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Retrouvez l’essentiel de la conférence «#lesmédias Les médias alternatifs: une information différente?»

Animé par Thierry Borde, président de Médias Citoyens, avec Sébastien Boistel, journaliste à Ravi, Lisa Giachino, rédactrice en chef à l’Age de faire, Eloïse Lebourg, journaliste à Médiacoop, Emile Palmantier, coordinateur éditorial et médiatique à Radio Campus.

LES ENJEUX

A l’heure où la défiance envers les médias traditionnels monte, s’interroger autour de réseaux qui se disent alternatifs est nécessaire. Les critères associatifs et participatifs reviennent souvent. La question de la liberté et de l’indépendance économique est aussi mise en avant. Mais de quoi parle-t-on lorsqu’on parle de médias alternatifs? Est-ce qu’on traite l’information de manière différente? Et si oui, comment?

CE QU’ILS ONT DIT

Sébastien Boistel  : «Nous ne parlons pas de média alternatif mais de “média pas pareil”. Ne ne sommes pas pareils pour plusieurs raisons. D’abord dans le fonctionnement de Ravi, mais aussi dans le traitement de l’information. La question d’agenda, par exemple, que nous ne suivons pas. Aussi, nous sommes un mensuel donc il serait inutile de faire ce que La Provence fait tous les jours. Si nous ne sommes pas inventifs sur les modèles économiques et dans les relations qu’on a avec les lecteurs, on meurt. Même si il n’y a que des journalistes dans notre rédaction, via les ateliers d’éducation aux médias que nous faisons, nous ouvrons nos colonnes à des personnes qui ne sont pas journalistes.»

Lisa Giachino : «Nous ne sommes pas basés à Paris et nous sommes une SCOP. Le journal appartient donc à ses salariés. Il n’y a aucune publicité. Les seules contraintes sont le temps (l’Age de faire est un mensuel) et les moyens matériels. En quoi sommes nous différents? Il y a un lien particulier avec nos lecteurs. Ce sont eux qui parfois organisent les points de ventes. Lorsque nous partons en reportage, ce sont eux qui parfois nous hébergent. Nous avons un parti pris en mettant en avant les expériences citoyennes avec un prisme écologique et social

Eloise Lebourg  : «La nécessité de créer un média alternatif m’est venue de mes expériences en école de journalisme et dans différents grands médias. J’étais frustrée de ne pas avoir le temps ni le nombre de signes nécessaires. Nous avons créé Médiacoop, une SCOP, avec une ligne éditoriale propre et sans aucun patrons ou actionnaires. Nous sommes engagés politiquement dans le sens stricto sensu du terme. L’objectif est de donner la voix aux sans voix. Nous faisons plusieurs ateliers d’éducation aux médias et à l’information. Il nous semble important d’éveiller les esprits critiques.»

Emile Palmantier  : «Nous ne sommes pas une radio, mais une fédération de radios locales qui travaillent entre elles. Nous sommes dans l’ultra proximité, ce qui donne forcément une manière différente de voir l’information, même si nous traitons de thématiques nationales. Ce serait difficile de dire que Radio Campus est un média alternatif, c’est plutôt un média complémentaire. Radio Campus, ceux qui l’écoutent, ce sont ceux qui la font. C’est un média qui est essentiellement bénévole. 95% de la production du réseau Radio Campus vient du bénévolat.»

A RETENIR

Si l’information est traitée de manière différente dans les médias alternatifs, c’est avant tout une autre manière de voir le métier de journaliste qui est prôné. La notion de «slow média», rappelée par Émile Palmantier, montre bien que la productivité n’est pas l’objectif numéro un de ces médias alternatifs. Comme l’expliquait Éloïse Lebourg, «lorsque j’étais dans une grande radio, je pouvais parfois faire cinq sujets par jour. Aujourd’hui, j’en traite trois par semaine.» La question de l’honnêteté des journalistes a également été abordée, et si ces médias assument leur subjectivité et parfois leur militantisme (tout en restant factuels), des limites ont également été débattues, notamment l’audience de ces médias et le fait de rester dans des cercles militants. D’ailleurs, c’est pour augmenter leur audience que ces médias alternatifs travaillent beaucoup main dans la main et que la question de la coopération entre les journalistes a été centrale lors de cette conférence.

Ariel GUEZ