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(Photo : Suzanne Rublon)

Retrouvez l’essentiel du débat “Le grand débat : #les médias tous les mêmes ?”

Avec les résultats du baromètre Vivavoice/Les Assises présentés par Aurélien Preud’homme, directeur d’études Vivavoice.

Animé par François Ernenwein, rédacteur en chef La Croix, avec Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité ; Raphaelle Bacqué, grand reporter au journal Le Monde ; Ariane Chemin, grand reporter au journal Le Monde ; Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro ; Daniel Schneidermann, journaliste à Arrêts sur image.

LES ENJEUX

« Les médias », « parti des médias » sont des expressions qui se sont démocratisées ces derniers temps. Elles reflètent la pensée de beaucoup de Français, à en croire les résultats du baromètre Vivavoice pour Les Assises. Plus de 60% des sondés estimeraient que les médias disent la même chose ou presque. Un discours caricatural, que l’on retrouve souvent dans le discours des politiques. Cette perception partagée de médias fonctionnant en vase clos est également nourrie, parfois, par le sentiment que les journalistes se ressemblent beaucoup culturellement.

CE QU’ILS ONT DIT

Daniel Schneidermann : « Tous les mêmes ? Je pense que ça dépend des sujets. Sur certains, on va observer une vraie diversité. C’est le cas sur les sujets sociétaux (immigration, laïcité, PMA/GPA, etc…). Mais sur les sujets sociaux, économiques, on a une impression d’homogénéité terrifiante. Il y a aussi une homogénéité sociale. La plupart des journalistes français sont des bourgeois blancs. C’est pour ça qu’ils n’ont pas vu arriver les Gilets jaunes et qu’ils ont pris du retard à parler des violences policières. »

Raphaëlle Bacqué : « La garantie d’avoir de la diversité, c’est encore d’avoir des journalistes qui vont sur le terrain. On peut trouver des traitements différents de la couverture de l’actualité. Au Monde, nous avons fait une initiative pour changer la sociologie dans les rédactions, avec Le Monde Academy. Nous faisions venir des journalistes autodidactes, qui n’avaient pas forcément la maîtrise de l’écrit ou une formation classique universitaires. Mais nous avons échoué. Il y a trente ans, il y avait beaucoup plus de non-diplômés dans la rédaction. Il y a un resserrement de la sociologie et nous n’avons pas encore trouvé le moyen de modifier ça. »

Patrick Apel-Muller : « L’expression parti médiatique ou parti des médias n’est pas la bonne, mais personne ne serait capable de défendre l’idée inverse, celle que tous les médias sont différents. Il y a un bruit de fond dans le traitement de l’actualité qui donne l’impression d’homogénéité. On l’a vu en 1995 avec les grèves de la SNCF, en 2005 avec le référendum sur le TCE et avec les gilets jaunes. Comment se fait-il qu’une grande majorité de médias aient eu le même discours sur ce que les Gilets jaunes étaient prétendument. »

Ariane Chemin : « La notion de parti des médias a été utilisée par des politiques mais de plus en plus par des journalistes désormais du Média (Aude Lancelin, Thomas Guénolé) mais aussi des journalistes qui ne sont pas du même bord, comme Brice Couturier. Le parti des médias désignait pour lui tous ceux qui n’étaient pas pour Emmanuel Macron, c’était l’inverse pour Thomas Guénolé et Aude Lancelin. »

« La crise des Gilets jaunes était inédite et a donné lieu à des médias inédits. Elle a aussi renforcé les médias traditionnels. Par exemple l’AFP a mis en avant son service de factchecking. »

Alexandre Devecchio: « L’expression “parti des médias” renvoie à l’objectivité mais c’est une fausse question. Il n’y a pas d’objectivité dans la mesure où on a tous une sensibilité politique. Il faut simplement être honnête. Le problème est que le champ des sensibilité s’est réduit. On alterne entre le social libéralisme et le libéralisme social. Ça ne donne pas le sentiment d’être représenté. Le problème de la sociologie des journalistes est important mais il faut aussi s’interroger sur le hardnews, et les reprises permanentes de l’AFP, qui donnent de fait l’impression d’uniformité qu’il peut y avoir dans le journalisme. »

À RETENIR

À l’issue du débat, les participants ont évoqué l’uniformisation des chaînes d’information en continu et notamment les chroniqueurs qui les composent. La question des violences contre les journalistes a également été abordée. Daniel Schneidermann a rappelé que si des journalistes avaient été pris à partie par les Gilets jaunes, il y avait eu beaucoup plus de violences policières contre les journalistes.

Ariel GUEZ