Omar Belhouchet, Marine Doux, Mathieu Pays, Alia Ibrahim et Malek Lakhal ont débattu de l’indépendance économique des entreprises médiatiques. Photo : Lucas Beulin.

Présentée par Mathieu Pays, directeur de la rédaction de TMV, journal gratuit tourangeau, la conférence sur l’indépendance économique et son lien avec l’indépendance éditoriale a permis d’exposer des points de vues très différents sur ce sujet.

Omar Belhouchet se bat depuis plus de vingt ans pour l’indépendance d’El Watan, le journal algérien qu’il a fondé. Depuis sa création, il a été suspendu huit fois par le pouvoir algérien. Pour gagner en indépendance, le quotidien s’est doté de tous les éléments de la chaîne de production. Tout d’abord, pour contrer le monopole d’État, l’entreprise a mis en place son propre système de distribution, évitant ainsi les marges de l’État algérien.

« Ils ont tout fait pour nous tordre le cou », explique Omar Belhouchet. Dans cet objectif de maîtriser au mieux la production, le journal s’est doté de sa propre rotative, un projet de plusieurs années, avec une machine qui a été bloquée plusieurs mois au port. Même si les ventes du journal baissent et sont passées sous les 100 000 exemplaires, le journal est très peu dépendant d’acteurs extérieurs, contournant ainsi le monopole d’État sur la publicité.

La publicité au cœur du problème

La publicité a été le sujet majeur de cette conférence, elle peut représenter un danger pour l’indépendance éditoriale d’un titre. « Nous avons des bailleurs occidentaux, qui financent certains articles dans une démarche de ciblage, ça crée une forme de colonialisme », regrette Malek Lakhal, journaliste pour le site Nawaat, qui couvre l’actualité du monde arabe.

Malgré tout, ces financeurs étrangers lui permettent de s’affranchir des pressions économiques du pays. « Cela nous permet d’être indépendant face aux Etats, même si ce n’est pas toujours bien perçu, il y a toujours une animosité entre les publicistes et les journalistes. »

Pour Marine Doux de Tank Média, la viabilité économique d’un média est la plus grande priorité, quitte à ce que cela se fasse au détriment de la ligne éditoriale. Dans son incubateur à start-up, même si elle préfère parler de “communauté”, l’équipe de Tank Média accompagne des projets éditoriaux dans la recherche de pérennité économique.

Elle propose des formations, des “business plan” notamment en combinant publireportage, du sponsoring pour que le média génère suffisamment de bénéfices. La ligne éditoriale est donc remise au second plan face aux ambitions économiques. La démarche est donc radicalement différente de celle d’Omar Bellouchet pour qui l’aspect financier se mettait au service de la ligne éditoriale.

Lucas Beulin