Les intervenants ont discuté des initiatives pour protéger les journalistes d’investigation. Photo : Clara Gaillot

À travers le monde, les menaces pèsent sur les journalistes d’investigation. L’atelier “Des solutions pour les journalistes menacés” a fait le point sur les initiatives mises en place actuellement.

La liberté de la presse est leur seul mot d’ordre. À leur manière, ils militent tous pour cette cause. Albéric de Gouville prend le micro en premier : “Nous sommes réunis pour évoquer les solutions proposées aux journalistes menacés.” Le rédacteur en chef de France 24 n’hésite pas à rappeler que les pressions ne sont pas forcément physiques. “Hier encore, le correspondant de RFI en Guinée s’est vu retirer son accréditation, c’est aussi cette forme de censure que l’on souhaite combattre”, poursuit-il.

Parmi les solutions évoquées à la Cité de la Culture, la Maison des journalistes figure en tête. Pour en parler, Darline Cothière, la directrice de la structure parisienne, a fait le déplacement. “Nous sommes une association qui a accueilli plus de 280 journalistes réfugiés venant d’une soixantaine de pays”, explique-t-elle. La Maison des journalistes offre ses 14 chambres aux journalistes menacés dans leurs pays respectifs. Le rôle de l’association ne se limite pas pour autant à celui de structure : “Notre action serait incomplète si nous n’effectuions pas un travail de sensibilisation sur la liberté de la presse”, précise Darline Cothière. Une action déterminante, exercée par les pensionnaires eux-même. Bien souvent, ces derniers sont des journalistes notoires au sein de leurs pays. Malgré leur statut de réfugié, ils n’en restent pas moins des journalistes. Le site L’œil de la Maison des journalistes leur offre la possibilité de continuer leur métier à distance. Une initiative déterminante pour affronter l’épreuve sociale et psychologique qu’ils traversent.

Forbiden Stories et le “Projet Daphne”

Laurent Richard, lui, a crée Forbidden Stories pour éviter que les journalistes ne soient amenés à s’exiler. Son projet a par ailleurs remporté le prix des Assises de Journalisme de Tours en mars 2018. Son idée : sécuriser les informations des journalistes menacés afin de pouvoir poursuivre leur enquête s’ils n’en n’ont pas la possibilité. “On veut envoyer un message fort aux ennemis de la liberté de la presse : ‘Si vous tuez le messager vous ne tuerez pas le message’ “, martèle-t-il. Son initiative a connu un large succès. Pour qu’elle soit efficace, elle nécessite de regrouper un maximum de personnes. C’est ce qui a été mis en place au cours du “Projet Daphne”. À la mort de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, 45 journalistes de 18 organisations de presse différentes se sont réunis pour poursuivre son enquête. Une réussite qui a permis d’exposer l’affaire aux yeux du monde. “Je suis persuadé qu’aujourd’hui les assassins de Daphne Caruana Galizia regrettent leurs actes. On n’a jamais autant parlé de cette affaire”, observe Laurent Richard. Ces initiatives sont également destinées à faire réagir les pouvoirs publics pour améliorer le quotidien des journalistes. Laurent Richard déplore cependant le manque d’actions en dépit de la résonance de l’affaire.

Coopérer pour une meilleure protection, c’est également l’idée de Saada Abdulkader. Ce journaliste d’investigation égyptien est membre du réseau ARIJ (Reporters arabes journalistes d’investigation). Il rassemble des journalistes-enquêteurs de 9 pays arabes (Tunisie, Egypte, Maroc, Yémen, Libye, Soudan, Mauritanie, Algérie et Syrie). Ensemble, ils réfléchissent aux moyens de parer toutes sortes de pressions, notamment économiques. L’investigation demande une indépendance et des moyens importants. Quand les moyens financiers sont restreints car le travail dérange, l’ARIJ offre les clés pour s’en sortir. “Parfois il faut diversifier ses activités pour pouvoir résister aux pressions et continuer son métier”, constate-t-il amèrement.

Au sein de l’assemblée, de nombreux journalistes d’Afrique et du Moyen-Orient étaient présents. Un bon nombre est intervenu, pour témoigner sur la situation difficile de leurs pays, notamment au Yémen. Face aux menaces et enlèvements continus dans certaines régions, beaucoup se retrouvent impuissants et esseulés dans leurs pays. À l’image des quatre intervenants, des solutions se mettent petit à petit en place pour que la liberté de la presse progresse dans le monde entier. La diffusion des menaces est telle, à travers le monde, qu’il faudra encore beaucoup d’initiatives pour que les améliorations profitent à tous.

Romain Bizeul

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