La construction de la Cité de la Culture a été interrompue à plusieurs reprise avant de reprendre en 2016.

Pour leur première édition tunisienne, les Assises internationales du journalisme se sont installées à la Cité de la Culture de Tunis. Flambant neuf, ce lieu de neuf hectares au cœur de la capitale ne passe pas inaperçu et essuie les critiques.

 

En plein cœur de Tunis, l’imposante bâtisse qu’est la Cité de la Culture bouillonne en ce premier jour des Assises. Discussions, rencontres, interviews, le lieu dédié à la culture accueille ce premier événement hors de la France. Pour le plus grand plaisir du fondateur et président des Assises, Jérôme Bouvier. “C’est extraordinaire de pouvoir tenir ces assises dans un lieu aussi important, on ne pouvait qu’accepter”. La Cité de la Culture, c’est un projet entamé en 2003 et inauguré en mars 2018. Ce mastodonte, qui comporte trois théâtres, six espaces de répétitions, deux salles de projection et un auditorium, n’a cessé de faire débat au sein de la population tunisienne. C’est d’ailleurs pour cela que l’organisation des Assises a délocalisé certaines de ses conférences au Théâtre du 4ème art, non loin de la Cité de la Culture : “On ne savait pas si les Tunisiens s’étaient approprié ce bâtiment qui est tout neuf, on voulait être sûrs qu’on soit bien dans deux lieux”.

Le hall de la Cité de la Culture, majestueux et lumineux.

Un lieu culturel loin de recevoir l’approbation de tous…

Qualifié de lieu démesuré et sans âme par ses détracteurs, il est surtout le symbole de l’ancien régime, pour certains. “Avec ce bâtiment, on perpétue la stratégie de Ben Ali, c’est-à-dire une hégémonie totale et une mainmise de l’État sur l’activité culturelle et artistique. Les artistes qui sont en train de glorifier ces lieux sont les seuls qui y auront accès. Ce sont des noms qui ont verrouillé la scène culturelle pendant des années”, expliquait l’artiste plasticien Nidhal Chamekh à Libération. La somme déboursée par le gouvernement tunisien pour la réalisation de la Cité de la Culture est elle aussi jugée faramineuse : 130 millions de dinars soit 44 millions d’euros. “La Cité de la Culture est l’illustration parfaite du ratage culturel de la révolution. Même en Russie on n’oserait plus pondre un truc pareil. De telles dépenses auraient dû servir à renforcer le peu d’équipements culturels qui existent sur le territoire”, s’indignait le dessinateur tunisien Z, toujours auprès de Libération.

… qui fait pourtant la fierté de beaucoup

Mais il n’y a pas que des mécontents. Marwa Rekik, journaliste radio, se confie, près du buffet bien garni dans le hall majestueux au cours de ces Assises : “Je pense que c’est un exploit pour tous les citoyens tunisiens, il donne vraiment une belle image de la culture tunisienne, c’est une grande initiative”. Et le directeur général du théâtre et de l’opéra de la Cité de la Culture, Youssef Lachkham, n’en est pas peu fier : “Ce n’est pas un centre culturel, c’est une cité, il y a des citoyens dedans, des invités et des échanges, c’est ce concept qui fait et fera la richesse de la Cité de la Culture”. Cela ne fait pas de doute pour Khouloud Hamdi, étudiante à l’IPSI, l’école de journalisme de Tunis : “on a besoin de patrimoine, d’un espace où viennent tous les artistes, car je crois vraiment à la culture et à l’art“. Même si la Cité de la Culture est un projet d’avant-révolution, la jeune femme veut passer outre cette période, que la Tunisie évolue, et cela commence pour elle, par le soutien de la création de lieux culturels.

Elise Pontoizeau