point de vue de l’éthique, il est indispensable d’aller voir ces extrémistes. Il est difficile pour les Occidentaux, les Français laïcs, d’imaginer la religion politique qui existe dans cet univers. Les djihadistes, le Hamas, fonctionnent pour les générations suivantes. L’Afghanistan est un bon exemple : les talibans sont la création des Saoudiens et des Américains pour lutter contre les soviétiques. Tout le monde a joué avec le feu et l’incendie est là.

Comment le fait d’être juif a joué sur votre travail en Israël ?

C. E. J’ai toujours joué carte sur table. Je débarque, je dis : « Je suis juif, Israélien et Français » et j’ai toujours été reçu partout. Il n’y a que la communauté juive d’extrême droite qui a tenté de délégitimer mon travail. Avec France Télévisions, on s’est battu pendant douze ans contre leurs procédures judiciaires.

Dans votre livre, vous parlez aussi de votre identité de journaliste. Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

C. E. Je demande toujours aux gens de me regarder comme un journaliste. C’est ma quatrième identité. Je reste au plus proche de leur réalité. Je salue d’ailleurs ces gens, de tous horizons, qui m’ont reçu. Un imam du djihad à Gaza m’a d’ailleurs dit un jour : « You are a funny jew ! »

Quelle est la plus-value d’un correspondant face aux envoyés spéciaux ?

C. E. L’avantage c’est qu’on est en poste pour une longue durée. Cela permet de connaître le terrain, d’avoir les contacts. Je conseille aux jeunes journalistes de se faire un réseau. Il faut tout simplement faire l’effort de sortir, d’aller voir les gens même quand il n’y a pas de sujet. Ne pas craindre d’aller voir ceux qui ont des idées totalement opposées à leur position. S’il n’y a plus personne sur le terrain, tout le monde fait la même salade avec la même dépêche de l’AFP. C’est la mort du journalisme.

Quels conseils avez-vous pour des jeunes journalistes qui souhaitent partir ?

C. E. Il faut empêcher les jeunes qui sortent d’école de partir sans moyens dans des endroits dangereux pour se faire connaître. Les rédactions les utilisent de manière scandaleuse et paient des clopinettes. Ne risquez pas votre peau alors même que vous n’avez pas l’assurance d’avoir un poste derrière. Trouvez-vous un sujet de niche, apprenez une langue rare. Commencez dans une rédaction et grimpez.

Propos recueillis par Carla Bucero–Lanzi et Laure d’Almeida

[INTERVIEW] Baptiste Bouthier : « On avait tous conscience que l’histoire se déroulait sous nos yeux »

(Photos : Lucas Turci/EPJT)

À l’occasion des Assises du journalisme 2021, le journaliste Baptiste Bouthier présente sa première bande-dessinée, 11 septembre 2001 – Le jour où le monde a basculé, illustrée par Héloïse Chochois*.

Cette bande-dessinée est le résultat d’une collaboration avec la revue Topo, une revue dessinée pour les moins de 20 ans. Qu’elle était l’objectif de ce projet ?

Baptiste Bouthier. Topo est une revue bi-mensuelle qui décrypte l’actualité par le dessin. À l’occasion des 20 ans du 11 septembre, nous voulions raconter cet événement à un public trop jeune pour s’en souvenir. Leur raconter ce qu’il s’est passé, comment les informations arrivaient au compte-goutte en France. Le personnage principal est une adolescente, Juliette. Elle permet aux lecteurs de s’identifier et de comprendre l’impact que cela a eu sur le monde dans lequel ils vivent.

Dans la BD, Juliette a 14 ans au moment des attentats, l’âge que vous aviez à l’époque. Quels souvenirs en gardez-vous ? 

B. B. Comme Juliette, j’ai appris le drame par ma mère en rentrant du collège. Je n’ai pas bien compris sur le moment mais en voyant les images plus tard. On avait tous conscience que l’histoire se déroulait sous nos yeux. La façon la plus véridique de raconter, c’était de montrer ce que j’ai vécu. Il y a aussi les souvenirs de la dessinatrice Héloïse, et de nos proches. Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait au moment de l’attentat. Juliette est un personnage fictif mais c’est un assemblage de souvenirs réels.

Avant d’être une fiction, c’est un travail journalistique. Comment avez-vous documenté votre travail ? 

B. B. Il y a des téra octets de vidéos sur le sujet. On cherchait des informations vérifiées et des témoignages complets et précis. Puis il y a eu la mise en scène. Comment mettre concrètement ces témoignages en dessins. Héloïse s’est basée sur de nombreuses photos des tours, de Georges W. Bush… Elle a vraiment travaillé en s’appuyant sur de vrais documents.

Y a-t il des difficultés à illustrer un événement tragique ?

B. B. Héloise avait la volonté de ne pas ajouter du pathos au pathos, avec des illustrations sombres. Mais on ne pouvait pas mettre de couleurs fluo non plus. Nous avons choisi des couleurs pastel, douces. Du rouge pour la France, du bleu pour les Etats-Unis, pour l’alternance des récits. Il n’y pas beaucoup d’images violentes du 11 septembre. Il n’y a pas d’entre-deux. Les gens sont sortis presque indemnes ou sont morts dans les tours. La violence, ce sont les gens qui sautent par les fenêtres. Nous avons choisi de les représenter. J’ai eu des reproches mais on ne pouvait pas ne pas montrer ça.

Recueilli par Chloé Plisson et Manuela Thonnel

(*) Une co-édition Dargaud et Topo.

[INTERVIEW] Karine Lacombe et Fiamma Luzzati : « Notre roman graphique est un témoignage instantané caméra à l’appui »

(Photo : Eléa N’Guyen Van-Ky/EPJT)

Karine Lacombe, cheffe du service infectiologie de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, et Fiamma Luzzati, illustratrice de bandes dessinées et autrice du blog L’Avventura, publient La Médecin, aux éditions Stock. Ce roman graphique retrace le quotidien sous tension des soignants à l’hôpital durant la première vague de Covid-19.

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de votre ouvrage ? Quelle importance accordez-vous au témoignage ?

Karine Lacombe. Pendant la première vague de Covid-19, chacun était confiné chez lui. On entendait beaucoup de choses à propos du virus. Mais personne ne savait ce qui se passait à l’intérieur des hôpitaux. L’idée était donc d’offrir au lecteur une vision de l’hôpital durant cette crise, à la manière d’un reporter avec sa caméra à l’épaule. Ce qui m’importait, c’était aussi d’apporter mon témoignage de femme médecin, de mère de famille et de cheffe du service infectiologie en temps de crise, d’où le titre du roman.

Comment est née votre collaboration ?

K. L. L’histoire est partie de nos deux éditrices, dont l’une est très engagée. Elles m’ont contactée en mars 2020 car elles avaient envie de publier un livre au sujet de la crise sanitaire vue à travers mon regard. Elles m’ont tout de suite proposé la forme du roman graphique pour rendre l’histoire accessible à tous. Nous avions donc besoin d’une illustratrice de bandes dessinées. Elles se sont naturellement tournées vers Fiamma Luzzati.

Fiamma Luzzati. Je tiens un blog dessiné au sein du journal Le Monde. À l’époque, la rédaction ne traitait que du Covid, j’avais donc l’habitude d’élaborer des illustrations en lien avec le virus.

Pourquoi avoir choisi le support du roman graphique ? Y a-t-il une volonté de vulgarisation ?

K. L. Effectivement, la visée de ce roman est pédagogique et informationnelle. Notre objectif est de nous adresser à tout le monde. D’ailleurs, plusieurs pages consacrées à des explications scientifiques sont présentes dans l’ouvrage.

La couverture du roman vous montre vous, Karine Lacombe, fixant le lecteur derrière un hublot, au sein de votre service hospitalier. Que signifie-t-elle ?

K. L. Cette couverture, c’est un peu l’hôpital qui regarde le monde, à un moment où personne ne sait ce qu’il s’y déroule. Et, en ouvrant le livre, le lecteur est invité à passer derrière le hublot, à pénétrer l’intérieur des lieux.

La couleur bleue domine les illustrations. Pourquoi ?

F. L. Le bleu renvoie spontanément au domaine de la santé.

K. L. C’est aussi une couleur porteuse d’espoir.

Comment expliquez-vous la dernière page de l’ouvrage ?

K. L. La fin était un peu prémonitoire. On l’a ajoutée peu de temps avant la publication. Sur la dernière page, mon personnage revient à l’hôpital. Il revient parce qu’on entre dans la deuxième vague de l’épidémie.

 

Recueilli par Éléa N’guyen Van Ky et Claire Ferragu

(*) Editions Stock

[INTERVIEW] Ariane Chemin : « Au cours de la pandémie, la raison a laissé la place aux croyances »

Ariane Chemin, grand reporter au Monde, a publié en juin 2021, en compagnie de Marie-France Etchegoin, le livre Raoult. Une folie française*. Elle partage les coulisses de l’enquête sur ce personnage controversé.

(Photo : Lucas Turci/EPJT)

Est-ce la personnalité clivante de Didier Raoult qui vous a donné envie d’écrire ce livre.

C’est assez rare de voir surgir sur la scène politique quelqu’un aussi rapidement, avec une telle notoriété et qui divise autant. Nous avons tous assisté à des engueulades autour d’une table sur cette question. Ça me rappelle le référendum sur l’Europe de 2005 où des familles se déchiraient sur le sujet. De manière très anecdotique et très personnelle, j’ai attrapé la Covid en novembre 2020 pendant un reportage en Corse. J’ai appelé le meilleur généraliste de la ville qui ne s’est pas déplacé mais qui m’a prescrit le protocole Raoult. Et ça m’a interrogé car des études montraient déjà que la chloroquine ne marchait pas. Et, surtout, avant de juger quelqu’un de manière péremptoire, le meilleur moyen c’est de faire une enquête.

Est-ce qu’il y a une certaine autocritique chez lui ? 

Il n’y en a aucune. C’est sa psychologie, son caractère. Quand il nous a reçu, il était très aimable mais il s’est braqué au moment où on lui a demandé s’il ne regrettait rien car cela aurait du être son moment, en étant l’un des plus grands microbiologistes. Il s’est fâché en disant qu’il avait marqué cette pandémie comme personne et il s’est fermé avant de redevenir plus sympathique. 

La moitié du livre est consacrée à son parcours avant l’arrivée de la Covid-19 et notamment à son enfance. Pourquoi vous y êtes vous intéressé ? 

Il a une vie romanesque. Il se construit contre son père médecin, lui dit qu’il ne fera jamais médecine. Il grandit à Dakar puis Marseille prend une grande importance pour lui. Parler de sa vie, c’est aussi une manière de montrer que cet homme qui se dit antisystème en fait d’une certaine manière partie.

Raoult. Une folie française. Pourquoi ce titre ? 

Cela aurait pu être « une passion française ». D’abord, ça raconte un moment très particulier, dont tous les Français se souviendront, marqué par le confinement, la maladie, la peur. Ensuite ça a été un moment politique, presque un moment « trumpien » dans l’histoire française. L’idée qu’au cours de la pandémie, la raison a laissé la place aux croyances. C’était intéressant de le raconter. Il y a toujours eu dans l’histoire de la médecine des personnalités qui n’étaient pas dans les clous et qui ont découvert des choses. Il ne faut pas mépriser, a priori, quelqu’un qui n’est pas d’accord avec tout le monde, surtout avec son passé. Il a reçu le prix de l’Inserm qui est la 2e distinction après le prix Nobel. Une folie, c’est parce que la France s’est emballée pour Didier Raoult, y compris le président de la République. C’est le seul pays où on a connu l’émergence d’une personne comme cela. La chloroquine a été évoquée par Donald Trump, Elon Musk, Jair Bolsonaro. Cela a été planétaire.

Au cours de votre carrière, vous avez enquêté sur différentes personnalités proches du pouvoir (Dominique Strauss-Khan, Alexandre Benalla…), qui ont vu leur carrière brisée par leurs actes. Didier Raoult a eu une expérience similaire. Est-ce la compréhension de l’ambition et des contradictions des personnes influentes qui vous fascine ?

Ce n’est pas le pouvoir qui me fascine mais les personnages qui sont plein d’ambitions et qui se laissent brûler les ailes en s’y approchant. L’ambition, c’est intéressant à ausculter. Elle peut devenir une folie et vous entraîner vers la chute. Ce sont des cas typiques de personnes qui étaient promises à un avenir éclatant mais avec quelque chose de supplémentaire pour Didier Raoult : le déni. Il a toujours persisté dans ses idées.

Recueilli par Lisa Morisseau et Paul Vuillemin

(*) Aux éditions Gallimard

[Interview] Béatrice Denaes : « Les transidentités, on n’en parle pas et mon témoignage pouvait devenir intéressant »

Photo : Lucas Turci/EPJT

Ancienne journaliste à Radio France, Béatrice Denaes était présente aux Assises du journalisme, ainsi qu’au salon du livre, samedi 2 octobre. Elle présentait son ouvrage Ce corps n’était pas le mien – Histoire d’une transition tant attendue. C’est à l’arrivée de la retraite que Béatrice Denaes s’est sentie prête à parler de sa transidentité. Elle a arrêté de se présenter comme homme en 2019 et retrace son histoire dans son livre. 

 

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

À l’origine, c’était pour mes enfants. J’avais envie de laisser une trace qui leur raconte ma vie, qui leur explique que j’avais passé toute ma vie à me cacher. Je suis journaliste, je hais mentir. Pour moi, ce n’était pas du mensonge mais une omission : je savais ce que je ressentais pourtant je ne savais pas mettre de mots dessus. Je voulais leur expliquer, non pas pour les faire pleurer, toute la souffrance que j’ai vécu, que j’ai pu ressentir et aussi le bonheur que j’ai eu de les avoir. Même si j’ai eu la souffrance interne de ne pas les porter, d’accoucher et ça, ça restera le plus gros manque de ma vie. J’ai vécu la grossesse de ma femme et leur naissance par procuration. Ce livre c’était vraiment pour témoigner pour eux. En parlant avec mes amis journalistes, ils m’ont dit qu’il fallait que je le publie. Les transidentités, on n’en parle pas et mon témoignage pouvait devenir intéressant.

Vous avez passé votre vie à faire témoigner les autres et, là, c’est vous qui avez témoigné. Comment vous sentez-vous d’avoir échangé les rôles ?

Oui, c’est étrange, le « je ». Je l’ai banni depuis des années parce que, c’est ça qui est génial dans le métier de journaliste, c’est de faire parler les autres. Ça a toujours été mon idée en tant que journaliste, de faire bouger les mentalités des auditeurs, des lecteurs, des téléspectateurs et là, je me suis retrouvée dans une autre situation. Même si je connais les ressorts du témoignage, je dois reconnaître que ça fait bizarre d’être la personne qui témoigne. On a plus l’habitude de poser les questions que d’y répondre en effet, mais on s’y fait.

Est-ce qu’il y aura une autre étape pour vous, après votre livre, pour vous engager sur la question de la transidentité ?

Oui et je me suis déjà engagée. Quand j’ai fait ma transition médicale, je n’ai pas été bien reçue par une association réputée alors que j’allais très mal et que j’avais besoin de soutien. Je me suis dit que je voudrais qu’il existe une association entre médecins et personnes concernées pour faire avancer les choses. Le parcours médical était et, il l’est toujours, très psychiatrisé.

Cela m’a poussé à créer quelque chose avec les médecins et, finalement, ils avaient la même idée puisqu’en novembre dernier, nous avons créé une association qui s’appelle Trans Santé France. Nous nous retrouvons entre médecins, paramédicaux, personnes concernées, familles, associations, juristes, sociologues et en même pas un an d’existence, nous sommes déjà 120.

Nous avons organisé notre premier congrès à Lille, il y a même pas quinze jours et nous avons déjà des contacts. Nous voulons vraiment faire avancer les choses. On ne devrait pas avoir besoin d’un psychiatre pour déterminer si on est trans ou pas. Tout comme on ne devrait pas avoir besoin d’un juge pour attester que l’on est trans et changer d’état civil. Il y a encore pas mal de choses à faire changer et je veux le faire en position de journaliste en discutant, en informant.

Nous pensons qu’il faut simplifier ce parcours médical. Il est essentiel mais il pourrait passer par un généraliste. On parle souvent de médecins transphobes mais souvent ils n’y connaissent simplement rien et n’ont jamais étudié la transidentité. Ils ne connaissent parfois même pas les dosages donc nous voulons les accompagner. On va lancer un DIU (diplôme interuniversitaire) pour que les médecins soient formés.

Comment mieux parler de la transidentité dans les médias ?

Il faut plus en parler, même au sein des écoles de journalisme. J’ai tenu une conférence à l’Ecole de journalisme de sciences po, parce qu’en effet l’équipe pédagogique s’est rendue compte que les journalistes ne connaissent rien au sujet de la transidentité. Il y a eu beaucoup de questions très intéressantes et nous avons besoin de cet échange. Quand les gens ne comprennent pas, cela mène à la haine et à l’intolérance. Quand on connaît et qu’on réalise que chacun peut vivre sa vie comme il l’entend, cela évite ces phénomènes.

Recueilli par Lisa Peyronne et Héloïse Weisz

[INTERVIEW] Alain de Chalvron : « La télévision a la puissance d’entrer dans le salon des gens »

Alain de Chalvron, grand reporter et correspondant à l’étranger (France 2, RFI, France Inter) vient de publier le livre En direct avec notre envoyé spécial, aux éditions l’Archipel. Il partage ses souvenirs et l’envers du décor de ses reportages.

Alain de Chalvron était présent au salon du livre des Assises du journalisme 2021 (Photo : Lucas Turci/EPJT)

Comment décririez-vous votre livre En direct avec notre envoyé spécial à ceux qui ne l’ont pas (encore) lu ? 

Beaucoup me disent qu’il s’agit d’un livre d’actualité contemporaine. D’ailleurs, à propos, j’aimerais bien être en Afghanistan aujourd’hui ! C’est vrai que j’ai couvert l’ensemble des grands événements de ces trente-cinq, quarante dernières années et j’ai découvert beaucoup de choses que je souhaitais transmettre à travers ce livre. 

Depuis que vous avez commencé votre carrière, quelles évolutions du métier avez-vous pu constater ? 

Je trouve qu’il y a une évolution assez positive. Lorsque je repense à l’époque où j’étais à Beyrouth, je pouvais passer des heures bloqué à l’hôtel à attendre un coup de fil… Par exemple, au Caire, il fallait que j’aille à la poste la veille pour payer le temps de communication dont j’allais avoir besoin. Maintenant, on téléphone de n’importe où avec les téléphones satellites. On peut même envoyer des images. Ce qui est un grand progrès. Le plus gros budget, lorsque j’étais chez France 2, était le coût de la communication satellite. Lorsque j’arrivais à un endroit, avant même de traiter l’information, je devais chercher un faisceau. Sinon on se faisait doubler par notre principal concurrent TF1. Aujourd’hui avec un téléphone portable et un ordinateur tout se fait, même capter au fond du désert. 

En revanche, il y a eu moins de progrès du côté des réseaux sociaux. Tout le monde se sent journaliste, mais beaucoup sont des faux journalistes. Il y a toute sorte de manipulations : ils se disent journalistes mais ils travaillent pour un gouvernement, une idéologie, un parti politique… Au final, ils n’informent pas et laissent la voie aux fake news. Cela a fortement dégradé l’image des journalistes et les politiques s’en sont saisis pour dénigrer la profession. La réputation n’est plus ce qu’elle était malgré le bon travail des professionnels. 

Un autre phénomène est l’apparition des chaînes d’information en continu et des nouveaux médias. La concurrence s’est multipliée. Certes cela motive, mais il y a aussi des conséquences. En voulant battre le voisin, on se précipite parfois trop. Les recettes publicitaires se partagent aussi donc il y a donc moins d’argent.

Les rédactions ont aussi moins de correspondants permanents, quelle en est la conséquence ?

C’est vraiment dommage car, dans les bureaux, on prend un réel plaisir à couvrir l’actualité. Ce sont des postes formidables, la quintessence du métier. On tisse un réel réseau de contacts que l’on n’a pas lorsqu’on est envoyé spécial. Les contacts, c’est l’essentiel. Ils donnent des informations et livrent une analyse des situations que l’on ne peut pas avoir autrement. Les effectifs des rédactions ont aussi été réduits à cause du manque de moyens, ce qui donne encore moins de temps pour chercher l’information, tourner et monter les images sur place.

Quelle est votre plus fort souvenir de ces années de reportage à l’étranger ? 

La télévision à la puissance d’entrer dans le salon des gens. Lorsqu’on leur apporte les images, beaucoup me disent « vous faites parti de la famille ». Je dirais que 90 % du métier est du plaisir. Pour le plus fort, je dirais Haïti lorsqunous avons réussi à obtenir l’interview de l’ennemi numéro 1. Parmi mes autres souvenirs, le reportage le plus dur a été sur les enfants esclaves. Nous sommes ressortis changés de ce sujet. C’était tellement lourd. 

Un message pour les jeunes journalistes ?

Je ne suis pas pessimiste car il y aura toujours besoin de journalistes. Certes, il y a moins de journaux qu’à une certaine époque mais il y aussi la naissance de nouveaux médias de grande qualité comme Slate, Politico, Atlantico…  On le voit aussi à travers la naissance de médias locaux qui se développent comme Médiacités. Ce sont de bons journalistes confirmés qui ne racontent pas de balivernes sur le terrain.

 

Recueilli par Carla Bucero Lanzi

[INTERVIEW] Hervé Gardette « Les problématiques écologiques sont encore trop cantonnées à une spécialité »

À l’occasion des Assises du journalisme 2021, le journaliste Hervé Gardette présente son premier livre Ma transition écologique, comment je me suis radicalisé. Une sélection de ses chroniques environnementales diffusées sur France Culture et éditée chez Novice. Aujourd’hui, journaliste pour l’émission « 28 Minutes » sur Arte, il revient sur son apprentissage de la transition écologique.

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Hervé Gardette a tenu pendant deux ans une chronique sur l’écologie dans « Les matins de France culture ».  (Photo : Marine Gachet/EPJT)

Comment garder une distance journalistique avec son sujet quand celui-ci promet de faire partie intégrante de votre vie professionnelle ?

On fait comme avec n’importe quel sujet. C’est difficile car quand on est plongé quotidiennement pendant deux ans dans un sujet, cela prend beaucoup  de place. Particulièrement lorsqu’il s’agit du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Quand on commence à s’y intéresser de près, on ne peut qu’être convaincu de l’urgence de la situation. Après, que fait-on avec cette urgence ? Un travail de militantisme ? Cela peut tout à fait être concevable. Il y a des journalistes qui sont devenus activistes. Mais il faut quand même garder une distance critique avec son objet, toujours. Il faut faire ce qu’on doit faire pour n’importe quel sujet journalistique. Moi avec l’écologie, j’ai essayé de présenter plusieurs arguments sans disqualifier des arguments moins vertueux écologiquement. Mon idée c’était de partir de mon exemple personnel pour montrer qu’on a beau être convaincu de quelque chose, l’appliquer n’est pas toujours simple. On est fait de cette contradiction. Il faut aussi montrer la complexité des choses.

Dans votre livre vous écrivez que « le confinement a été une occasion en or pour regarder le monde qui nous entoure autrement » et que, paradoxalement, vous avez régressé dans votre processus de transition écologique. Pouvez-vous en dire plus ?

J’ai essayé de diminuer les emballages et d’acheter en vrac le plus possible. Malheureusement, pendant le confinement cela n’a plus été possible pour des raisons sanitaires. Il y a eu en plus un effet de compensation. Je me déplaçais moins mais c’était une période assez stressante. Il y avait besoin de se faire plaisir inconsciemment avec des choses que je n’aurais pas acheté en temps normal. Quand, à la fin de cette période, certains prétendaient que tout allait changer, moi, je n’y ai jamais cru. Quand on observe les débats présidentiels, il y en a encore où l’écologie est absente.

Pensez-vous qu’il y a un problème de traitement médiatique des problématiques environnementales aujourd’hui en France ? 

Oui car ces problématiques sont encore trop cantonnées dans une spécialité. Or c’est un problème systémique. Si on veut une transition écologique, il faut changer l’économie, les transports, l’éducation, la culture.  Ce n’est pas le sujet d’une spécialité, cela devrait englober tout le reste. C’est quelque chose d’inévitable, qu’on soit écolo ou non, le changement climatique est là. J’entends encore des émissions politiques ou aucune question n’est posée aux invités concernant l’écologie. C’est assez curieux.

Si vous deviez conseiller un livre à une personnes qui ne se sent pas concernée par cette thématique, lequel serait-il ? Et pourquoi ? 

Il y a un livre que j’aime beaucoup et qui est une bonne porte d’entrée pour ce sujet, c’est l’Atlas de l’anthropocène d’Aleksandar Rankovic et François Gemenne. Il est très clair. L’écologie est un sujet complexe : toutes les décisions en induisent d’autres. C’est en expliquant la complexité que le sujet devient abordable. Dans les médias, on confond encore compliqué et complexe. A force de simplifier certains sujets, on les rend incompréhensibles.

Propos recueillis par Romane Lhériau

[LE DÉBAT] Météo et climat : les présentateurs en première ligne

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Météo et Climat : Les présentateurs météo en première ligne »,en partenariat avec Radio France.

(Photo : Irène Prigent/EPJT)

Animé par Laetitia Gayet, le débat a réuni Evelyne Dhéliat, présentatrice météo sur TF1 ; Ilyes Ghouil, créateur de la Météo Franc-Comtoise ; Dominique Marbouty, vice-président de Météo et Climat ; Marie-Pierre Planchon, productrice et présentatrice de la météo sur France Inter ; Laurent Romejko, présentateur météo sur France 3 ; David Salas Y Melia, chercheur chez Météo France.

Les enjeux

À mesure que les prévisions se précisent, les bulletins météo ont gagné en crédibilité. Avec le dérèglement climatique, il n’est plus seulement question de pluie et de beau temps mais de sensibiliser à l’urgence climatique, sans céder à l’alarmisme. En parallèle des bulletins télévisés et radiophoniques, des initiatives émergent sur les réseaux sociaux à l’échelle locale et permettent de toucher la jeune génération. En même temps, les réseaux sociaux sont aussi utilisés comme des systèmes d’observation des intempéries.

Ce qu’ils ont dit

Evelyne Dhéliat : « L’information, c’est du spectacle. Mais la priorité reste d’informer. Il faut qu’on comprenne du premier coup d’œil ce qui se passe. »

« On a un rôle compliqué car on a une responsabilité économique. J’ai reçu une fois un appel d’un hôtelier furieux parce que ses réservations avaient été annulées après un bulletin météo…»

Dominique Marbouty : « Aujourd’hui, la température moyenne du globe a augmenté d’un degré Celsius. Avec les feux de forêt en Grèce, aux États-Unis, en Australie, tout le monde en voit déjà les effets. Et on imagine bien les conséquences d’un réchauffement de deux degrés Celsius. » 

Marie-Pierre Planchon : « En une minute, c’est très difficile d’arriver à satisfaire tout le monde, de créer du lien en restant crédible. »

« Je fais très attention au vocabulaire que j’emploie, à dire le terme le plus exacte. Il ne faut pas dire “il va faire beau ! “, mais “il va faire chaud !” Pour les touristes, un temps ensoleillé est positif, mais pour les agriculteurs, se sera peut-être catastrophique…»

Laurent Romejko :  « J’aime bien créer un véritable récit pour présenter la météo. Il y a une certaine poésie. On parle de la France, des régions, des petits coins que l’on évoque pas forcément dans les JT. »

 « On a l’impression que les exceptions commencent à devenir la norme. On se rend compte que les phénomènes de tempête reviennent de plus en plus régulièrement, de même que les normales de saison augmentent. »

« Il faut être extrêmement prudent et avoir du recul. On ne peut pas tout relier au changement climatique. »

« Notre rôle n’est pas d’apprécier le temps qu’il va faire, mais de dire le temps qu’il va faire. »

Ilyes Ghouil :  « Sur les réseaux sociaux, tout passe par l’écrit et le visuel. On peut se permettre de détailler, d’apporter des précisions. »

« J’ai remarqué un réel emballement au niveau des intempéries en Franche-Comte à partir de 2017. J’ai aussi constaté une certaine disparition du froid. »

« Sensibiliser le jeune public dès la primaire est important. Les enfants ramènent pleins d’informations à leurs parents. »

David Salas Y Melia : « La météo a changé, le temps qu’il fait a changé. Si on regarde les bulletins des années 1990, on ne prévoit plus les mêmes choses. »

« Parmi les cyclones, on observe une proportion plus importante de cyclones intenses. Les pluies extrêmes montent aussi en intensité, y compris dans le Sud-Est de la France. On estime que l’intensité maximale des précipitations a augmenté d’une vingtaine de pourcentages par rapport aux années 1960. »

À Retenir

Les bulletins météos sont les reflets du dérèglement climatique. Si les manières de présenter la météo varient selon les temps d’antenne et les supports (télévision, radio, réseaux sociaux), les journalistes ont pris conscience de l’importance d’informer les citoyens sur le climat. Dans le vocabulaire, il n’est plus question d’apprécier la pluie ou le beau temps, mais d’exposer les faits. Une dimension plus pédagogique des bulletins a vu le jour ces dernières années. Évoquer les catastrophe naturelles, expliquer la formation des intempéries, parler de la qualité de l’air ou des stocks d’eau douce permettent de prendre de la hauteur sur les simples prévisions.

Irène Prigent

[LE RÉSUMÉ] Solidarité Afghanistan : les Assises donnent la parole aux journalistes afghans exilés

Photo : Manuela Thonnel /EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Solidarité Afghanistan : les Assises donnent la parole aux journalistes afghans exilés »

Animé par Catherine MONET, rédactrice en chef à Reporters sans frontières avec Akbar Khan ARYOBWAL, fixeur et interprète des médias français ; Darline COTHIERE, directrice de la Maison des journalistes ; Ricardo GUTIERREZ, président de la Fédération européenne des journalistes (FEJ) ; Mariam MANA, journaliste afghane réfugiée ; Najiba NOORI, journaliste afghane réfugiée ; Rateb NOORI, directeur vidéo du bureau de l’AFP à Kaboul ; Solène CHALVON, grand reporter, correspondante en Afghanistan ; Lotfullah NAJAFIZADA, directeur de Tolo News.

LES ENJEUX

Depuis le 15 août et la chute de Kaboul, de nombreux journalistes ont quitté le pays et ont rejoint en France les Afghans déjà réfugiés. Il reste cependant des centaines de journalistes inscrits sur des listes d’évacuation.

CE QU’ILS ONT DIT

Akbar Khan ARYOBWAL : « Quand j’ai appris ce qui se passait à Kaboul, je n’ai pas pleuré dans un coin. Je suis parti direct à l’aéroport pour essayer de faire quelque chose. Il faut donner de l’espoir aux gens qui quittent le pays. Il faut leur montrer les bons chemins. »

Darline COTHIERE : « Depuis cette année, plus de 400 journalistes ont été accueillis à la Maison des journalistes, venus de 70 pays dont l’Afghanistan. Ils arrivent en catastrophe pour fuir la répression et parce que leur vie est en danger. »

Ricardo GUTIERREZ : « Des milliers de journalistes afghans sont toujours dans leur pays. Pour ceux présents sur liste d’attente, il y a des États qui ont des plans avec des corridors humanitaires comme par exemple l’Allemagne qui réalise toujours des évacuations. »

Mariam MANA : « Pour les réfugiés il y a deux types d’exil. Celui où vous n’êtes plus dans votre pays physiquement et l’autre, c’est l’exil de la langue. C’est ce dernier qui a été le plus dur pour moi. Pour les écrivains et les journalistes, la langue est notre outil de travail, nous gagnons notre vie grâce à elle. »

Najiba NOORI : « Avant le 15 août, on a vu se développer les assassinats ciblés contre les journalistes, le nombre de violences croître, mais on continuait de travailler. Mais quand les talibans ont marché devant chez moi, j’ai décidé de partir. »

Rateb NOORI : « Avec mon organisation, et toute la communauté, nous essayons de poursuivre le travail, de continuer à couvrir ce qui se passe. »

Solène CHALVON : « Il y a un vrai besoin de se coordonner. Les gens de l’ambassade de France sont des gens que l’on connaît depuis des années car il y a une communauté française très restreinte. »

Lotfullah NAJAFIZADA : « La différence entre l’avant, le pendant et l’après 15 août, c’est la même qu’entre le jour et la nuit. Avec une privation de liberté, aucun accès à l’information ni critique du gouvernement et les talibans qui demandent à être consultés au préalable avant toute diffusion. »

 

À RETENIR

Il y a beaucoup d’axes d’aide aujourd’hui pour les journalistes afghans. Il faut penser à ceux qui sont arrivés, mais aussi à ceux qui restent. Il faut maintenir la pression sur les chancelleries occidentales et donner des fonds aux organismes qui peuvent aider comme la Maison des journalistes, la Fédération européenne des journalistes ou Reporters sans frontières. Ils ont aussi un besoin de transfert de compétences, d’enseignement ou de matériel.

[INTERVIEW] Sophie Roland : « A nous de montrer que des solutions existent »

Membre du Solutions Journalism Network, Sophie Roland défend un journalisme de solutions face à un journalisme anxiogène, dans le traitement de l’urgence climatique.

Sophie Roland (Photo : Irène Prigent/EPJT)

Après avoir travaillé plusieurs années pour les magazines d’enquête de France Télévisions, Sophie Roland a rejoint en 2019 le Solutions Journalism Network fondé par des journalistes du New York Times. Au sein de la profession et auprès des étudiants, elle forme au journalisme de solutions et travaille à en détruire les clichés.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous diriger vers le journalisme de solutions ?

Cela a été un cheminement un peu long. J’ai fait beaucoup d’enquêtes dans ma vie et au fur et à mesure, je me suis rendue compte qu’elle déprimaient les gens. Les spectateurs étaient laissés avec un sentiment d’impuissance et d’anxiété. Et puis j’ai fait des rencontres, notamment avec Nina Fasciaux qui est la manager Europe du Solutions Journalism Network. Elle m’a expliqué comment les Américains avaient réfléchi à mettre au point une méthode qui permette d’exercer le journalisme de solutions de manière rigoureuse. Il y avait un sommet international à Sundance en novembre 2019. Cela m’a fait un bien fou de rencontrer des journalistes qui ont envie, comme moi, de bousculer leurs approches du reportage ou de l’enquête en les axant sur les réponses aux problèmes. J’ai repris espoir.

Quelle est la principale critique que vous adressez aux médias concernant le traitement de l’urgence climatique ?

Les journalistes sont souvent très anxiogènes dans la manière d’aborder les sujets climatiques. C’est vrai qu’il faut faire prendre conscience aux gens qu’il y a un problème, mais on ne doit pas s’arrêter là. Il faut être capable d’analyser et d’apporter des réponses. C’est important pour moi que ce ne soit pas le fait uniquement d’une niche de médias spécialisés. Le journalisme de solutions doit être mis en avant dans nos journaux télévisés et nos grands magazines. Il faut des sujets ambitieux sur les solutions, ce qui nécessite un travail d’investigation. Des événements comme la COP 26 sont des occasions pour parler des initiatives qui existent.

À quels obstacles se heurte encore le journalisme de solutions ?

Il n’y a pas encore ce réflexe premier des journalistes d’aller couvrir « le sixième W », que j’appellerais le « qu’est-ce qu’on fait ? » Je pense qu’aujourd’hui, de plus en plus de journalistes vont êtres sensibilisés à cela, en particulier chez la jeune génération. Les problèmes hurlent et les solutions murmurent. Maintenant, il faut faire hurler les solutions. Mais mesurer l’efficacité des initiatives prend du temps. Les rédactions doivent essayer de s’en dégager et mieux anticiper les sujets. Au lieu de faire un marronnier sur la journée du climat, par exemple, les journalistes peuvent l’axer sur les solutions. Ce sont des choix éditoriaux et des réflexes à intégrer.

Comment échappez-vous au cliché du journalisme de « bonnes nouvelles » ?

J’y échappe en participant à des événements comme les Assises du Journalisme, où durant trois jours, je casse les idées reçues autour du journalisme de solutions. J’interviens beaucoup auprès des écoles de journalisme, mais aussi à France Télévision. J’espère prouver à l’antenne que ce journalisme est aussi exigeant que n’importe quel reportage.

Êtes-vous optimiste pour le climat ?

Le journalisme de solutions m’a redonné de l’optimiste. On a une responsabilité journalistique à bien informer les gens sur les problèmes et les solutions qui auront un véritable impact sur le climat. Inutile de perdre son temps à exposer des soi-disant solutions qui ne vont rien régler du tout, ni à mettre en avant des technologies dont on n’a même pas encore la preuve qu’elles fonctionnent. Il faut être réaliste, ne pas tomber dans le “Greenwashing”. Néanmoins, des solutions, il y en a. À nous de les montrer, les travailler, les questionner et les investiguer de manière rigoureuse.

Propos recueillis par Irène Prigent

[LE DÉBAT] Jean-François Julliard (Greenpeace) et Philippe Martinez (CGT) : conjuguer fin de mois et fin du monde

Photo : Élea N’Guyen Van-Ky / EPJT
Retrouvez l’essentiel de l’événement « Le débat : Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France / Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT ».

Animé par Dorothée Moisan, journaliste, avec Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France et Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

Les enjeux

Vendredi après-midi, Jean-François Julliard, ancien journaliste et militant écologiste ainsi que Philippe Martinez, syndicaliste, se sont retrouvés pour un débat : Conjuguer fin de mois et fin du monde. En mai 2020, plusieurs syndicats et militants dont la CGT et Greenpeace France avaient sorti ensemble le plan « Plus jamais ça ! » Il proposait 34 mesures pour sortir de la crise.

Ce qu’ils ont dit

Philippe Martinez : « La CGT, contrairement à sa réputation, s’inquiète des questions du climat depuis une quinzaine d’années, en conjuguant questions sociales et environnementales. Nous nous interrogeons sur comment agir pour la préservation de la planète, sans perdre son boulot. »

« Nous réfléchissons à une autre forme de croissance. C’est pas “on abandonne toutes les industries et l’ancien monde”. Nous réfléchissons ensemble. Et les salariés ont plein d’idées. »

« [Avec Greenpeace], on essaye de nous éloigner mais on discute pour savoir ce qui nous éloigne et surtout ce qui nous rapproche. »

« Ce sur quoi on est pas d’accord, c’est le nucléaire. Nous on est pour, on pense que c’est une solution. Ça ne nous empêche pas de réfléchir sur la question des déchets, de l’extraction pour alimenter les centrales ou du refroidissement. »

Jean-François Julliard : « On arrive à dépasser les clichés qu’on peut avoir les uns envers les autres. On a des intérêts communs. »

« Il y a des sujets sur lesquels on n’est pas d’accord. On a beaucoup travaillé sur l’impact du secteur aérien ou automobile sur le climat. On n’a pas la même vision des réponses à apporter. Ça ne bloque pas la discussion. On a à cœur d’essayer de trouver des solutions. Sur la question de l’aérien, je suis enthousiasme sur comment on peut transformer le secteur afin de réinventer l’aéronautique de demain et permettre de faire vivre les salariés du secteur. »

Au sujet de la responsabilité des journalistes : « Il y a beaucoup de journalistes qui voudraient traiter des questions environnementales mais qui ont du mal à trouver des postes. Travailler dans la presse sur des sujets environnementaux, c’est difficile. »

À retenir

La CGT et Greenpeace font de l’environnement et des droits sociaux un combat commun. Le syndicat et l’ONG travaillent ensemble pour proposer des solutions en matière d’emploi et d’écologie. Le nucléaire reste cependant un de leur principaux désaccords.

Héloïse Weisz

[INTERVIEW] Franck Annese : « Le but, c’est de proposer des changements de pratiques »

Fondateur du groupe So Press, Franck Annese décrit l’évolution récente des pratiques journalistiques au sein de ses médias, liée à la crise du Covid mais aussi à la lutte contre le réchauffement climatique.

(Photo : Lucas Turci/EPJT)

Franck Annese s’est fait connaître en fondant le magazine So Foot en 2003. Vient ensuite Society puis, plus récemment, So Good. Tous ces magazines sont intégrés au groupe So Press, dont il est le patron.

La crise du Covid a-t-elle modifié votre façon de travailler au sein des médias de votre groupe ?

Ce serait mentir que de dire qu’il y a un avant et un après Covid dans notre rédaction. Pendant le premier confinement, on ne pouvait plus aller dans certains endroits parce que nous venions de Paris. On nous reprochait de diffuser le virus. Mais cela n’a été que temporaire. Il n’y a pas eu de changement fondamental, si ce n’est dans la généralisation du télétravail. Nous n’aimons pas forcer les gens à So Press mais, malgré tout, c’est bien quand il y a du monde à la rédaction.

Durant votre débat avec Fabrice Arfi, vous évoquiez les efforts de vos médias pour limiter votre empreinte carbonne. Pouvez-vous les décrire ?

Nous essayons de n’utiliser que du papier écologiquement vertueux. Ce n’est pas forcément du recyclé car ce n’est pas toujours mieux mais nous faisons attention à leur empreinte carbone. Nous utilisons aussi des colles différentes, plus écologiques. Au niveau de l’encre, il existe des encres végétales plus vertueuses mais leur très fort coût fait que nous ne pouvons pas les utiliser aussi souvent que nousle souhaitons. Nous cherchons aussi à réduire les trajets de nos journalistes, ne pas faire d’allers-retours systématiques. Dans le cas où les déplacements sont longs et polluants, nous ramenons plusieurs articles que nous pouvons exploiter dans les différents magazines du groupe. Nous avons lancé également une autre démarche : en fonction du nombre de kilomètres parcourus par nos journalistes, nous finançons la plantation d’arbres. Ça ne compense pas forcément mais c’est déjà un premier pas. La dynamique est enclenchée, elle va dans le bon sens, et nous allons continuer à réduire autant qu’on le peut notre empreinte climatique.

Vous avez lancé So Good en 2020, qui promeut le journalisme de solution. Est-ce pour vous le meilleur moyen de mobiliser face aux enjeux de la crise climatique ?

Nous avons vraiment deux logiques différentes avec So Good et Society. Society va plus dans la complexité des choses, montrer ce qui ne va pas, donner l’alerte… Ce n’est ni tout blanc ni tout noir. So Good, à l’inverse, met en avant des personnalités qui font bouger les lignes. Nous médiatisons des personnes qui sont sous-médiatisées. Le but, c’est de proposer des changements de pratiques, voire de vies. Ne pas imposer mais proposer. Mais il ne faut pas oublier qu’il est toujours nécessaire de lancer des alertes. C’est notre rôle.

Recueilli par Lucas Turci

[LE DÉBAT] Franck Annese et Fabrice Arfi : quel journalisme pour le monde d’après ?

(Photo : Manuela Thonnel/EPJT)
Retrouvez l’essentiel du débat entre Franck Annese et Fabrice Arfi.

Animé par Jérôme Bouvier, le débat a réuni Fabrice Arfi, co-responsable du pôle enquête chez Médiapart, et Franck Annese, P.D-G du groupe So Press.

Les enjeux

L’un multiplie les titres de magazines et les reportages, l’autre prospère en ligne et s’illustre par ses enquêtes. Tous deux sont à la recherche du meilleur modèle médiatique pour transmettre à leurs lecteurs une information indépendante, avec un impact environnemental moindre. Fabrice Arfi et Franck Annese exposent les choix qu’ont fait leur média pour concilier le fond et la forme.

Ce qu’ils ont dit

Fabrice Arfi : « En acier, en papier, en bambou, ce qui compte ce n’est pas l’assiette mais ce qu’il y a dedans. Internet a ses propriétés, mais ce qui compte c’est de transmettre une information utile aux citoyens. La question du médium n’est pas la plus importante. »

« La Santé publique est devenue pour nous un problème centrale, de sorte que l’intégralité de la rédaction s’est réorganisée autour de la pandémie. Comme toute crise majeure, la pandémie a redéfini la vérité factuelle. On a bien vu l’effacement de la frontière entre le vrai et le faux. Le journalisme a été requis pour ne pas succomber à des émotions tribales. »

« Dans l’ancien monde, on disait qu’une bonne rédaction était une rédaction vide, parce que les journalistes étaient sur le terrain en train d’enquêter. Mais quand les journalistes se retrouvent, c’est dans ces interstices là que naissent les meilleurs moments. On est toujours plus fort quand on fait une enquête à plusieurs, je crois à l’intelligence collective. Avec le distanciel, de fait, les gens reviennent moins dans les rédactions. Si les gens se sentent mieux chez eux pour travailler et qu’ils ont de bonnes idées, on ne va pas les forcer à venir. »

« Quand on est un citoyen consommateur d’information, on n’a pas toujours conscience de l’impact qu’ a le modèle économique sur la production. La gratuité a aussi des conséquences. On est plus dans une logique de public, on est dans une logique d’audimat. On va faire davantage de papiers, plus courts. On va faire plus de clics et on a moins de temps pour faire des papiers longs et sortir du blabla. Pour beaucoup de gens l’information est utile, mais on a du mal à se dire qu’il faut la payer. »

« Nous n’avons aucune étude sur le succès d’un article. Ce qu’on sait au regard de ce qui se dit sur les forums, c’est que l’écologie est un sujet majeur dans les préoccupations de ceux qui nous lisent. »

Franck Annese :  « Les habitudes de télétravail sont rapidement prises et il faut essayer de raisonner ces habitudes qui sont assez peu favorables à un travail journalistique. Il n’y a jamais eu de présence obligatoire chez So press. Puis la présence a été interdite. Les gens venaient beaucoup et maintenant ils viennent moins. »

« Je ne crois pas plus au papier qu’au digital. Ce que je sais, c’est que quand on n’a pas beaucoup d’argent, c’est plus facile de lancer un magazine papier. On a une connaissance du kiosque, qui fait qu’aujourd hui on prend moins de risques avec le papier. Exister dans l’océan Google, c’est compliqué, il faut savoir se distinguer. La différence entre les supports n’est pas très flagrante. Ce qui est important, c’est que les gens payent pour de l’information, que ce soit en digital ou en papier. »

« Si on n’avait pas lancé So good, on serait beaucoup moins vertueux sur le plan environnemental aujourd’hui qu’on ne l’est. La colle, le papier, le blister, on a innové avec plus ou moins de succès en faisant une partie des impressions sans utiliser d’emballage. Il y a des magazines qui arrivent défectueux, une bonne partie des gens qui signalent le problème ne souhaitent pas se faire renvoyer le numéro. Il y a trois ans, on n’aurait eu que des insultes. On sent que les mentalités évoluent peu à peu. »

À Retenir

Papier ou web, l’information se monnaye. C’est du moins le point de vue partagé par Franck Annese et Fabrice Arfi. Pour proposer des contenus de qualité et regagner la confiance des lecteurs, les entreprises de presse doivent conquérir une forme d’indépendance économique qui passe par le financement des citoyens.

Manuela Thonnel

[LE RÉSUMÉ] Quatre initiatives en faveur de la diversité dans les médias

Photo : Lucas Turci/EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Quatre initiatives en faveur de la diversité dans les médias ».

Animé par Anne Bocandé, journaliste indépendante et cheffe de projet incubation médias au Medialab 93, avec Maxime Daridan, BFM TV, Lannuaire vu des quartiersMarc Epstein, président de La chance, pour la diversité dans les médiasRyad Maouche, rédacteur en chef du média en ligne Frictions.co ; Claudia Rahola, responsable du comité « diversité » de lAFP.

Les enjeux

Les gilets jaunes, le mouvement Black Lives Matter, l’élection de Donald Trump, le Brexit… Ces dernières années, de nombreux événements de grande ampleur sont venus surprendre les médias. Ces pressions populaires interrogent sur le traitement de l’information par les journalistes, leurs biais mais aussi leur représentativité. Comment les médias peuvent-ils sortir de cette ornière et afficher un visage plus pluraliste ?

Ce qu’ils ont dit

Maxime Daridan : « L’annuaire des quartiers regroupe plus de 1500 Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). C’est un outil de facilitation entre habitants de quartiers populaires, dans le modèle du manuel des expertes. Il permet aux journalistes de mieux comprendre les sujets liés aux quartiers et de générer de nouvelles idées. Le succès, on l’aura quand les marronniers seront traités avec des publics bien plus diversifiés dans ces quartiers défavorisés. »

Marc Epstein : « Le chiffre dont on est le plus fier, c’est celui des anciens de notre formation La chance qui deviennent journalistes : 75 %. »

« C’est très important que des jeunes journalistes soient issus de milieux divers pour enrichir la conversation le matin en conférence de rédaction, quand on discute du traitement des angles, des sources… Représenter la diversité de la population, c’est notre travail. »

Ryad Maouche : « Pour Frictions, nous sommes partis d’un constat assez simple : les sujets de conversation sont devenus mondiaux, dépassent les frontières, mais leur perception change selon le lieu où l’on vit. On veut documenter ces différentes perception. C’est un travail de PQR à l’échelle mondiale. »

Claudia Rahola : « On se rend compte que le profil des journalistes est un peu le même. Nous avons monté le comité « diversité » pour diversifier les profils. »

« Aller plus loin, ça veut dire aussi faire beaucoup plus de mentoring, aller à la recherche de gens qui ne sont pas dans les écoles, qui ont eu une expérience professionnelle avant qui n’a rien à voir avec le journalisme. »

À retenir

Le baromètre du CSA mesure depuis 2009 la diversité dans les médias audiovisuels. Son dernier rapport dresse un portrait robot du journaliste à la télévision : un homme blanc, valide, âgé de 35 à 49 ans, vivant en ville et issu d’une catégorie socio-professionnelle supérieure. Face au manque de diversité dans les rédactions et aux biais que cela crée, de nombreux médias cherchent à aller vers plus de pluralisme. Les défis sont nombreux mais les initiatives aussi.

Lucas Turci

[LE RÉSUMÉ] Climat : quelle approche pour le journalisme de solutions ?

Aux Assises, Christophe Agnus, Sandra De Bailliencourt, Sophie Roland et Camille Sarazin questionnent l’approche du journalisme de solutions.  (Photo : Irène Prigent/EPJT)

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Climat : quelle approche pour le journalisme de solutions ».

Animé par Sophie Massieu, journaliste et membre de l’Association des Journalistes de l’Information Sociale (AJIS). Avec Christophe Agnus, président de Reporters d’espoirs ; Sandra De Bailliencourt, directrice générale des SPARKNEWS ; Sophie Roland, journaliste-réalisatrice et formatrice pour Solutions Journalism Network ; Camille Sarazin, journaliste pour EntR (France Médias Monde).

LES ENJEUX

La crise climatique a fait émerger un nouveau genre du journalisme. Il ne s’agit plus seulement d’exposer les problèmes mais de montrer les réponses possibles et concrètes. Le journalisme de solution met en avant les initiatives citoyennes en faveur d’une meilleure gestion de l’environnement et pour luter contre le dérèglement climatique. Mais attention à la facilité du journalisme de “goodnews”. Le but n’est pas simplement d’aborder les succès des initiatives mais d’en révéler parfois les limites ou les dysfonctionnements dans un souci critique et de crédibilité journalistique.

CE QU’ILS ONT DIT

Christophe Agnus : « Si on ne fait qu’énumérer les problèmes, on crée une sorte de déprime et les gens n’ont plus envie d’agir. »

« Je m’oppose au journalisme de “goodnews”, ou “bisounours”. On fait du journalisme intégral avec à la fois le problème, l’analyse et la solution. On ne fait pas un inventaire des bonnes nouvelles ou des initiatives. »

Sandra De Bailliencourt : « Cela ne suffit plus de montrer les solutions car cela ne met plus les gens en mouvement. Notre but, c’est que les lecteurs se posent des questions sur leur mode de vie. On fait du récit pour replacer l’homme au cœur du vivant, »

Sophie Roland : « 59% des Français attendent de notre part beaucoup plus de couverture des solutions sur la thématique du climat.  »

« On n’est pas le porte-parole d’une cause, on ne fait pas du militantisme. C’est important de garder du recul, de l’esprit critique à travers nos reportages et nos enquêtes. L’idée serait qu’on ne parle plus de journalisme de solution mais de journalisme tout court. »

« Décrypter les fausses solutions, c’est aussi du journalisme de solution. »

Camille Sarazin : « Parfois, c’est dur de suivre l’actualité et de voir uniquement les mauvaises nouvelles. Le ton catastrophique peut être paralysant. Les jeunes ont besoin de se projeter dans l’avenir et de voir les solutions. »

« On a essayé de casser les codes des médias traditionnels avec des nouveaux formats. »

À RETENIR

La discussion a mis en lumière l’importance de ne pas confondre journalisme de bonnes nouvelles et journalisme de solutions. Un vrai travail investigation est requis pour aborder les enjeux environnementaux dans leur globalité, de l’exposition de la gravité des problèmes au questionnement sur la pertinence des solutions. Ce nouveau genre au sein de la profession peut permettre de recréer du lien entre les médias et les lecteurs. Ce journalisme intégral peut donner envie aux gens de s’impliquer, d’agir en faveur de l’environnement. La conférence a également pointé la nécessité de former les journalistes pour mieux traiter les questions climatiques.

[LE RÉSUMÉ] Climat, biodiversité : de la nécessité de travailler en réseau

"Conférence
(Photo : Manuela Thonnel/EPJT)

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Climat, biodiversité : de la nécessité de travailler en réseau ».

 

Animé par Sophie ROLAND, journaliste-réalisatrice et formatrice pour Solutions Journalism Network, l’atelier a réuni Anne HENRY-CASTELBOU, journaliste Radio RCF Hauts de France et presse économique régionale, responsable du réseau régional des Journalistes pour la Nature et l’Ecologie (JNE), Kristen FALC’HON, membre fondateur de Splann! et Laurent RICHARD, fondateur de Forbidden Stories. Leila MINANO, secrétaire générale de Disclose, aurait également dû être présente, mais s’est décommandée en apprenant la participation de Nicolas Hulot à l’événement, précise Sophie Roland.

Les enjeux

Les journalistes qui traitent des questions écologiques se retrouvent souvent isolés, indépendants ou au sein des rédactions. Ils subissent les pressions de la part des politiques, des industriels, des mafias… En apprennant à travailler en équipe, les journalistes mettent en commun leurs compétences et leurs ressources. Par la collaboration, ils espèrent donner un nouvel écho à leurs sujets et peser davantage dans la balance.

Ce qu’ils ont dit

Laurent Richard : « Cela fait une bonne trentaine d’années que le journalisme collaboratif se développe. On a besoin de ressources de talents d’expertises dans tous les pays du monde. Cela serait dommage de faire ça tout seul mais cela va à l’encontre de toutes nos expériences personnelles précédentes. On est souvent des loups solitaires, à la recherche du scoop qu’on veut sortir et qu’on ne veut pas partager avec d’autres. »

« On essai de composer une équipe de rêve à chaque fois et c’est assez fabuleux comme aventure. Chacun met son ego au vestiaire. On sait que l’on enquête sur des histoires extrêmement dangereuses, c’est aussi le sens de la collaboration, car ça ne sert à rien de tuer un journaliste s’il y en a 30 autres qui arrivent derrière. On est un espèce d’énorme éléphant qui se déplace. C’est aussi une aventure humaine, nous n’avons pas la même culture, la même façon de communiquer, des approches et des lois différentes. »

« Toute enquête ne se prête pas à la collaboration, mais juridiquement, en termes de sécurité ou économique, ça a du sens. Je trouve ça dommage que ce ne soit pas enseigné comme un socle dans les écoles de journalisme. C’est une façon de redéfinir la profession, de s’enrichir des autres cultures. Il y a plein d’obstacles, de contraintes à gérer, mais je pense que le journalisme collaboratif est l’avenir et devrait être un peu plus pris en considération. »

Kristen Falc’hon : « Nous avons vocation à travailler, à chaque fois, avec d’autres médias. Lancer un média tout seul, c’est prendre le risque de parler dans le vide. Pour chaque enquête que l’on ouvre, on travaille avec d’autres médias qui s’engagent à publier eux-aussi l’enquête. À partir du moment où les médias nationaux s’intéressent à des questions, ça change la donne. Il y a tout de suite des pressions supplémentaires sur les acteurs locaux. »

« On n’a pas les mêmes infos quand on est à Brest que quand on est en Centre-Bretagne. En travaillant ensemble, on a par exemple donné une dimension systémique à la pollution à l’ammoniaque dans notre dernière enquête. »

« Ce sont des réunions téléphoniques à n’en plus finir, pendant des heures et des nuits. C’est assez éprouvant. On a quand même besoin de se retrouver physiquement. On a envie de cette euphorie collective. On voit chacun sur nos écrans que les choses bougent, mais on a envie de le partager à plusieurs. »

Anne Henry-Castelbou : « Les journalistes en région qui travaillent sur les sujets écologiques sont souvent seuls dans leur rédaction ou lorsqu’ils sont indépendants. On se voit comme des concurrents lorsqu’on ne se connait pas. »

« Nous avons intérêt à travailler ensemble pour sortir des discours institutionnels et de l’actualité chaude. Les journalistes échangent entre eux au sein des rédactions. C’est aussi ça le travail collaboratif. Il y a plein de moyens de le faire émerger, mais on peut tous monter en compétence. »

À retenir

Mettre en commun les ressources, se nourrir d’autres cultures et collaborer semble être l’une des clés pour donner une nouvelle profondeur à l’investigation.  En faisant front commun, les journalistes entendent lutter contre les pressions dont ils sont victimes, mais aussi donner une nouvelle profondeur à leur enquête. Pour cela, ils doivent mettre de côté leur ego, dépasser le sentiment de concurrence. Ce n’est plus la signature qui compte mais bien transmettre une information globale et approfondie.

Manuela Thonnel

[LE RÉSUMÉ] Média et climat, une perspective historique en partenariat avec le GIS journalisme

Photo : Paul Vuillemin /EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Média et climat, une perspective historique en partenariat avec le GIS journalisme »

Animé par Claire BLANDIN, professeure des universités à la Sorbonne avec Anne-Claude AMBROISE-RENDU, professeure d’histoire contemporaine à l’UVSQ/Université Paris Saclay ; Michel DUPUY, chercheur associé à l’Institut d’Histoire moderne et contemporaine ; Nathalie TORDJMAN, membre des Journalistes écrivains pour la nature et l’Ecologie (JNE).

LES ENJEUX

L’étude historique de la presse permet de cerner les évolutions des articles sur l’écologie. Des premiers sujets au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, l’analyse des archives, comme celles du JNE, et le travail des historiens, est un apport majeur pour comprendre le sujet.

CE QU’ILS ONT DIT

Anne-Claude AMBROISE-RENDU : « En 1969, on a un bouillonnement de la presse alternative autour de nouvelles questions, dont la presse écologiste »

« Les préoccupations sur l’environnement ne datent pas des années 1970. Elles datent des débuts des ennuis, donc de la Révolution industrielle, avec une émergence dès la fin du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne. En France, on a dès la fin du XIXe siècle les premiers articles sur la pollution des rivières dans la presse généraliste  »

Michel DUPUY : « Les catastrophes naturelles amènent de la recherche. Les désastres locaux touchent surtout les personnes des régions concernées, mais la canicule de 2003 a été un révélateur. Elle a touché l’ensemble du territoire français, donc elle a été un marqueur.  »

« En Allemagne, il y a eu de grandes tempêtes et chez eux la catastrophe agit comme un révélateur du réchauffement climatique. Elle permet une prise de conscience et amène des mesures concrètes. C’est la même chose en Suède. En revanche, en Italie, les incendies de forêts ne participent pas à une prise de conscience du changement climatique. »

Nathalie TORDJMAN : « Des études médias ont été faites chez les JNE en 1997, 2002 et 2005. Elles ont montré que l’’association permettait aux confrères et consœurs d’avoir un poids plus important dans leur rédaction. Ils arrivaient à faire passer plus de sujets. »
 

À RETENIR

Les années 1970 ont représenté un moment clé pour le développement de l’écologie dans les médias. Une presse écologiste émane de la contre-culture avec des titres militants. Des associations comme la JNE ont aussi permis aux journalistes de davantage s’exprimer sur ces sujets, et de pousser l’écologie au premier plan en poussant notamment la candidature du premier candidat écologiste lors de l’élection présidentielle de 1974, René Dumont. L’étude historique de la presse permet de voir les spécificités françaises et son évolution au fil du temps.

[LE RÉSUMÉ] Fake news, climat et pandémie

Photo : Lisa Morisseau/EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Fake news, climat et pandémie »

Animé par Benjamin JULLIEN, responsable communication de la European Climate Fondation, avec David SALAS Y MELIA, chercheur chez Météo France et Yves SCIAMA, président de l’Association des Journalistes Scientifiques Professionnels d’Information (AJSPI).

LES ENJEUX

La crise climatique ainsi que la crise pandémitfque font l’objet de nombreuses fake news. Des informations trompeuses sèment le doute sur la gravité des risques écologique et sanitaire. Vendredi matin, l’atelier a notamment montré que les journalistes jouaient un rôle majeur dans cette chasse aux fausses  informations et plus généralement dans la couverture du dérèglement climatique.

CE QU’ILS ONT DIT

Yves SCIAMA : « Dans les années 2000, on nous disait qu’il n’y avait pas de réchauffement climatique. C’était la faute du Soleil. Il y avait un champ scientifique traversé par les fake news. Finalement, aujourd’hui nous sommes dans une situation différente, dans une société climatosceptique de fait. On dit qu’on croit au réchauffement climatique mais en pratique, on se comporte comme s’il n’existait pas. Les fake news sont originales, différentes. C’est un espèce de silence devant l’inaction. » 

« Il y a un problème d’illettrisme scientifique de la machine médiatique. Les journalistes ont besoin de se former. »

David SALAS Y MELIA : « Les courbes augmentent. L’an dernier, à cause des mesures de la pandémie, il y a eu une réduction brutale de 7 % des émissions de CO2. Cette baisse, c’est ce qu’il faudrait tous les ans jusqu’en 2030 pour atteindre les objectifs de la COP 21. »

Un journaliste présent dans le public a pris part au débat : « Le raisonnement, décroître pour résoudre le problème est faux. Philosophiquement, ce n’est pas possible de se mettre dans cet état d’esprit. »

Une journaliste indépendante a quant a elle affirmé : « Le problème du climat, c’est générationnel. La plupart des jeunes diplômés ont cette idée de sobriété, de moins consommer. Mes parents par exemple nous taxent de pessimiste. Il y deux visions différentes dues à l’imaginaire dans lequel on a été élevés. »

À RETENIR

Le réchauffement climatique n’est pas seulement un sujet de curiosité journalistique. Les journalistes doivent se former à la parole scientifique pour couvrir avec rigueur l’actualité liée à l’environnement et au climat. Et être en mesure de contredire, ou d’éclairer les déclarations des candidats à l’élection présidentielle par exemple.

Héloïse Weisz

[LE RÉSUMÉ] Voici les gagnants des prix des Assises 2021

Photo : Romain Leloutre/EPJT

Les prix des Assises 2021 ont été remis ce jeudi 30 octobre par le journaliste Patrick Cohen, président du jury. Le magazine scientifique Epsiloon et la dessinatrice COCO ont notamment été récompensés.

 Les prix des Assises internationales du journalisme de Tours récompensent chaque année les publications des douze derniers mois qui interrogent le mieux le journalisme et éclairent la pratique du métier. Patrick Cohen, président du jury, a récompensé les différents journalistes et auteurs jeudi 30 octobre 2021.

Retrouvez tous les nommés aux différents prix ici.

Le Grand prix du journalisme Michèle Léridon 

Le grand prix du journalisme des Assises distingue la ou le journaliste, le média, le collectif ou l’action éditoriale qui a le mieux honoré les valeurs du journalisme lors de l’année écoulée. Le magazine scientifique Epsiloon remporte le prix.

Epsiloon, c’est une aventure menée par douze journalistes qui ont préféré quitter le journal autrefois référent mais aujourd’hui malmené Sciences & vie afin de créer un magazine d’information scientifique indépendant et rigoureux.

«Ce prix et cette reconnaissance de la profession ont une importance pour nous car si nous avons eu l’envie et l’énergie de relancer un magazine papier juste après le Covid et plus encore au XIXe siècle, c’est parce que l’on aime profondément notre métier et qu’on y croit », a déclaré Mathilde Fontez, corédactrice en cheffe d’Epsiloon

Le prix du livre du journalisme

La dessinatrice de presse COCO  est distinguée pour Dessiner encore, sa première bande dessinée, sortie en mars 2021, où elle raconte sa vie depuis l’attentat à Charlie Hebdo de janvier 2015.

« Je suis très heureuse. Mais pour être très honnête, j’ai toujours du mal à me réjouir car ce livre n’aurait jamais dû exister. Mais, finalement, il existe car il faut pouvoir raconter et témoigner pour que la mort n’ait pas le dernier mot. Moi j’ai choisi de me tourner vers le journalisme et le dessin. Ce livre c’est un livre sur la solitude, l’esprit d’équipe, l’esprit d’une rédaction mais surtout l’esprit Charlie qui était représenté par des gens formidables et engagés qui défendaient des valeurs fondamentales », a témoigné COCO, la voix tremblante.

Le prix Recherche 

Ce prix récompense le meilleur livre de recherche sur le journalisme et sa pratique. Il est remis par un collège de sept chercheurs. Marie-Noëlle Doutreix en est la grande gagnante avec son livre 2020, Wikipédia et l’actualité. Qualité de l’information et normes collaboratives d’un média en ligne. 

Le prix Enquête et reportage

Ce prix est remis par vingt-huit étudiants issus des quatorze écoles de journalisme reconnues par la CEJ (Conférence des écoles de journalisme) dont l’EPJT fait partie. Le documentaire de Marie Portolano « Je ne suis pas une salope, je suis journaliste » sur le sexisme et la place des femmes dans le journalisme sportif a conquis les futurs journalistes.

« Ce qui me touche particulièrement c’est que ce sont des étudiants qui ont décerné le prix donc j’ai un peu l’impression de les avoir aidé », a souligné émue Marie Portolano. Guillaume Priou, coréalisateur du documentaire, a ajouté : « Si nous avons pu faire un peu avancer les choses, nous en sommes très fiers. »

 

[LE RÉSUMÉ] Le grand débat des Assises : conjuguer fin de mois et fin du monde

Photo : Romain Leloutre/EPJT

RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ÉVÉNEMENT « CONJUGUER FIN DE MOIS ET FIN DU MONDE »

Animé par Catherine Boullay, journaliste spécialiste des médias à L’Opinion, avec Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT ; Patrick Cohen, président du jury 2021, journaliste-présentateur sur France Culture et chroniqueur dans l’émission « C à vous » sur France 5 ; Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du Giec.

LES ENJEUX

Les préoccupations sociales peuvent parfois s’opposer à celles liées au réchauffement climatique. Concilier justice sociale et écologique n’est pas une mince affaire. Des initiatives ont vu le jour comme celle portée par Nicolas Hulot et Laurent Berger. Ces derniers proposent un « pacte du pouvoir de vivre » pour lutter contre le dérèglement climatique tout en améliorant le quotidien des citoyens. Les trois intervenants apportent leur éclairage au débat public lié au pouvoir d’achat et à la défense de l’environnement.

CE QU’ILS ONT DIT

Laurent Berger : « Aucun sujet n’est superflu lorsque l’on veut traiter de la fin du monde et de la fin de mois. La principale erreur, c’est de les opposer. Il faut regarder les choses avec une ambition de transition écologique à hauteur de femmes et d’hommes. On peut de plus en plus porter l’idée que la transition écologique devra être une transition juste. Il faut socialement accompagner cette transition pour aider ceux qui seront le plus impactés. »

« Ces questions demandent du temps pour les traiter. Or, j’ai le sentiment que les journalistes ont de moins en moins de temps et de moyens pour faire ce travail. Quand les rapports du GIEC sortent, on en parle pendant deux jours. Mais on pourrait feuilletonner dessus pendant des semaines entières vu leur épaisseur. »

Patrick Cohen :  « La fin de mois et la fin du monde s’opposent en permanence dans l’actualité. C’est difficile de saisir les enjeux et de comprendre les bons scénarios à retenir vis-à-vis de l’actualité environnementale. »

« Heureusement, il n’y a plus de climatosceptiques qui le disent ouvertement. Là où il y a de la complexité, c’est sur le chemin à trouver pour lutter contre le réchauffement climatique. Or, nous sommes dans un paysage médiatique où la simplicité est bien plus utilisée. »

Valérie Masson-Delmotte : «  Quand je regarde le journal de 20H, il y a une forme de dissonance cognitive car on retrouve souvent des éléments contradictoires. Les enjeux du changement climatique ne sont plus niés mais on retrouve des discours d’inaction. Les journalistes ont de vraies difficultés à le comprendre. »
 
 

« Est-ce que les médias donnent suffisamment d’informations pour que les Français puissent comprendre ce qui pèsent ou non sur leur empreinte carbone ? Ce n’est pas le cas à mes yeux. Je ne suis pas sûr que les grands médias parviennent à créer des récits qui expliquent cela. Les chaînes d’informations cherchent ce qui est clivant et c’est très différent de ce qui constitue une information scientifique crédible et robuste. »

À RETENIR

Les trois acteurs du grand débat des Assises ont exprimé leurs positions respectives tout en mettant en avant l’intérêt des Français vis-à-vis des questions climatiques. Mais les solutions qui permettraient de lutter contre le réchauffement climatique tout en aidant les plus fragiles demeurent complexes. S’il n’y a pas de chemin univoque pour concilier ces objectifs, il apparaît néanmoins primordial que la classe journalistique s’empare de ces sujets en y consacrant plus de moyens techniques et économiques. L’actualité devrait être plus globalement traitée sous le prisme de l’écologie avec des reportages didactiques.

Alexis Gaucher

Baromètre social des Assises 2021 : ces journalistes qui quittent la profession

Comme chaque année, le traditionnel baromètre social des assises a été présenté par Jean-Marie Charon, sociologue des médias et chercheur au CNRS et à l’EHESS.

En 2020, 34 182 journalistes étaient détenteurs de la carte de presse. Depuis vingt ans, ce chiffre ne cesse de baisser. Dans “Hier, journalistes, ils ont quitté la profession“, Jean-Marie Charon et la chercheuse Adénora Pigeolat poursuivent l’enquête sur les raisons pour lesquelles il y a de moins en moins de journalistes en France. Pour la présentation de cette recherche, la co-directrice de l’Ecole Universitaire de Journalisme de Bruxelles, Florence Le Cam, était présente aux côtés du sociologue. L’occasion pour elle de présenter les conclusions de son travail de recherche sur la situation des journalistes belges.

Quinze ans : c’est la durée moyenne de la carrière d’un journaliste en France. Si le chiffre avait déjà suscité la surprise et l’émotion lors des 11e Assises du journalisme en 2018, plusieurs explications ont été mises en avant pour comprendre la situation.

  • Des jeunes journalistes formés

Sur un panel de 55 personnes, la moitié est âgée de 35 ans ou moins, soit à peine une dizaine d’années d’exercice du métier. Dans la très grande majorité, ces personnes avaient suivi une formation au journalisme. Parmi elles, les deux tiers sont diplômés d’une école “reconnue” par la profession.

  • Une forte précarité

Une majorité des journalistes qui ont quitté la profession ont connu des périodes de précarité (statut de pigiste, CDD, autoentrepreneuriat, chômage, etc.). Parmi ces professionnels précaires, les femmes sont surreprésentées.

  • Une majorité de femmes

Les journalistes qui quittent la profession sont en majorité des femmes. Sur un panel de 55 personnes, elles représentent deux personnes sur trois. Un chiffre étonnant notamment dans un pays où l’on approche la parité chez les journalistes détenteurs de cartes de presse (en 2020, les femmes représentaient 47,5 % des cartes de presse).

  • Un désenchantement et une perte de sens

“‘Ce n’est pas le métier que nous voulions faire“. C’est l’une des phrases qui revient de façon récurrente chez les personnes interviewées. Selon Jean-Marie Charon, un ensemble de facteurs permet d’entrevoir ces départs mais l’élément premier concerne les valeurs. Les journalistes arrivent dans le métier avec une idée bien précise mais ne s’y retrouve finalement pas. “Plusieurs personnes du panel ont confié avoir voulu faire ce métier au service des autres, de la société et explique avoir un sentiment de lassitude, d’effectuer un travail superficiel et redondant“, explique Jean-Marie Charon.

  • Souffrance au travail, burn-out et discriminations

La dureté et la pression excessive du travail de journaliste conduisent à des situations de souffrance au travail pouvant aller jusqu’au burn-out. Aussi, pour le sociologue Jean-Marie Charon, tout ce qui entoure les violences et le harcèlement est “extrêmement massif”. Le deuxième grand registre des facteurs spécifiques intervenant dans le départ des femmes est celui des discriminations liées au genre.

[LE RÉSUMÉ] Agriculture et journalisme : « Je t’aime, moi non plus »

(Photo : Romain Leloutre/EPJT)

Animé par Jacques Trentesaux, directeur de la rédaction et co-fondateur de Médiacités. Avec Juliette Duquesne, journaliste et autrice ; Morgan Large, journaliste chez Radio Kreiz Breizh ; Michel Lepape, vice-président  en charge de la coordination à la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricole du Centre-Val de Loire (FDSEA), céréalier à Saint-Flovier ; Samuel Petit, rédacteur en chef du Télégramme. 

 

LES ENJEUX

La société se transforme et le regard change sur l’agriculture, en lien avec les questions environnementales. Les agriculteurs incarnent le rapport à la terre mais sont aussi critiqués selon le type d’agriculture qu’ils exercent. Eux dénoncent la vision donnée par les journalistes dans les médias. Ceux-ci ont parfois du mal à traiter des questions agricoles, par manque de temps, de connaissances ou à cause des pressions qu’ils peuvent subir.

CE QU’ILS ONT DIT

Samuel Petit : « On est de plus en plus éloigné du milieu agricole, on a une image fantasmée. C’est l’un des problèmes entre les médias et l’agriculture. »

« Quoiqu’on écrive, les agriculteurs nous le reprochent et les environnementalistes aussi. »

Michel Lepape : « On est des paysans, certains sont des taiseux. On aime rencontrer des gens, mais on a l’impression que les journalistes ne peuvent pas creuser les sujets, qu’ils n’ont pas le temps. »

« Il y a un discours qui est dicté, c’est sûr, c’est dommage. À l’image de la société, est-ce qu’on a gardé un sens critique ? C’est pareil dans l’agriculture, peut-être qu’on a perdu notre sens critique car on a perdu notre indépendance intellectuelle. »

Morgan Large : « On a dépossédé les agriculteurs de la capacité à communiquer eux-mêmes. La communication est pilotée par l’agroalimentaire. »

« Je ne suis pas persuadée que ce soit aux journalistes d’apporter des solutions. »

Juliette Duquesne : « Il y a des difficultés pour traiter le sujet agricole. À un moment, je me suis épuisée à pousser ces sujets à l’antenne donc j’ai décidé de faire du journalisme autrement : je suis maintenant journaliste indépendante. C’est révélateur du financement des médias et du débat médiatique actuel. »

À RETENIR

La discussion a mis en lumière des divergences sur la manière d’informer sur l’agriculture, entre les journalistes eux-mêmes. Certains type d’articles ou certains sujets peuvent faire craindre un agribashing mais c’est l’agriculture et non les agriculteurs qui sont au cœur des critiques.

Camille Granjard

[LE RÉSUMÉ] Élection présidentielle, des médias sous influence ?

Photo : Romain Leloutre /EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Élections présidentielles, des médias sous influence ? »

Animé par Nassira EL MOADDEM, journaliste et autrice avec ; Raphael GARRIGOS et Isabelle ROBERTS, cofondateurs du média en ligne Les jours ; Antoine GENTON, rédacteur en chef adjoint de TV5 Monde ; Alexis LEVRIER, historien de la presse.

LES ENJEUX

À chaque scrutin dont les prévisions sont démenties, une même question hante le débat public : les médias influencent-ils les élections ? Un débat qui ne date pas d’hier, conséquence directe de la défiance grandissante du public à l’encontre des journalistes. La controverse a le mérite d’interroger les limites de la liberté de la presse. Mais peut se révéler plus problématique lorsqu’elle remet en cause la capacité de jugement des électeurs et par extension, faire douter du modèle démocratique.

CE QU’ILS ONT DIT

Isabelle ROBERTS : « Quant on revient sur la grève d’I-Télé, le mécanisme est très clair. Vincent Bolloré a fait partir la quasi-totalité de la rédaction et il était déjà question d’Éric Zemmour. C’est à partir de ce moment-là que naît CNews avec, en plateau, des chroniqueurs en provenance de Valeurs actuelles ou encore Boulevard Voltaire. C’est le tapis brun qui était déroulé. »

Antoine GENTON  « Ce qui est très inquiétant dans ce que font les dirigeants de Canal +, c’est qu’ils portent atteinte aux pratiques journalistiques, pour des questions d’argent, d’audience, d’où l’éviction progressive du reportage. Les débats en plateau coûtent effectivement moins cher. »

Alexis LEVRIER : «  La “Bollorisation” traduit le fait que l’on a rarement vu, au moment des présidentielles, un patron de presse prendre autant de place, qu’il s’agisse du groupe Canal ou de CNews. Il est aussi présent à la radio avec Europe 1 et enfin Prisma. On peut aussi se demander si la ligne éditoriale ne déteint pas sur les autres médias avec la montée en puissance des médias d’opinion. »

« Il faudrait revenir sur le système d’aides à la presse mais cette question est totalement absente de la campagne présidentielle. »

Raphael GARRIGOS : « CNews est devenu la maison mère d’Europe 1 depuis l’OPA de Vivendi et la moitié de la rédaction est partie. Le seul journal invité plus de deux fois depuis a été Valeurs actuelles donc on a vraiment ce phénomène d’opinion et d’influence qui se vérifie. »

À RETENIR

La dimension économique est cruciale dans la montée en puissance de l’extrême droite sur nos écrans écrans. La concentration des titres de presse, détenus par de grands groupes, tend à affaiblir la presse traditionnelle et accentue ainsi la prédominance du journalisme d’opinion.  La « Bollorisation » de la presse est une émanation de cette nouvelle tendance qui déteint, de plus en plus, sur les pratiques journalistique : les débats en plateau peuvent désormais supplanter le reportage.

[LE RÉSUMÉ] Biodiversité et climat, même combat ?

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Biodiversité et Climat, même combat ? ».

Animé par Dominique Martin-Ferrari, journaliste spécialisée et autrice du coffret multimédia “mémoires RIO+20, 1992/2012”, avec Pascale Larmande, animatrice régionale de l’Agence Régionale de la Biodiversité Centre-Val de Loire ; Chaymaa Deb, journaliste environnement au sein du média en ligne de l’écologie et du climat Natura Sciences ; Christophe Cassoux, directeur de recherche au CNRS (en distanciel) et François Gemmene, chercheur en sciences politiques, rattaché à l’université de Liège et enseignant à Sciences Po (en distanciel).

LES ENJEUX

Depuis plus de trente ans, le GIEC travaille à la compréhension des risques liés au changement climatique. Mais qu’en est-il de la biodiversité ? Créée en 2012, la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) travaille spécifiquement sur ces sujets. Ensemble, journalistes, chercheurs et scientifiques se sont questionné sur le traitement médiatique de ces deux phénomènes intimement liés et sur les actions à mener pour faire face à ce double défi.

CE QU’ILS ET ELLES ONT DIT

Christophe Cassou :  « Le 6e rapport du GIEC a été présenté sur une chaîne TV comme écrit par deux personnes. En réalité, il y a derrière ce rapport 234 scientifiques de 64 pays. Le processus de relecture a conduit à 78 000 commentaires et 32 000 commentaires des gouvernements, aujourd’hui accessibles au public. »

« L’un des faits établis de ce nouveau rapport est le suivant : il est sans équivoque que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, les océans et les continents.»

François Gemmene« Au vu de toute l’expertise rassemblée au sein du GIEC, je pense que nous avons une responsabilité collective pour tenter d’améliorer la communication de la science vers le grand public mais aussi vers les décideurs. A force de donner l’alerte, celle-ci va finir par remplacer l’action. Il faut que la science explique l’action autrement. »

Pascale Larmande :  « La biodiversité, c’est un peu un mot de technicien. Dans la conscience collective, le mot le plus simple c’est la nature. Le premier constat, c’est que cette nature n’a pas besoin de nous. En revanche, nous on ne peut pas s’en passer : pour s’alimenter, pour s’habiller, pour se loger, pour notre santé. Nous nous sommes au fil du temps éloignés de cette évidence. »

Chaymaa Deb :  « Est-ce qu’on met la question climatique et la question de la biodiversité sur le même point ? Oui et non car il y a des problématiques qui doivent être prises en compte par le public pour tendre vers ce monde dans lequel il serait plus désirable de vivre. Et non, parce qu’il y a dans la biodiversité un caractère de résilience. Nous, êtres humains, avons besoin de la nature contrairement à elle, qui n’a pas besoin de nous. »

À RETENIR

S’il semble essentiel de mener un combat global concernant l’urgence climatique et l’anthropocène, il est important de ne pas mettre de côté le combat de la biodiversité. Particulièrement locale et écosystémique, la biodiversité est, de par sa résilience, une source de solution au dérèglement climatique. Les enjeux ne sont pas les mêmes, les urgences non plus. Pour autant, l’international ne peut être déconnecté des problèmes locaux. Les professionnels présents ont évoqué la nécessité pour les journalistes de faire preuve de pédagogie en traitant de ces deux crises, mais également de l’importance de la formation des journalistes à ces questions scientifiques, particulièrement complexes.

Romane Lhériau

[INTERVIEW] Kathleen Grosset : « On ne punit pas, on émet un avis »

Présidente du Conseil de déontologie journalistique et de médiation, Kathleen Grosset insiste sur la nécessité et l’utilité de cet organe d’autorégulation indépendant pour les médias français.

Kathleen Grosset est arrivée à la tête du Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) en début d’année 2021. Ancienne présidente de la Fédération française des agences de presse, elle a également été vice-présidente de la création de l’Observatoire de la déontologie et de l’information (ODI) de 2012 à 2020.

Le CDJM reste une instance peu connue du grand public. Concrètement quel est son rôle ?

C’est une association qui réunit des journalistes, des éditeurs, des agences de presse et des représentants du public. C’est un organe d’autorégulation. Toute personne peut nous saisir dès qu’il a l’impression d’avoir vu, lu ou entendu une faute déontologique dans un média français. Nous parlons bien de la déontologie, pas de ce qui relève de la loi. Pour ça, il y a les tribunaux. Le Conseil n’a pas à intervenir dans ce domaine. Nous examinons ensuite les requêtes et si nous les jugeons recevables, nous rendons un avis.

De 2012 à 2020, l’Observatoire de la déontologie de l’information réalisait aussi une mission similaire. Qu’apporte de plus le CDJM ?

L’observatoire permettait de comprendre les erreurs des journalistes et d’en faire un rapport annuel pour en tirer des conclusions très générales. En 2020, il  nous a semblé important de créer un conseil de presse comme il en existe dans beaucoup de pays. En France, il manquait la présence d’un organe indépendant, différent des médiateurs et des chartes qui existent déjà dans chaque média. Notre force, c’est notre indépendance. Nous ne subissons aucune pression et nous ne sommes pas un tribunal. On ne punit pas. On émet juste un avis. Il revient ensuite aux rédactions concernées de nous écouter et de prendre en compte ou non les fautes que nous avons pu constatées.

Quel bilan faites-vous après plus d’un an d’existence ?

Depuis sa création en 2020, nous avons reçu 450 saisines qui concernaient 200 actes journalistiques. Mais parmi toutes ces saisines, 70 % n’ont pas été retenues car nous avons estimé qu’elles ne portaient pas sur des fautes de déontologie mais plutôt sur des questions de lignes éditoriales ou de liberté d’expression sur lesquelles nous n’avons pas à rendre une décision. Au total, le conseil a rendu 40 avis dont seulement 40 % ont été jugés “fondés”. Pour nous, retenir une saisine ne veut pas forcément dire qu’il y a faute.

Comment réagissez-vous au fait que le Conseil ne fasse pas l’unanimité dans la profession ?

Je ne comprends pas que le conseil puisse faire autant débat. Sincèrement. Car nous sommes vraiment indépendants. Nous ne sommes pas là pour punir. Je pense qu’il vaut tout de même mieux avoir un organe d’autorégulation, qui intègre des journalistes et des citoyens plutôt qu’un organe gouvernemental qui rende des décisions coercitives.

Propos recueillis par Enzo Maubert

 

 

 

[LE RÉSUMÉ] Police et journalisme, après le rapport Delarue quelles avancées ?

Retrouvez l’essentiel de l’événement “Police et journalisme, après le rapport Delarue quelles avancées ?”

Photo : Romain Leloutre/EPJT

Animé par Loïc HERVOUET, journaliste, formateur pour l’ONG Actions Médias Francophones avec : le colonel Nicolas BENEVENT, directeur de la communication de la Gendarmerie Nationale ; Pierre-Henri BRANDET, directeur de la communication du ministère de l’Intérieur : Fabrice CASADEBAIG, conseiller spécial (DGMIC) du ministère de la Culture ; Jean-Marie DELARUE, conseiller d’Etat honoraire, président de la commission indépendante sur les relations entre les journalistes et forces de l’ordre ; Alain MORVAN, responsable CFDT Grand-Est ; Vincent LANIER, secrétaire général SNJ ; Emmanuel VIRE, secrétaire général SNJ-CGT.

LES ENJEUX

En pleine contestation de la loi « sécurité globale » le rapport Delarue voit le jour. Ce texte vise à l’amélioration des relations entre la presse et les agents de sécurité. À l’heure où les incidents avec les journalistes se multiplient et où les forces de l’ordre intègrent des services de communication de plus en plus hermétiques aux professionnels de la presse, comment pacifier la relation entre journalisme et police ?

CE QU’ILS ONT DIT

Pierre-Henri BRANDET : «  L’équilibre est difficile à trouver entre l’ordre public et le respect des libertés. La transformation du paysage médiatique mais aussi des manifestations, qui ont connu dans leur violence et leur structuration des bouleversements majeurs, ont considérablement modifié les stratégies de maintien de l’ordre. »

« Les forces de sécurité, surtout dans les situations de haute intensité, doivent pouvoir faire preuve de discernement pour faire la part des choses entre ceux qui exercent une activité de journaliste et les manifestants. »

Jean-Marie DELARUE : « Il faut des signes pour que les journalistes soient identifiables auprès des forces de l’ordre : une attestation d’employeur, faite sur un modèle à peu près uniforme par exemple. Car la carte de presse ne couvre pas toutes les situations d’emploi des journalistes. »

« Il importe au gouvernement de se saisir de l’état d’esprit des forces de sécurité. Le métier du maintien de l’ordre est un métier extrêmement difficile et aider à l’identification des journalistes est un moyen de les aider. Je n’impose pas les moyens mais j’invite les journalistes à travailler sur la question pour que les agressions cessent et que vous puissiez exercer votre métier en toute quiétude. »

Fabrice CASADEBAIG : « Une partie des journalistes n’ont pas nécessairement la carte de presse et une partie d’entre eux n’ont pas d’employeur non plus. Peut-être qu’il faudrait imaginer un système de déclaration, génératrice d’une attestation qui pourrait être présentée aux forces de l’ordre. »

Nicolas BENEVENT : « En tant qu’agent du service public, nous avons le devoir d’expliquer comment nous travaillons, d’où l’idée d’une formation en lien avec les médias. Le déploiement des caméras piétons a également commencé cet été, de même que celui des équipes de liaisons et formations qui ont vocation à guider, renseigner et échanger avec le public. »

Vincent LANIER : « Les journalistes sont devenus un problème. Maintenant, il va falloir présenter la carte de presse, un formulaire, une auto attestation, tout ça ressemble à une usine à gaz. On a recensé plus de 200 cas de journalistes qui ont été molestés ou empêchés de travailler par les forces de l’ordre et dans 99% des cas, ils étaient clairement identifiés comme journalistes, avec un dossard presse ou du matériel. Cela n’a pas empêché qu’ils soient matraqués. Pour moi, le problème il ne vient pas des journalistes. »

Emmanuel VIRE : « Nous avons en France une stratégie de maintien de l’ordre, matérialisée par le Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) qui a profondément évolué, comme le phénomène des nasses par exemple. La situation, on la connaît : il est de plus en plus difficile pour n’importe quel citoyen de manifester. Ce que l’on veut, c’est que le SNMO soit réécrit le plus rapidement rapidement possible. »

Pavol SZALAI : « La France est deuxième en matière de violences sur les journalistes. Ce chiffre n’est pas digne d’un pays membre de l’Union européenne qui va bientôt présider le Conseil de l’Union. La France doit se montrer exemplaire. Les sanctions disciplinaires peinent par ailleurs à aboutir. Il faut aussi une réconciliation entre forces de l’ordre et journalistes mais il n’y a pas de réconciliation sans justice. »

Alain MORVAN :  « L’accès à l’information ne peut pas être conditionnable. Pour moi, restreindre l’accès à l’espace public est contradictoire avec le travail de journaliste. Aujourd’hui, le débat est de contrôler une profession qui a justement besoin de liberté. Il faudrait peut-être prévoir dans la loi des circonstances aggravantes pour compléter la protection juridique des journalistes.»

À RETENIR

La tension était palpable sur les conclusions tirées du rapport Delarue. Les solutions proposées sont jugées insuffisantes par Emmanuel Vire, Vincent Lanier et Pavol Szalai. Le point de crispation : l’identification des journalistes, considérée comme une restriction trop importante de la liberté de la presse mais aussi de l’accès à l’espace public. L’élaboration du Schéma national du maintien de l’ordre, rédigé par le ministère de l’Intérieur, a aussi été pointé du doigt à l’instar des gardes à vue abusives à l’œuvre dans les manifestations, notamment au moment de la dispersion des foules. Du côté des représentants de la police et de la gendarmerie, des progrès ont été, à contrario, soulignés comme la surveillance de l’activité des agents de sécurité ou le déploiement de nouvelles technologies. Une problématique cependant persiste : aucune statistique institutionnelle ne permet aujourd’hui de rendre compte de l’ampleur des violences perpétrées à l’encontre des journalistes mais aussi des suites judiciaires et des condamnations de leurs auteurs.

Anne-Charlotte Le Marec

[LE RÉSUMÉ] Quelle info locale sur le climat ?

Retrouvez l’essentiel de l’événement “Quelle info locale sur le climat ?”

(Camille Granjard/EPJT)

Animé par Richard HECHT, Union des Clubs de la Presse francophones et de France, l’atelier a réuni Sophie CASALS, journaliste de solution à Nice Matin ; Pauline D’ARMANCOURT, responsable de la communication Agence Régionale de la Biodiversité Centre-Val de Loire ; Alexandre MARSAT, rédacteur en chef de Curieux! ; Samuel SENAVE, président France Nature Environnement Centre-Val de Loire ; Catherine SIMON, responsable départementale de La Nouvelle République du Centre Ouest pour « Foutu planète ».

LES ENJEUX

L’échelle locale recouvre de nombreuses problématiques environnementales, des transports à l’aménagement du territoire. Les lecteurs sont de plus en plus attentifs à ces questions et sont en demande d’informations. Les journalistes locaux doivent produire des contenus qui informent de la complexité des différents phénomènes. Il faut simplifier et travailler en réseau avec les chercheurs, les associations environnementales, les naturalistes etc. Il s’agit aussi de toucher d’autres publics, notamment les jeunes, très sensibles au sujet de l’urgence climatique, avec des nouveaux formats.

CE QU’ILS ONT DIT

Sophie Casals : « Le prisme de solution n’est pas un journalisme de bonnes nouvelles, on questionne nos experts. Le journalisme de solution, ce n’est pas rester sur le constat. Les lecteurs nous interpellent sur des sujets prospectifs. Notre impact est d’autant plus fort qu’on est en interaction avec nos lecteurs. »

«Beaucoup d’enjeux se jouent au niveau local. Tout ne se joue pas dans les métropoles, au contraire elles sont peut-être lourdes à faire bouger. »

Pauline D’Armancourt : « Il faut acculturer l’ensemble de la population, réussir à faire comprendre la complexité des phénomènes environnementaux et ensuite agir.  »

« Parfois, il y a des retranscriptions qui font que le propos scientifique n’y est pas, il y a des contre-sens. C’est le fruit du travail du scientifique qui a été manqué. »

Alexandre Marsat : « Curieux! a été créé en septembre 2018 pour déconstruire les fake news. Presque tout est lié aux sciences. On va sur le front, là où ça se passe, donc sur les réseaux sociaux. On est un média populaire, généraliste qui traite de sciences, et non pas un média scientifique. »

« On a des journalistes spécialisés dans le sport dans toutes les rédactions mais il y a pas de journalistes spécialisés environnement partout, alors qu’il y a une urgence climatique. C’est vraiment important de former les journalistes à l’environnement. »

Samuel Senave : « Ce qu’on attend, ce qui nous importe, c’est une restitution factuelle, qu’on retranscrive notre opinion sans biais. Ce n’est pas forcément ce qu’on retrouve. »

Catherine Simon : « Notre expérimentation s’appelle « Foutu planète ». C’est un groupe Facebook créé en avril 2019, pour faire avancer la place de l’environnement dans notre journal. On voulait créer une dynamique avec nos lecteurs, avoir une communauté. Dans le groupe, il y a des gens qui sont très pointus sur certains sujets. Cela permet d’identifier des experts et de pouvoir faire appel à eux. »

À RETENIR

Les journalistes s’approprient de plus en plus les questions sur l’urgence climatique mais doivent jongler entre pédagogie, simplification et restitution de faits complexes. Ils doivent composer avec les différentes ressources qui cherchent à diffuser les connaissances et expériences. Les lecteurs, eux, sont en quête de compréhension des enjeux contemporains et peuvent être mobilisés à l’échelle locale avec les médias.

Camille Granjard

[LE RESUME] Risquer sa vie pour le climat

Retrouvez l’essentiel de l’évènement « Risquer sa vie pour le climat »

Photo : Romain Leloutre/EPJT

Animé par Eric Valmir, secrétaire général de l’information de Radio France, avec Morgan Large, journaliste chez Radio Kreiz Breizh, Hugo Clément, présentateur de l’émission « Sur le Front » diffusée sur France 2 et Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

LES ENJEUX

« Alerte rouge pour le “journalisme vert” », publiait Reporter Sans Frontières en août 2020 alors que 10 journalistes avaient été tués en cinq ans pour avoir enquêté sur des questions environnementales. Pour les journalistes qui traitent de ces questions, la question de l’engagement est particulièrement prégnante. Faire leur travail, parfois, entraîne des menaces de mort à leur encontre, comme ça a été le cas pour Morgan Large. Défendre le métier et la mise en lumière de la vérité est au centre de leur combat.

CE QU’ILS ONT DIT

Hugo Clément : « Les journalistes sont pas les premières victimes. Les militants écologiques partout dans le monde se font assassiner. On est dans une situation de guerre de certaines institutions et de certaines industries contre ces militants. Et en tant qu’être humain, on est en guerre contre ce qui se passe et contre notre mode de vie. La déforestation, c’est une guerre contre les peuples d’Amazonie, sa faune et sa flore. Quand on sera le dernier maillon de la chaîne du vivant on tombera, je pense que le mot guerre n’est pas du tout usurpé. »

« Quand on voit tout ça de nos yeux, forcément ça change notre façon de voir le monde. J’ai pris conscience de tout ça et je pense que c’est nous les journalistes qui pouvons transmettre les informations entre les gens qui sont sur le terrain, les scientifiques et le grand public. Si on ne sait pas ce qui se passe, on ne peut pas agir. Pour le savoir, il faut montrer les choses. Les chiffres ne suffisent pas, c’est pour ça que les lanceurs d’alerte vont dans les élevages par exemple. »

Morgan Large : « Le danger, c’est l’autocensure. C’est difficile de choisir d’être précaire parce qu’on nous retire des subventions ou d’entendre parler de journalistes qui ont été brûlés vifs. Ce qui permet de continuer, c’est de voir l’exemple d’autres journalistes opiniâtres, de voir des jeunes aussi. Qu’on puisse bien travailler aussi dans des petits médias et s’emparer de ces sujets là. »

« Je suis journaliste, pas activiste. J’aimerais être plus engagée pour l’écologie. Mais si je milite pour quelque chose, c’est pour mon métier. C’est important qu’on puisse continuer d’enquêter, de montrer ce qui se passe et de pouvoir le faire librement. Je n’étais pas dans une démarche militante, j’ai reçu des menaces pour avoir fait mon métier. »

Christophe Delorme : « Le fait de rendre public un cas, ça protège. Le fait de susciter des réactions dans l’écosystème local, d’éviter l’autocensure de consœurs, de confrères, ça protège. Et puis dans le cas de Morgan Large, le fait qu’il y ait une enquête, et Reporters Sans Frontières sera entendu, a fait aussi cesser les menaces. »

« L’enjeu qui nous concerne tous, c’est d’apporter des éléments factuels à un plus grand nombre de lecteurs pour que les institutions agissent en conséquence. »

A RETENIR

La question de la neutralité journalistique a vite été éludée lors des différentes prises de parole. Travailler sur les questions environnementales est un engagement en soi et vu comme tel par les lecteurs. L’enjeu est alors de rendre compte de la situation telle qu’elle est sur le terrain, de donner des faits et de pouvoir continuer à le faire. Hugo Clément n’hésite pas à faire appel au champ lexical de la guerre pour parler de la crise climatique, mais le combat des journalistes qui s’intéressent à ces questions est avant tout un combat pour la défense de leur métier comme le souligne Morgan Large.

Prix Albert Londres : voici les nominés pour l’année 2021

Hervé Brusini, président du Comité Albert Londres (Photo : Romain Leloutre/EPJT)

Hervé Brusini, président du Comité Albert Londres, a dévoilé mercredi 29 septembre les nominés de ce prestigieux prix journalistique pour 2021.

Depuis 1933, le prix Albert Londres récompense les meilleurs « grand reporters » français et le fruit de leur travail. Chaque année, 3 catégories sont mises en valeur : le prix de la presse écrite, le prix de l’audiovisuel et le prix du livre. Ce 29 septembre étaient dévoilés les nommés pour l’édition 2021.

19 productions présélectionnés

Les présélectionnés en presse écrite sont :

  • Margaux Benn (Le Figaro)
  • Zineb Dryef (M le magazine du Monde)
  • Wilson Fache (Libération/Causette)
  • Ghazal Golshiri Esfahani (Le Monde)
  • Caroline Hayek (L’Orient –  Le Jour)
  • Louis Imbert (Le Monde)
  • Josiane Kouagheu (Le Monde Afrique)
  • Willy Le Devin (Libération)
  • Léna Mauger (XXI).

Dans la catégorie audiovisuelle, six reportages ont été nommés :

  • Nicolas Ducrot ( « Pour ne pas les oublier » – France 3,  Babel doc)
  • Bryan Carter (« Les Routes de la discorde » – RTBF, Pokitin productions)
  • Alex Gohari et Léo Mattei (« On the line, les expulsés de l’Amérique » – France 2, Public Sénat, Brotherfilms)
  • Jules Giraudat (« Projet cartel-Mexique, le silence ou la mort » – France 5, Forbidden films)
  • Céline Rouzet (« 140km à l’ouest du paradis » – BE ciné, Reboot films)
  • Solène Chalvon-Fioriti / Margaux Benn (« Vivre en pays taliban » – Arte, Caravelle)

Enfin, pour le prix du livre, cinq projets sont retenus :

  • Flic, un journaliste a infiltré la police, de Valentin Gendrot
  • Les Serpents viendront pour toi, d’Emilienne Malfatto
  • La Honte de l’Occident, de Antoine Mariotti
  • Toxique de Sébastien Philippe et Tomas Statius.

« Albert Londres est l’âme du journalisme »

Hervé Brusini a notamment rappelé les critères de sélection et l’importance d’Albert Londres

  • « Les critères pour recevoir le prix Albert Londres forment une alchimie. Tout d’abord l’expression d’un style. Puis l’originalité d’une approche, l’opiniâtreté pour aller chercher des informations, le courage de la dénonciation, la sincérité de l’engagement et la capacité à séduire un jury hétérogène en matière d’âge. Il faut qu’on arrive tous à se dire : ça c’est Albert Londres. »
  • « Nous avons reçu cette année 90 projets en presse écrite, 34 sujets audiovisuels et 20 livres, de la part de nombreux pays. Cela montre la sincérité de l’engagement d’Albert Londres, dont le nom fédère toujours aujourd’hui au-delà des frontières françaises. »
  • « Albert Londres est allé documenter des sujets encore inconnus du grand public : le traitement des malades psychiatriques, le dopage dans les pelotons cyclistes, les conditions de vie au bagne de Cayenne, la misère du système colonial… Il rassemble les valeurs du journaliste : curiosité, disponibilité, engagement, opiniâtreté et le courage face aux coups encaissés lorsqu’on dénonce des choses. »

  • « Albert Londres est l’âme du journalisme. Surnommé le prince des reporters par la journaliste Andrée Violis, il est un des grands héros de l’information. Le grand reportage qu’il a popularisé est une vraie réponse aux questions démocratiques actuelles. Albert Londres y alliait l’art de la langue et l’art du récit. D’où sa devise : porter la plume dans la plaie. »

En 2020, le reporter du Monde Allan Kaval avait décroché le prix Albert Londres dans la catégorie presse écrite. Cédric Gras, pour son livre Alpiniste de Staline, avait remporté le prix de l’édition tandis que les journalistes Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard avaient été couronnés dans la catégorie audiovisuel. Qui seront leurs successeurs ? Réponse le 15 novembre prochain.

Antoine Comte

[LE RÉSUMÉ] Parler du genre

Photo : Alexandre Camino/EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Parler du genre »

Animé par Marc Mentré, vice-président de Journalisme et Citoyenneté, avec Pascale Colisson, responsable pédagogique et journaliste à l’IPJ Dauphine PSL ; Béatrice Denaes, journaliste formatrice et autrice ; Mejdaline Mhiri, coprésidente de l’association Femmes journalistes de sport, rédactrice en chef Les sportives ; Pauline Talagrand, adjointe au chef réseaux sociaux et fact-checking à l’AFP.

LES ENJEUX

Les quatre journalistes se sont réunies pour échanger autour de la question du genre dans les médias. Cette thématique pose en effet de nouveaux enjeux, notamment de renouvellement de vocabulaire ou de représentativité dans les colonnes. Un défi médiatique de taille dans un contexte de revendications féministes et sociales.

CE QU’ILS ONT DIT 

Pascale Colisson : « Nous devons avoir conscience de nos biais. C’est l’essence du métier. Nous devons caractériser les personnes pour ce qu’elles sont et pas pour ce qu’on projette sur elles »

« J’ai confiance en la nouvelle génération de journalistes. Elle est radicale dans le bon sens du terme »

Béatrice Denaes : « Par méconnaissance, on ne fera pas avancer la société. Les journalismes contribuent à faire évoluer les réactions stéréotypées. Nous sommes là aussi bien pour diffuser l’information que la culture, qui feront évoluer les mentalités »

Mejdaline Mhiri : « Certes, nous connaissons les difficultés qui touchent les femmes journalistes dès le début de leurs carrières. Le journalisme est un métier génial, ne lâchez-pas l’affaire. J’ai à cœur de transmettre cette détermination. »

Pauline Talagrand : « Je veux lancer un message. La responsabilité incombe certes aux structures et aux hiérarchies, mais elle incombe surtout aux journalistes. Ce sont eux qui feront bouger les rédactions et qui feront changer les choses »

« Une fois la réorganisation des effectifs entamée, il faut rentrer dans l’éditorial. Il faut donner des lignes directrices aux rédactions, des règles, des références pour que les erreurs ne soient pas faites »

À RETENIR

Les intervenantes qui ont pris part à ce débat ont fait état des difficultés que pouvaient notamment connaître les femmes journalistes au cours de leur carrière. Elles ont également évoqué l’impact que pouvaient avoir des erreurs ou approximations sur la question du genre auprès du lectorat. Elles ont appelé les journalistes et les rédactions à interroger leurs pratiques, pour traiter l’actualité avec le moins de biais possibles.

Alexandre Camino

[EN PLATEAU] Hugo Clément, journaliste présentateur de « Sur le front » et président du jury EMI 2021

Interview d’Hugo Clément, journaliste présentateur de l’émission “Sur le front” diffusée sur France 2 et président du jury EMI 2021.

Dans cette interview vidéo, le journaliste Hugo Clément revient sur la compatibilité entre militantisme et profession de journaliste, l’objectivité journalistique et la spécialité de journaliste environnemental.

 

Réalisé par Nejma Bentrad et Théodore De Kerros, étudiants à l’EPJT.

[LE RÉSUMÉ] Climat : avantages et inconvénients du journalisme d’engagement

(Léobin de la Cotte/EPJT)

Animée par Stéphanie Wenger, journaliste pour Le Monde et Rue 89 Strasbourg, la table-ronde réunissait plusieurs journalistes : Véronique Badets, cheffe de rubrique Environnement à l’hebdomadaire Le Pèlerin ; Macha Binot, rédactrice en chef des médias Mouvement Up ; Carine Mayo, vice-présidente des Journalistes écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) ; François Pitrel, journaliste environnement de BFM TV.

LES ENJEUX

Discuter d’urgence climatique a longtemps été l’apanage d’une branche du journalisme, le journalisme d’engagement. Si ce monopole est obsolète, les questions d’environnement étant désormais discutées par tous, le journalisme qualifié d’engagé reste un acteur majeur dans la sphère médiatique. Aujourd’hui, à l’heure de la prise de conscience de l’urgence, quels sont les avantages, les enjeux, les inconvénients de ce journalisme ? Réception par le public, méfiance des lecteurs, résistance des rédactions, tels ont été les enjeux évoqués lors de cette conférence.

CE QU’ILS ONT DIT

Véronique Badets : « Il y a un impact affectif très fort sur ces sujets. En tant que journaliste, on a envie d’en parler plus même si le média pour lequel on travaille n’y est pas accueillant. Au début, il y a une frustration. Un décalage entre sa conscience et celle de sa rédaction qu’il faut gérer. »

« Il est important de rester journaliste, de poser le débat et ne pas transiger sur les faits scientifiques. Il faut que l’environnement reste un sujet comme les autres. »

Carine Mayo : « Être étiqueté comme trop engagé, c’est ne plus être considéré comme journaliste par certains acteurs. Mais au contraire, c’est bien le même métier. On croise, on hiérarchise comme n’importe quel journaliste. »

« C’est une gymnastique de trouver la façon de persuader que ces questions concernent les lecteurs. L’être soi-même aide à porter ces sujets, à être convaincant. »

Macha Binot : « Les médias ont une mission d’information mais pas d’engager les lecteurs. Ce n’est pas notre rôle. Notre mission est de faire connaître des informations vérifiées, des faits pour qu’ils puissent s’en saisir, se responsabiliser. »

« Avec ce principe de journalisme de solution, on passe pour des bisounours auprès des rédactions généralistes. Il y a une acculturation sur cette méthode d’investigation et cette ligne éditoriale qui doit être réalisée. »

François Pitrel : « Le problème derrière ces sujets environnementaux, c’est que si cela faisait de l’audimat, on en parlerait davantage. Beaucoup de gens préfèrent ne pas en entendre parler parce que c’est une information qui peut être anxiogène. Mais le journalisme de solution peut être une réponse. »

« L’inconvénient du journalisme engagé est de ne prêcher qu’auprès de convaincus. Face à lui, on ne trouve pas le public qui ne se sent pas concerné par la question environnementale. »

À RETENIR

L’engagement des journalistes dans des questions environnementales a été moteur et il doit encore l’être face à l’urgence climatique. Il cherche surtout à se démystifier pour faire face à ces critiques. Les acteurs de cette table-ronde ont voulu réaffirmer la frontière entre engagement personnel et pratique journalistique. Être un journalisme comme les autres qui fait face aux mêmes enjeux, la dictature de l’audimat, les influences financières, les réticences des rédactions, etc. Autant d’inconvénients contrebalancés par l’avantage de donner des informations concrètes pour que nos concitoyens s’en saisissent.

[INTERVIEW] Fritz, “l’actu tourangelle en mode kids” : “Il existait des titres pour enfant au niveau national mais pas au niveau local”

Toutes les deux semaines depuis un peu moins d’un an, un nouveau journal est apparu dans les kiosques tourangeaux : Fritz. Destiné au 8-12 ans, ce journal a fait le pari de parler de l’actualité locale aux enfants. Christelle Hélène et Matthieu Pays, respectivement directrice de la publication et directeur de la rédaction de Fritz, raconte la naissance de ce nouveau média.
Il y a bientôt un an vous vous lanciez dans l’aventure Fritz. Qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce média ?

Christelle Hélène : Notre volonté de créer Fritz est partie d’un constat : il existe des titres de presse enfant au niveau national mais il n’en existait pas au niveau local. On a tous travaillé pendant longtemps dans un journal local et on s’est dit : “Pourquoi pas ?”  Avec Fritz, on explique aux jeunes de 8 à 12 ans ce qu’il se passe autour d’eux au niveau local ce qui permet d’aborder de nombreux sujets et on en profite pour faire de l’éducation aux médias. Comme dirait Matthieu Pays, il faut apprendre à s’informer comme il faut apprendre à nager.

Au-delà de votre prisme local, est-ce que certaines thématiques sont mises en avant dans votre journal ?

Matthieu Pays : On traite de l’actualité donc on dépend principalement de celle-ci. Mais on travaille beaucoup sur les questions d’écologie et de citoyenneté, qui font partie des rubriques de notre journal. On essaie de rester positifs et de ne pas alimenter les polémiques. Au centre de chaque numéro, il y a un dossier sur un sujet précis où on s’applique particulièrement à expliquer les mots complexes. Nos lecteurs n’ont que 8 ou 12 ans, mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas les prendre pour de vrais lecteurs. On conserve toujours notre ton journalistique.

La maquette de votre journal est elle aussi pensée pour faciliter le compréhension des sujets. Comment l’avez vous imaginée ? 

Christelle Hélène : Le journal est construit pour que ce soit rigolo à lire et regarder jusque dans le format. Le journal se compose d’une unique feuille pliée qui est divisée de manière ludique. De cette manière on peut picorer des informations à droite à gauche, sans lire tous les articles en entier.

Matthieu Pays : C’est aussi un format qu’on a pensé dans une démarche économique. Un journal sur une unique feuille ne coûte pas cher à imprimer. Notre seule fantaisie, c’est l’encre fluo.

Justement, sur quel modèle économique repose votre média ? 

Christelle Hélène : Le média a à peine un an donc on ne peut pas dire si le modèle fonctionne ou pas, mais on arrive à maintenir le nombre d’abonnement. Le média repose aussi sur l’agence de communication Projetctil. Notre choix en lançant Fritz, c’est le choix d’être indépendant, de ne pas avoir de publicité. Pour le moment, on tire chaque numéro à 500 exemplaires.

Vous vous rendez dans les écoles de la région pour présenter votre journal. En quoi consiste vos actions d’éducation aux médias auprès de ces publics ? 

Christelle Hélène : Quand on se rend dans les écoles, c’est avant tout pour faire connaître notre média et aider les enseignants et les élèves à l’avoir en main. Les familiariser avec sa forme originale. Mais dès la semaine prochaine, on va se rendre dans une classe pour faire un numéro hors série de Fritz entièrement écrit par les élèves. On va faire des ateliers avec eux pendant plusieurs semaines, pour qu’ils choisissent le sujet du dossier puis rédigent les articles. Ce numéro devrait paraitre en décembre et sera distribué gratuitement dans toutes les écoles de Tours, en partenariat avec la ville.

Propos recueillis par Laure d’Almeida

[LE RÉSUMÉ] « Quel dialogue entre chercheurs et journalistes ? »

  (Romain Leloutre/EPJT)

Animé par Agnès Vernet, présidente de l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI), la discussion réunissait journalistes et chercheurs : Jennifer Galé, journaliste de The Conversation ; Pierre-Henri Gouyon, membre du comité scientifique de la Fondation Nicolas Hulot ; Eric Guilyardi, climatologue au CNRS et président de l’Office for climate education ; Juliette Nouel, journaliste indépendante.

LES ENJEUX

Dans la médiatisation de l’urgence climatique, chercheurs et journalistes travaillent en étroite collaboration. Les premiers apportent leur expertise scientifique, les seconds participent à sa transmission auprès du public. Une discussion toujours plus présente dans l’espace public et les questionnements de notre Cité. Autour de la table, réunissant les deux corps de métiers, le projet est de revenir sur ce dialogue : ses formes, ses failles, ses réussites et ses perspectives pour l’avenir de cette discussion et de notre planète.

CE QU’ILS ONT DIT

Agnès Vernet : « En tant que journaliste, nous ne savons pas toujours à quelles connaissances nous fier. Nous avons donc besoin des scientifiques, de leur médiation. Mais nous avons aussi nos propres délais, des contraintes différentes de celles des scientifiques. Cela questionne le dialogue entre journaliste et chercheur. 

Jennifer Gallé : « Le principe fondateur à The Conversation : les journalistes ne vont pas écrire mais être des médiateurs, aider des spécialistes à toucher le grand public. Ils essayent d’éclairer l’actualité comme un journaliste de quotidien mais avec le regard d’un spécialiste, un scientifique pour nous donner cette éclairage. »

« Il y a des choses que les journalistes peuvent faire, pas les chercheurs, et inversement. Le journaliste peut enquêter, passer des coups de fils, être désagréable, prendre son temps, avoir cette posture du “je ne connais rien” et voir ce qui se passe. Le scientifique peut amener toute sa connaissance, la hiérarchisation des problématiques. Cette idée de collaboration est essentielle, ils sont très complémentaires. »

Pierre-Henri Gouyon : « La demande est réciproque, pour les journalistes comme pour les chercheurs. Lorsqu’un chercheur se rend compte que notre science prouve que certaines décisions ne sont pas les bonnes, il se retrouve dans une situation complexe. Il se place dans une position que certains appellent militante et nous sommes considérés comme militant à chaque fois que l’on n’est pas en accord avec ce qui se passe. Notre seul recours, à ce moment précis, ce sont les journalistes. Nous avons besoin d’eux lors de ces situations, sur la question des OGM ou du climat. »

Juliette Nouel : « L’explosion des réseaux sociaux a modifié ces relations entre scientifiques et journalistes. Les exemples de chercheurs qui reprennent des journalistes pour des approximations ou des erreurs sont quotidiens. Il y a une vigilance aujourd’hui et cela monte en puissance. Cela force les journalistes à ne pas dire n’importe quoi. »

Eric Guilyardi : « Il y a foison de médias et les scientifiques doivent apprendre auquel ils s’adressent. Sortir de son laboratoire ne va pas de soi et il faut comprendre comment les médias fonctionnent lorsque l’on est chercheur. »

« La science recouvre différents éléments : la science établie, qu’on ne questionne plus, la science qui est en train de se faire et enfin l’expertise en soutien à une décision de société. Plus on va vers l’expertise, moins le scientifique peut être neutre. Lorsque cette décision doit être prise, l’expertise du scientifique ne doit être qu’un élément d’une co-construction. Il y a une éthique de responsabilité que l’on doit se poser lorsque l’on a un micro face à soi. »

À RETENIR

Terme clé de cette table-ronde, c’est la collaboration qui doit régler les relations entre journalistes et chercheurs dans la médiatisation de l’urgence climatique. Deux corps complémentaires qui doivent travailler à la mise en exergue de ces enjeux auprès du grand public. La vision de ces journalistes spécialisés dans les questions scientifiques et ces chercheurs familiers de cet exercice reste optimiste. Mais la tâche n’est pas aisée. Le discours médiatique implique autant de souffrance pour le chercheur que le journaliste a de difficultés à trouver ses interlocuteurs. La question de la neutralité du chercheur comme du journaliste pose aussi question. Le débat est loin d’être clos et il est nécessaire.

[LE RESUMÉ] EMI : Comment les médias jeunesse traitent-ils du climat ?

Photo : Laure d’Almeida/EPJT
Retrouver l’essentiel de l’évènement « EMI : comment les médias jeunesse traitent-ils du climat ? »

Animé par Aurélie Kieffer, journaliste à France Culture, avec Raphaëlle Botte, journaliste à Mon Quotidien et rédactrice en chef de Dong ! Malicia Mai Van Can, directrice éditoriale du pôle Planète de Milan Presse ; David Groison,  directeur des titres ados de Bayard jeunesse ; Juliette Loiseau, cheffe de rubrique au Monde des Ados.

LES ENJEUX

Les médias jeunesse sont confrontés aux questions que se posent leurs lectrices et lecteurs, à leurs inquiétudes face à l’avenir mais aussi à leur désir de s’engager. S’il est incontournable pour eux de parler de la crise climatique, reste à trouver la meilleure façon de le faire en fonction de leur public. Quelle place donner au climat dans leurs pages ? Comment rendre compte de la complexité de ces questions ? Quelles pistes donner aux jeunes pour passer à l’action sans verser dans l’injonction à agir ? Autant de questions auxquelles ils tentent de répondre.

CE QU’ILS ONT DIT 

Raphaëlle Botte : « Dans Dong ! on a trois doubles pages de brèves sur les infos qu’il ne fallait louper dans l’actualité environnementale des trois derniers mois. Et dans nos reportages, on parle d’écologie et des politiques environnementales. Comme on est un trimestriel, on profite de pouvoir travailler sur le temps long. »

« Avec nos ateliers dans les collèges, on se rend compte que les lecteurs qui nous écrivent ne sont pas représentatifs de tous les jeunes. On ne s’adresse pas qu’à des ados qui ont la volonté de s’engager et c’est important de le prendre en compte dans notre façon de traiter de ces sujets. »

Malicia Mai Van Can : « L’essence même de Wapiti, c’est l’environnement et toutes ses problématiques. On a pris le parti de montrer une nature résiliente, sur le temps long. Faire parler la nature, ne pas être anthropocentré. »

« Depuis deux ans, il y a beaucoup plus de lanceurs d’alerte dès 8 ans. On voit une forme de désespérance, d’extra-lucidité. Beaucoup de pourquoi et de comment auxquels on essaie de répondre en restant optimistes. »

David Groison : « Ce qui est important, c’est d’éduquer à la complexité. Et l’autre chose qui nous guide, c’est de sortir du désespoir et de montrer à la jeunesse qu’elle peut passer à l’action. Que certains le font. Comprendre la mécanique de l’action, c’est inspirant. »

« On est journaliste jeunesse, mais avant tout journaliste. On n’est pas là pour esquiver les sujets compliqués. On se met à la bonne hauteur en fonction des âges et on fait très attention de parler avec les bons mots, qu’ils puissent être absorbables. Le pire c’est de laisser les jeunes écouter les infos sans leur expliquer. Ça c’est générateur de stress et d’anxiété. »

Juliette Loiseau : « Le Monde des ados se base beaucoup sur le courrier des lecteurs et les questions sont nombreuses sur le climat. Par nos réponses, on leur apprend la complexité et l’importance de dépasser les écogestes, d’agir plus largement. Il ne faut pas prendre les jeunes pour des bébés. Cette période où la puberté est compliquée est surtout une période propice à l’engagement. En tant que presse jeunesse, il faut reconnaître leur lucidité et les aider à utiliser leur énergie pour s’engager. »

À RETENIR

Ce moment d’échange a permis de mettre en avant l’importance de la pédagogie dans le traitement de sujets complexes comme la crise climatique et l’écologie. Quelque soit le titre de presse jeunesse, l’idée de faire comprendre la complexité prime, même si les perspectives changent en fonction des publics visés. Face à des lectrices et lecteurs de plus en plus lucides quant à l’avenir de notre planète, les médias jeunesse sont confronté à de nombreuses questions. Il en ressort notamment une envie d’agir que les journalistes essaient d’accompagner au mieux. Pas question pour eux de ne pas traiter de ces questions complexes : « Les médias adultes peuvent s’inspirer de nous qui sommes irrigués par ces questions », conclut Malicia Mai Van Can.

Laure d’Almeida

[LE RÉSUMÉ] Podcast, un autre récit pour la planète

Photo : Antoine Comte / EPJT

Animé par Steven Jambot, producteur et animateur de «  L’atelier des médias » pour RFI ; avec Jeane Clesse, podcasteuse indépendante et hôte de Basilic ; Justine Davasse, autrice et conférencière et productrice du podcast «  Les mouvements zéro » ; Grégory Rozières, journaliste du service «  science et environnement » au Huffington Post et présentateur de L’en(vert) du décor.

LES ENJEUX

Trois créateurs pour trois projets novateurs. Jeane Clesse, Justine Davasse et Grégory Rozières ont tous lancés leur podcast consacré à l’écologie. Leur défi : raconter par le son et la voix les enjeux climatiques et les initiatives écologiques, dans le but de toucher un auditoire de plus en plus à l’écoute des thématiques environnementales. Il s’agit de ne pas tomber dans le pessimisme mais plutôt de mettre en valeur des personnalités et des initiatives pouvant inspirer les auditeurs.

CE QU’ILS ONT DIT

Jeane Clesse« J’ai créé Basilic en 2017 en partant d’un constat : on ne parlait pas assez d’écologie dans les médias traditionnels. On sentait une envie chez les citoyens de faire les choses différemment, de parler de projets environnementaux positifs sans tomber dans le dramatique. J’ai donc décidé de mettre sur le devant de la scène des acteurs qui pensent l’écologie différemment, sous la forme de podcast ».

Justine Davasse : « À la suite d’un voyage en Finlande, j’ai décidé de m’investir personnellement dans le 0 déchet. Cette cause m’a passionné et étant bénévole à Radio Campus depuis 12 ans, j’ai eu envie d’y consacrer une émission radio, qui est devenue par la suite un podcast. Aujourd’hui, je travaille avec différents formats comme l’interview ou le reportage qui reviennent tous sur des initiatives ” 0″ : les consommations 0 déchet, des agriculteurs n’utilisant pas de produits phytosanitaires, des constructions sans béton… »

Grégory Rozières« Au Huffington Post on a fondé L’en(vert) du décor en 2020 car on voulait surfer sur la développement du podcast. On a vu que l’écologie n’était pas le thème le plus traité dans ce format, et on a donc décidé d’allier son et environnement. Notre règle, c’est l’humour. Il faut aborder des sujets écologiques assez complexes comme si nous étions dans une discussion entre collègues, à la machine à café. On prend des idées reçues pour les expliquer de façon humoristique. »

Jeane Clesse : « Aujourd’hui Basilic en est à 123 épisodes, ce qui veut dire qu’il y a beaucoup d’initiatives positives. Chaque jour je découvre de nouvelles personnes et ma liste d’interlocuteurs potentiels ne désemplit pas. C’est pour cela que j’interviens assez peu dans mon podcast, pour laisser parler mes invités. Au niveau des thèmes, j’essaye de faire très diversifié : je peux parler de la finance durable, des slow cosmétique ou de l’alimentation locale. Je veux que mes auditeurs puissent piocher comme bon leur semble dans mes épisodes. »

Grégory Rozières : « On a la chance d’avoir derrière nous le Huffington Post qui nous soutient financièrement. Nos podcasts sont intégrés sur le site du média, ce qui leur assurent une visibilité auprès d’un public parfois peu habitué aux formats audios. Nous sommes conscients que les blagues ne doivent pas être trop lourdes. On doit aussi bien se moquer gentiment des écolos ultra-convaincus  que des personnes réfractaires au changement. On essaye de faire de l’improvisation, mais préparée (rires). »

À RETENIR

Jeane Clesse, Justine Davasse et Grégory Rozières ont chacun voulu traiter à leur façon de l’écologie de façon positive. Et cela par différents moyens : mettre la lumière sur une initiative atypique, jouer sur l’humour pour décrypter des situations compliquées… L’idée est d’amener l’auditeur à réfléchir sur ce qu’il pourrait faire de son côté en s’inspirant des histoires contées dans les formats audios. Le mariage entre un sujet comme l’écologie, omniprésent dans l’actualité, et un format podcast, qui se démocratise, semble gagnant puisque les 3 créations ont toutes des projets pour les années à venir : des déclinaisons vidéos, des livres ou des rencontres en live avec les auditeurs. Longue vie à l’écologie audio !

Antoine Comte

[LE RÉSUMÉ] « Des médias zéro carbone, est-ce possible ? La responsabilité des journalistes »

(Photo : Alexandre Camino/EPJT)

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Des médias “0 carbone”, est-ce possible ? La responsabilité des journalistes »

Animé par Olivier Monod, journaliste scientifique pour Libération, avec Jon Henley, correspondant Europe pour The Guardian ; Hanna Lundquist, journaliste spécialiste des médias pour Journalisten (Suède) ; Cédric Ringenbach, fondateur de La Fresque du climat ; Gilles Van Kote, directeur délégué aux relations avec les lecteurs au journal Le Monde.

LES ENJEUX

Quatre journalistes de plusieurs pays ont échangé sur la question du traitement de l’urgence climatique dans leurs rédactions. Le but : faire un état des lieux des pratiques en vigueur dans différentes rédactions et s’interroger sur la façon dont les journalistes peuvent encore, à leur échelle, aborder l’environnement dans leurs colonnes.

CE QU’ILS ONT DIT 

Jon Henley : « Au Guardian, nous avons par exemple décidé de changer tout notre vocabulaire lié à l’urgence climatique. Le changement climatique est le sujet majeur des années à venir. Nous avons un souci de transmettre au lecteur l’urgence de la situation. »

« Nous essayons, dans notre journal, de montrer comment la crise climatique peut impacter les futurs événements politiques, sociaux ainsi que les cours migratoires. Notre travail journalistique est de fournir une clarté, un résultat précis sur cette thématique, sans erreur. La responsabilité journalistique, elle est là. »

Hanna Lundquist : « En Suède, le journalisme climatique va bien. Il se porte mieux que jamais dans le pays de Greta Thunberg. Entre 2018 et 2019, la présence du climat dans les médias du pays a augmenté de 100 %. Dans les journaux, toutes les sections traitent un peu de cet enjeu. »

« Je pense qu’à l’avenir, nous devons développer le contenu d’investigation sur ces sujets. »

Gilles Van Kote : « Les questions du climat, de l’exploitation des ressources, du lien entre l’activité humaine et la nature par exemple ne sont plus remises en cause. »

« Notre boulot, c’est d’aider nos lecteurs à tout comprendre pour qu’ils puissent prendre des décisions de citoyens. Et ce travail, nous devons le faire le mieux possible pour que les publics retrouvent confiance dans les médias »

Cédric Ringenbach : « Dans la presse, la formation est un mot tabou. Nous parlons de sujets techniques. Nous n’avons pas la science infuse. Il y a une nécessité pour les journalistes de se former. »

« Il y a un vrai enjeu de préparer l’opinion publique aux fake news environnementales ainsi qu’à un climato-scepticisme qui risque de s’accroître. »

À RETENIR

Entre aménagement éditorial, choix des sujets et relation avec les lecteurs, les intervenants ont comparé leurs pratiques dans leurs journaux. Ce moment d’introspection journalistique a mis en exergue des pistes de réflexion pour développer le traitement médiatique de la crise climatique. Les professionnels présents à cette conférence ont notamment évoqué le besoin de développer la formation scientifique des journalistes, ainsi que la nécessité de promouvoir du contenu d’investigation environnemental.

Alexandre Camino