Le projet Youthmore, présenté ici par Arbia Mthlouthi, vise à mettre en lumière les initiatives et les success stories de jeunes tunisiens. Photo : Lucas Beulin.

Le journalisme porteur de solutions peut être l’incarnation du journalisme utile, thème majeur de ces Assises. Invitées de l’atelier « Un journalisme utile porteur de solutions » deux journalistes tunisiennes ont présenté leur approche et les visées de cette pratique.

Le journalisme est-il utile ? Voilà la question qui a animé de nombreux débats et conférences, durant les trois jours d’événement. Proposé ce samedi, l’atelier “Un journalisme utile porteur de solutions” a apporté des pistes de réflexion.

“Nous avons réalisé un sondage après les dernières Assises de Tours en demandant à des citoyens quelle est leur perception des journalistes. À notre grande surprise, 92% d’entre eux ont estimé qu’ils sont utiles”, pose d’emblée Marie-Laure Augry, animatrice de l’atelier, qui a fait le lien avec celui organisé lors des dernières Assises de Tours. Teycir Ben Naser, journaliste tunisienne et auteure du documentaire “La révolution est là”, et Arbia Mthlouthi, cheffe de projet de Youthmore, un média qui met en lumière des initiatives de Tunisiens, ont pris part à cet échange pour illustrer leurs pratiques respectives.

Teycir Ben Naser en a ciblé les enjeux : “L’objectif est de donner envie d’agir, en mettant en avant la force citoyenne. C’est particulièrement important en Tunisie, où l’État est en retrait et la situation, suite au changement de régime, est assez complexe”. Le journalisme de solutions, ou plus précisément porteur de solutions, a donc un rôle social très important en Tunisie. Les journalistes prennent, à travers cette pratique journalistique, une place plus importante dans la société, laissée en partie vacante par l’État.

Une vision précise de cette pratique

Teysir Ben Naser, qui s’intéresse notamment aux problématiques environnementales, considère que cette approche du métier nécessite une certaine méthodologie : “L’initiative que le journaliste souhaite traiter doit respecter cinq critères. Elle doit apporter une réponse à un enjeu d’intérêt général, des résultats concrets, doit être incitative et reproductible par d’autres citoyens. Enfin, l’association qui porte cette initiative doit être viable. Arbia Mthlouthi, à travers le projet Youthmore pour lequel elle travaille, souhaite aussi “rendre hommage aux jeunes qui ne sont pas restés les bras croisés”, avant “d’en inciter d’autres à prendre des initiatives”.

Deux applications différentes

Concrètement, Youthmore est une plateforme numérique qui met en valeur des initiatives de jeunes de tout le pays, des success stories, à travers de courtes vidéos ou articles. Cette approche est plus “feel good” et met en valeur la personne qui porte l’initiative. Ce qui incite les jeunes à proposer eux-mêmes leurs initiatives à Youthmore, qui vient ensuite à leur rencontre. Cette conception ne peut plus s’apparenter à un journalisme “heureux”.

Teysir Ben Naser, à travers ses différents articles, souhaite également aborder les problèmes des citoyens : “Parler des solutions, ça ne veut pas dire que l’on ne doit pas parler des problèmes. En parlant d’une partie de la société qui agit, on retrouve un lectorat qui ne fait plus confiance aux médias car il considère qu’ils ne montrent qu’une partie de la réalité.” La journaliste montre donc comment des personnes trouvent des solutions aux problèmes sociétaux à travers leur initiative. Ce qu’elle illustre par un cas concret : “En Tunisie, nous sommes en train de perdre toutes nos semences traditionnelles, comme les tomates. On pourrait faire un article sur ce sujet et s’arrêter là. Mais je suis allée à la rencontre de trois personnes qui ont créé une société de permaculture. Elle va voir les agriculteurs un par un pour trouver ces semences rares. Aujourd’hui ils sont en train de créer leur propre banque de semences, pour protéger ces semences traditionnelles.”

Ce type de journalisme, où l’on identifie les problèmes avant de mettre en valeur des citoyens qui tentent d’y remédier, est une illustration très concrète d’un journalisme utile aux citoyens. La solution du thème de ces Assises est donc peut-être dans la problématique : les citoyens eux-mêmes.

Clément Argoud