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Retrouvez l’essentiel de la conférence « Débat : #lesmédias. Les réseaux sociaux contre la démocratie ? »

Animé par Amaëlle Guiton, journaliste à Libération, avec Valérie Jeanne-Perrier, enseignante et chercheuse au Celsa, Samuel Laurent, responsable des Décodeurs du Monde, Tristan Mendès-France, enseignant au Celsa et maître de conférences à Paris Diderot spécialisé dans les cultures numériques, Marie Turcan, rédactrice en chef adjointe à Numerama.

LES ENJEUX

Les réseaux sociaux sont au cœur du débat et de la démocratie. Tout le monde a encore en mémoire les printemps arabes qui s’étaient développés sur Facebook. Mais depuis un certain temps, les réseaux sociaux sont accusés d’être le lit d’un discours de haine. Alors, les réseaux sociaux sont-ils un danger pour la démocratie ? Quelle est la place et quel est le rôle des journalistes sur ces plateformes ?

CE QU’ILS ONT DIT

Samuel Laurent : «  Avant, les journalistes transmettaient l’information. Désormais, ce sont les réseaux sociaux qui s’en chargent, et ils prennent de plus en plus de place sur les médias. De nombreux articles ont pour point de départ une série de tweets, par exemple. Un autre problème qu’on rencontre sur les réseaux sociaux, ce sont les bulles de filtres. Ce phénomène fait qu’on rejoint des communautés fermées et cela nous amène à voir des informations avec lesquelles nous sommes d’accord. »

Valérie Jeanne-Perrier : « Nous sommes désormais dans une phase d’institutionnalisation des réseaux sociaux. Ils sont devenus des outils de communication, voire d’information. Avant, on se reconnaissait dans un média et donc on se confrontait à des idées qui nous étaient globalement favorables. Lorsqu’on n’était pas d’accord, on gardait notre avis pour nous. Mais avec l’avènement des réseaux sociaux, on ose exprimer son désaccord publiquement. Ces plateformes font lever la “spirale du silence”. »

Tristan Mendès-France : «  Sur les réseaux sociaux, on est contraint de se positionner parce que les informations diffusées sont relayées par des communautés. En tant qu’utilisateur lambda, on subit donc une injonction au positionnement. Avoir une position médiane est quasiment impossible. L’écosystème des réseaux sociaux n’est pas favorable à la nuance. Certains pensent que Twitter est devenu un terrain de guerre, et je trouve que c’est de plus en plus le cas. Je ne veux plus m’exprimer sur certains sujets. »

Marie Turcan« Les Gilets jaunes ont utilisé Facebook en contre-modèle des chaînes d’information en continu. Ils ont compris que la télé monte les faits, que les reportages sont anglés et qu’il y a un choix éditorial. Ce qui fait qu’ils ne seront jamais représentés comme ils le souhaitent. »

À RETENIR

Si les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés par les journalistes, il est important de mettre en place une éducation à ces plateformes et de former les futurs journalistes à leur utilisation. Pour Samuel Laurent, cette formation est impossible à mettre en place désormais. L’idée de la suppression de l’anonymat, évoquée lors des échanges avec le public, ne changerait rien selon lui. Il explique avoir déjà reçu des menaces de la part de comptes publics. Marie Turcan minimise néanmoins l’utilisation offensive des réseaux sociaux : « Lorsqu’il y a 3 000 retweets, il y a 3 000 personnes derrière. Mais plusieurs millions de français utilisent Twitter et ont également accès à ces publications. » La vraie question pour les journalistes est donc de savoir quand un tweet prend suffisamment d’importance pour qu’il devienne une information. Le rôle des chaines d’information en continu, qui font monter le débat (avec la polémique du Hijab de Décathlon, par exemple), a été vivement critiqué.

Ariel Guez