“Créatrice de médias en zones de conflits, la Fondation Hirondelle joue un vrai rôle au sein des populations locales. Son but ? “Informer ceux qui en ont le plus besoin”, explique Michel Beuret, le responsable éditorial. Présents aux Assises de Tunis vendredi, des journalistes de la RD Congo, de la Centrafrique, du Yémen et de la Syrie ont raconté leur expérience.

Un média qui s’adapte aux zones de conflit. C’est le but de la Fondation Hirondelle, qui accompagne la création de médias notamment en République démocratique du Congo, avec Radio Okapi. “Nous nous adressons aux habitants qui subissent ces conflits, on essaye de faire du journalisme constructif, en invitant des citoyens par exemple plutôt que des politiques”, explique Suzanne Nzobo, la rédactrice en chef. L’objectif est de se tenir au plus près des préoccupations des habitants, qui peut différer selon le contexte local.

Une formule qui connaît un fort succès, comme le montre Radio Ndeke Luka, créée en 2000 en Centrafrique, et tout simplement devenue la première radio du pays, écoutée quotidiennement par plus de la moitié de la population. Elle émet en direct en français et en sango dans toute la Centrafrique. La radio sert de médiateur avec la population. “Des auditeurs nous appellent en direct  pour retrouver des gens dont ils ont perdu la trace, et comme notre radio est très écoutée, cette méthode marche et des gens se retrouvent après des années”, confie Brice Ndagoui, le rédacteur en chef adjoint.

Devenue une véritable institution dans le pays, la radio a été visée en priorité par les rebelles lors du coup d’Etat, en 2013. Lorsqu’elle a temporairement cessé d’émettre, son silence a provoqué un climat de terreur et de chaos dans le pays. Après la reprise de l’antenne, les groupes rebelles ont finalement compris qu’ils devaient donner des informations à radio Ndeke Luka pour que la population sache ce qu’il se passe. “Nous essayons de prendre le temps d’informer et de recouper les informations données par les officielles, quitte à la diffuser avec un peu de retard”, poursuit Brice Ndagoui.

Des rédactions parfois obligées de s’exiler

Même avec l’aide de la Fondation Hirondelle, la situation dans les pays est parfois trop complexe et périlleuse pour se permettre d’installer une rédaction fixe sur place. C’est le cas pour Radio Rozana. Basée à Paris, elle s’appuie sur une trentaine de correspondants répartis sur tout le territoire syrien. Lancée en 2013, elle avait alors soixante collaborateurs sur le terrain, que ce soit dans les régions rebelles ou sous le contrôle du régime.

En cinq ans, la radio a perdu la moitié de son effectif : certains ont été tués, d’autres disparus et certains ont préféré arrêter de travailler avec Radio Rozana, par peur des représailles. “D’après nos retours sur le terrain, beaucoup de gens ont peur d’écouter notre radio, même s’ils sont souvent d’accord avec nous, il y a une véritable terreur”, explique Lina Chawaf, la rédactrice en chef.

La Fondation Hirondelle permet donc un accompagnement des journalistes qui agissent pour les citoyens sur place. L’objectif de Michel Beuret, le responsable éditorial, est “d’informer les populations qui en ont le plus besoin, car bien souvent, la première victime de la guerre, c’est la vérité.

Lucas Beulin