[INTERVIEW] Olivier Goujon : « Quand on s’attaque au journalisme, on s’attaque à un pilier de la démocratie »

Olivier Goujon est journaliste photoreporter. À l’occasion de la sortie de son livre Ces cons de journalistes, aux éditions Max Milo, il répond à nos questions sur sa profession précarisée.

Olivier Goujon, auteur Ces cons de journalistes (Photo : Louise Gressier / EPJT)

 

Dans votre livre, vous dépeignez une réalité assez noire. En tant que journaliste, qu’est-ce qui vous motive à vous lever le matin ?

Olivier Goujon. La réalité du métier de journaliste est très sombre, mais j’aime cette profession. La plupart des journalistes aiment tellement leur métier que ça en devient problématique. Ils ne se plaignent pas et travaillent dans des conditions désastreuses qui sont contre-productives pour la qualité de l’information.

Que faire pour travailler dans de meilleures conditions ?

O.G. Respecter et appliquer la loi. Embaucher des journalistes en CDI, rémunérer les pigistes en salaire, payer les sujets commandés, faire des commandes écrites. Ce serait un pas en avant mais personne ne le fait. Partout où l’on m’invite, dans les plus grands médias, on me félicite pour mon livre alors qu’eux-mêmes ne respectent pas la loi. Il y a une sorte de schizophrénie. Dans le premier chapitre de mon livre, je prends l’exemple d’Olivier Voisin. C’est un journaliste mort en Syrie. Il est parti chercher de l’information là où il ne devait pas aller, parce qu’il était obligé. Endetté, il devait payer son matériel et ses commandes se sont évaporées. C’est un mort de la précarité. S’il était parti avec une commande écrite, si quelqu’un avait payé pour sa sécurité, la situation aurait peut-être été différente. Lorsqu’il est mort, on lisait partout des tribunes défendant les photojournalistes, ces gens qui risquent leur vie pour nous… Mais qui s’est occupé de sa sécurité ?

Quels sont alors les moyens de lutte ?

O.G. On me reproche de ne pas donner de solution. Mais mon métier consiste à dire pourquoi et comment ça ne va pas, en écrivant des livres et des articles. C’est évident qu’il ne faut pas écouter les syndicats qui poussent à refuser toutes propositions indécentes. Ils oublient que 10 000 journalistes sont corvéables pour remplacer celui qui a dit non. Le seul conseil que je peux donner, c’est de travailler à plusieurs. Je crois au collectif. Mettez vos forces en commun, vous serez plus forts à dix que seul.

Peut-on parler de prolétarisation du journalisme ?

O.G. La prolétarisation du tertiaire s’applique évidemment au journalisme. Ça implique une charge démocratique : quand on s’attaque au journalisme, on s’attaque à un pilier de la démocratie.

Le but du livre est-il de réveiller les français ?

O.G. Je n’ai pas la prétention de vouloir réveiller qui que ce soit. Si vous voulez dormir, dormez. Si vous ne voulez pas voir ce qu’il se passe, ne le voyez pas. Mon but est d’informer. Mon livre ne suscitera pas un rétropédalage du néolibéralisme mais j’aurais fait mon métier, je peux mourir librement.

Votre ton alarmiste est-il nécessaire pour informer ?

O.G. Je n’ai pas un ton alarmiste. Ceux qui me font cette critique trouvent un intérêt au système : patrons de presse ou éditorialistes. Chez Pascal Praud sur CNews, j’ai parlé de reproduction sociale dans le journalisme ; nous sommes tous des mâles blancs de 45 ans et nos parents gagnaient 4 000 euros par mois. D’un coup, j’ai vu cinq mâles blancs de 45 ans se lever pour me dire : « Absolument pas, je ne suis pas déconnecté ! » J’ai entendu la même chose à la commission de la carte, alors qu’ils donnent des cartes de presse à des journalistes qui touchent 500 euros par mois. Chaque année, les critères sont plus bas. Tous les membres de la commission font campagne sur le combat contre la précarité mais une fois élus, ils disent n’être qu’un thermomètre pour mesurer la température dans la profession. Selon moi, il faudrait créer un organisme moral, comme ce qu’il existe en Belgique, qui aurait autorité pour afficher un manquement.

Propos recueillis par Léo Juanole et Lydia Menez

وسائل الاعلام والسلطة:

Cet article a été écrit par Myriam Mtiraoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme de Tours. Il s’agit du compte-rendu de l’atelier “La détestation des journalistes, une vieille histoire”.

” أحدث الاعلام البديل والإذاعات الحرة ثورة وتنوعا على مستوى المادة الصحفية. كما أصبحت تتمتع بنوع من الحرية والشرعية بعد أن كانت وسائل الاعلام مراقبة ومقيدة من قبل السلطة ” هكذا صرحت “كلار بلوندينClaire BLANDIN ” أستاذة في علوم الإعلام والاتصال بجامعة باريس 13.

وأشارت بلوندين” في ذات الإطار إلى ضرورة بلورة فكر نقدي للمضامين الإعلامية. وأكدت أن هذه الالية ليست بالجديدة فقد  ظهرت مع فلاسفة الأنوار  قبل الثورة الفرنسية وتواصلت مع ظهور مؤسسات الصحافة ورؤوس الأموال التي تقف وراء المؤسسات الاعلامية.

وبيّنت بلوندين في مداخلتها ، ضمن الورشة المخصصة لمناقشة موضوع العنف اللفظي والجسدي المسلّط ضدّ  الصحفيين، أنّ هناك ثلاثة نماذج نقدية مرت بها وسائل الاعلام أولها النقد الفكري والذي ظهر قبل الثورة الفرنسية وثانيها نقد النظام الرأسمالي وذلك مع ظهور موجة الاستثمارية والصناعية التي هيمنت على وسائل الاعلام نهاية القرن التاسع عشر مع رجل السياسة الفرنسي “جون جوراس”، وثالثها موجة الغضب الشعبي احتجاجا على الرقابة والدعاية التي ميزت الخطابات الإعلامية مع بداية الحرب العالمية الاولى.

من جانبه تطرّق “ألكسيس لوفريهAlexis LEVRIER ” الباحث والمختص في تاريخ الصحافة إلى أهمية التكوين الأكاديمي للصحفيين لأن المهنة الإعلامية أصبحت تستقطب غير المختصين في المجال الإعلامي، كما دعا الى  ضرورة اعتماد الية النقد الذاتي من قبل وسائل الإعلام سعيا إلى تطويرها ومراجعة خطاباتها غير أنه شدّد  في المقابل على تجريم الاعتداءات الجسدية واللفظية الموجهة ضد الصحفيين.

وقد أجمع الحاضرون في الورشة أن الصحفيين والمفكرين والفلاسفة الذين أرادوا التغيير والثورة على الأفكار المسلمة والأنظمة الديكتاتورية تعرضوا على مرّ التاريخ الى العنف بأنواعه الجسدي واللفظي. وأشاروا أنه من الضروري المحافظة على درجة من الاستقلالية تجاه رؤوس الأموال ورجال السياسة الذين باتوا يستغلون المنابر الإعلامية للدعاية لبرامجهم وتلميع صورهم وهذا ما خلق نوعا من القطيعة بينها وبين الجمهور الذي أصبح يبحث عن قنوات بديلة يستقي منها أخباره.

                                                مريم مطيراوي، زينب جلجلي: معهد الصحافة وعلوم الاخبار