[INTERVIEW] Alain de Chalvron : « La télévision a la puissance d’entrer dans le salon des gens »

Alain de Chalvron, grand reporter et correspondant à l’étranger (France 2, RFI, France Inter) vient de publier le livre En direct avec notre envoyé spécial, aux éditions l’Archipel. Il partage ses souvenirs et l’envers du décor de ses reportages.

Alain de Chalvron était présent au salon du livre des Assises du journalisme 2021 (Photo : Lucas Turci/EPJT)

Comment décririez-vous votre livre En direct avec notre envoyé spécial à ceux qui ne l’ont pas (encore) lu ? 

Beaucoup me disent qu’il s’agit d’un livre d’actualité contemporaine. D’ailleurs, à propos, j’aimerais bien être en Afghanistan aujourd’hui ! C’est vrai que j’ai couvert l’ensemble des grands événements de ces trente-cinq, quarante dernières années et j’ai découvert beaucoup de choses que je souhaitais transmettre à travers ce livre. 

Depuis que vous avez commencé votre carrière, quelles évolutions du métier avez-vous pu constater ? 

Je trouve qu’il y a une évolution assez positive. Lorsque je repense à l’époque où j’étais à Beyrouth, je pouvais passer des heures bloqué à l’hôtel à attendre un coup de fil… Par exemple, au Caire, il fallait que j’aille à la poste la veille pour payer le temps de communication dont j’allais avoir besoin. Maintenant, on téléphone de n’importe où avec les téléphones satellites. On peut même envoyer des images. Ce qui est un grand progrès. Le plus gros budget, lorsque j’étais chez France 2, était le coût de la communication satellite. Lorsque j’arrivais à un endroit, avant même de traiter l’information, je devais chercher un faisceau. Sinon on se faisait doubler par notre principal concurrent TF1. Aujourd’hui avec un téléphone portable et un ordinateur tout se fait, même capter au fond du désert. 

En revanche, il y a eu moins de progrès du côté des réseaux sociaux. Tout le monde se sent journaliste, mais beaucoup sont des faux journalistes. Il y a toute sorte de manipulations : ils se disent journalistes mais ils travaillent pour un gouvernement, une idéologie, un parti politique… Au final, ils n’informent pas et laissent la voie aux fake news. Cela a fortement dégradé l’image des journalistes et les politiques s’en sont saisis pour dénigrer la profession. La réputation n’est plus ce qu’elle était malgré le bon travail des professionnels. 

Un autre phénomène est l’apparition des chaînes d’information en continu et des nouveaux médias. La concurrence s’est multipliée. Certes cela motive, mais il y a aussi des conséquences. En voulant battre le voisin, on se précipite parfois trop. Les recettes publicitaires se partagent aussi donc il y a donc moins d’argent.

Les rédactions ont aussi moins de correspondants permanents, quelle en est la conséquence ?

C’est vraiment dommage car, dans les bureaux, on prend un réel plaisir à couvrir l’actualité. Ce sont des postes formidables, la quintessence du métier. On tisse un réel réseau de contacts que l’on n’a pas lorsqu’on est envoyé spécial. Les contacts, c’est l’essentiel. Ils donnent des informations et livrent une analyse des situations que l’on ne peut pas avoir autrement. Les effectifs des rédactions ont aussi été réduits à cause du manque de moyens, ce qui donne encore moins de temps pour chercher l’information, tourner et monter les images sur place.

Quelle est votre plus fort souvenir de ces années de reportage à l’étranger ? 

La télévision à la puissance d’entrer dans le salon des gens. Lorsqu’on leur apporte les images, beaucoup me disent « vous faites parti de la famille ». Je dirais que 90 % du métier est du plaisir. Pour le plus fort, je dirais Haïti lorsqunous avons réussi à obtenir l’interview de l’ennemi numéro 1. Parmi mes autres souvenirs, le reportage le plus dur a été sur les enfants esclaves. Nous sommes ressortis changés de ce sujet. C’était tellement lourd. 

Un message pour les jeunes journalistes ?

Je ne suis pas pessimiste car il y aura toujours besoin de journalistes. Certes, il y a moins de journaux qu’à une certaine époque mais il y aussi la naissance de nouveaux médias de grande qualité comme Slate, Politico, Atlantico…  On le voit aussi à travers la naissance de médias locaux qui se développent comme Médiacités. Ce sont de bons journalistes confirmés qui ne racontent pas de balivernes sur le terrain.

 

Recueilli par Carla Bucero Lanzi

[INTERVIEW] Franck Annese : « Le but, c’est de proposer des changements de pratiques »

Fondateur du groupe So Press, Franck Annese décrit l’évolution récente des pratiques journalistiques au sein de ses médias, liée à la crise du Covid mais aussi à la lutte contre le réchauffement climatique.

(Photo : Lucas Turci/EPJT)

Franck Annese s’est fait connaître en fondant le magazine So Foot en 2003. Vient ensuite Society puis, plus récemment, So Good. Tous ces magazines sont intégrés au groupe So Press, dont il est le patron.

La crise du Covid a-t-elle modifié votre façon de travailler au sein des médias de votre groupe ?

Ce serait mentir que de dire qu’il y a un avant et un après Covid dans notre rédaction. Pendant le premier confinement, on ne pouvait plus aller dans certains endroits parce que nous venions de Paris. On nous reprochait de diffuser le virus. Mais cela n’a été que temporaire. Il n’y a pas eu de changement fondamental, si ce n’est dans la généralisation du télétravail. Nous n’aimons pas forcer les gens à So Press mais, malgré tout, c’est bien quand il y a du monde à la rédaction.

Durant votre débat avec Fabrice Arfi, vous évoquiez les efforts de vos médias pour limiter votre empreinte carbonne. Pouvez-vous les décrire ?

Nous essayons de n’utiliser que du papier écologiquement vertueux. Ce n’est pas forcément du recyclé car ce n’est pas toujours mieux mais nous faisons attention à leur empreinte carbone. Nous utilisons aussi des colles différentes, plus écologiques. Au niveau de l’encre, il existe des encres végétales plus vertueuses mais leur très fort coût fait que nous ne pouvons pas les utiliser aussi souvent que nousle souhaitons. Nous cherchons aussi à réduire les trajets de nos journalistes, ne pas faire d’allers-retours systématiques. Dans le cas où les déplacements sont longs et polluants, nous ramenons plusieurs articles que nous pouvons exploiter dans les différents magazines du groupe. Nous avons lancé également une autre démarche : en fonction du nombre de kilomètres parcourus par nos journalistes, nous finançons la plantation d’arbres. Ça ne compense pas forcément mais c’est déjà un premier pas. La dynamique est enclenchée, elle va dans le bon sens, et nous allons continuer à réduire autant qu’on le peut notre empreinte climatique.

Vous avez lancé So Good en 2020, qui promeut le journalisme de solution. Est-ce pour vous le meilleur moyen de mobiliser face aux enjeux de la crise climatique ?

Nous avons vraiment deux logiques différentes avec So Good et Society. Society va plus dans la complexité des choses, montrer ce qui ne va pas, donner l’alerte… Ce n’est ni tout blanc ni tout noir. So Good, à l’inverse, met en avant des personnalités qui font bouger les lignes. Nous médiatisons des personnes qui sont sous-médiatisées. Le but, c’est de proposer des changements de pratiques, voire de vies. Ne pas imposer mais proposer. Mais il ne faut pas oublier qu’il est toujours nécessaire de lancer des alertes. C’est notre rôle.

Recueilli par Lucas Turci

[LE RÉSUMÉ] Quatre initiatives en faveur de la diversité dans les médias

Photo : Lucas Turci/EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Quatre initiatives en faveur de la diversité dans les médias ».

Animé par Anne Bocandé, journaliste indépendante et cheffe de projet incubation médias au Medialab 93, avec Maxime Daridan, BFM TV, Lannuaire vu des quartiersMarc Epstein, président de La chance, pour la diversité dans les médiasRyad Maouche, rédacteur en chef du média en ligne Frictions.co ; Claudia Rahola, responsable du comité « diversité » de lAFP.

Les enjeux

Les gilets jaunes, le mouvement Black Lives Matter, l’élection de Donald Trump, le Brexit… Ces dernières années, de nombreux événements de grande ampleur sont venus surprendre les médias. Ces pressions populaires interrogent sur le traitement de l’information par les journalistes, leurs biais mais aussi leur représentativité. Comment les médias peuvent-ils sortir de cette ornière et afficher un visage plus pluraliste ?

Ce qu’ils ont dit

Maxime Daridan : « L’annuaire des quartiers regroupe plus de 1500 Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). C’est un outil de facilitation entre habitants de quartiers populaires, dans le modèle du manuel des expertes. Il permet aux journalistes de mieux comprendre les sujets liés aux quartiers et de générer de nouvelles idées. Le succès, on l’aura quand les marronniers seront traités avec des publics bien plus diversifiés dans ces quartiers défavorisés. »

Marc Epstein : « Le chiffre dont on est le plus fier, c’est celui des anciens de notre formation La chance qui deviennent journalistes : 75 %. »

« C’est très important que des jeunes journalistes soient issus de milieux divers pour enrichir la conversation le matin en conférence de rédaction, quand on discute du traitement des angles, des sources… Représenter la diversité de la population, c’est notre travail. »

Ryad Maouche : « Pour Frictions, nous sommes partis d’un constat assez simple : les sujets de conversation sont devenus mondiaux, dépassent les frontières, mais leur perception change selon le lieu où l’on vit. On veut documenter ces différentes perception. C’est un travail de PQR à l’échelle mondiale. »

Claudia Rahola : « On se rend compte que le profil des journalistes est un peu le même. Nous avons monté le comité « diversité » pour diversifier les profils. »

« Aller plus loin, ça veut dire aussi faire beaucoup plus de mentoring, aller à la recherche de gens qui ne sont pas dans les écoles, qui ont eu une expérience professionnelle avant qui n’a rien à voir avec le journalisme. »

À retenir

Le baromètre du CSA mesure depuis 2009 la diversité dans les médias audiovisuels. Son dernier rapport dresse un portrait robot du journaliste à la télévision : un homme blanc, valide, âgé de 35 à 49 ans, vivant en ville et issu d’une catégorie socio-professionnelle supérieure. Face au manque de diversité dans les rédactions et aux biais que cela crée, de nombreux médias cherchent à aller vers plus de pluralisme. Les défis sont nombreux mais les initiatives aussi.

Lucas Turci

[LE RÉSUMÉ] Climat : quelle approche pour le journalisme de solutions ?

Aux Assises, Christophe Agnus, Sandra De Bailliencourt, Sophie Roland et Camille Sarazin questionnent l’approche du journalisme de solutions.  (Photo : Irène Prigent/EPJT)

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Climat : quelle approche pour le journalisme de solutions ».

Animé par Sophie Massieu, journaliste et membre de l’Association des Journalistes de l’Information Sociale (AJIS). Avec Christophe Agnus, président de Reporters d’espoirs ; Sandra De Bailliencourt, directrice générale des SPARKNEWS ; Sophie Roland, journaliste-réalisatrice et formatrice pour Solutions Journalism Network ; Camille Sarazin, journaliste pour EntR (France Médias Monde).

LES ENJEUX

La crise climatique a fait émerger un nouveau genre du journalisme. Il ne s’agit plus seulement d’exposer les problèmes mais de montrer les réponses possibles et concrètes. Le journalisme de solution met en avant les initiatives citoyennes en faveur d’une meilleure gestion de l’environnement et pour luter contre le dérèglement climatique. Mais attention à la facilité du journalisme de “goodnews”. Le but n’est pas simplement d’aborder les succès des initiatives mais d’en révéler parfois les limites ou les dysfonctionnements dans un souci critique et de crédibilité journalistique.

CE QU’ILS ONT DIT

Christophe Agnus : « Si on ne fait qu’énumérer les problèmes, on crée une sorte de déprime et les gens n’ont plus envie d’agir. »

« Je m’oppose au journalisme de “goodnews”, ou “bisounours”. On fait du journalisme intégral avec à la fois le problème, l’analyse et la solution. On ne fait pas un inventaire des bonnes nouvelles ou des initiatives. »

Sandra De Bailliencourt : « Cela ne suffit plus de montrer les solutions car cela ne met plus les gens en mouvement. Notre but, c’est que les lecteurs se posent des questions sur leur mode de vie. On fait du récit pour replacer l’homme au cœur du vivant, »

Sophie Roland : « 59% des Français attendent de notre part beaucoup plus de couverture des solutions sur la thématique du climat.  »

« On n’est pas le porte-parole d’une cause, on ne fait pas du militantisme. C’est important de garder du recul, de l’esprit critique à travers nos reportages et nos enquêtes. L’idée serait qu’on ne parle plus de journalisme de solution mais de journalisme tout court. »

« Décrypter les fausses solutions, c’est aussi du journalisme de solution. »

Camille Sarazin : « Parfois, c’est dur de suivre l’actualité et de voir uniquement les mauvaises nouvelles. Le ton catastrophique peut être paralysant. Les jeunes ont besoin de se projeter dans l’avenir et de voir les solutions. »

« On a essayé de casser les codes des médias traditionnels avec des nouveaux formats. »

À RETENIR

La discussion a mis en lumière l’importance de ne pas confondre journalisme de bonnes nouvelles et journalisme de solutions. Un vrai travail investigation est requis pour aborder les enjeux environnementaux dans leur globalité, de l’exposition de la gravité des problèmes au questionnement sur la pertinence des solutions. Ce nouveau genre au sein de la profession peut permettre de recréer du lien entre les médias et les lecteurs. Ce journalisme intégral peut donner envie aux gens de s’impliquer, d’agir en faveur de l’environnement. La conférence a également pointé la nécessité de former les journalistes pour mieux traiter les questions climatiques.

[LE RÉSUMÉ] Agriculture et journalisme : « Je t’aime, moi non plus »

(Photo : Romain Leloutre/EPJT)

Animé par Jacques Trentesaux, directeur de la rédaction et co-fondateur de Médiacités. Avec Juliette Duquesne, journaliste et autrice ; Morgan Large, journaliste chez Radio Kreiz Breizh ; Michel Lepape, vice-président  en charge de la coordination à la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricole du Centre-Val de Loire (FDSEA), céréalier à Saint-Flovier ; Samuel Petit, rédacteur en chef du Télégramme. 

 

LES ENJEUX

La société se transforme et le regard change sur l’agriculture, en lien avec les questions environnementales. Les agriculteurs incarnent le rapport à la terre mais sont aussi critiqués selon le type d’agriculture qu’ils exercent. Eux dénoncent la vision donnée par les journalistes dans les médias. Ceux-ci ont parfois du mal à traiter des questions agricoles, par manque de temps, de connaissances ou à cause des pressions qu’ils peuvent subir.

CE QU’ILS ONT DIT

Samuel Petit : « On est de plus en plus éloigné du milieu agricole, on a une image fantasmée. C’est l’un des problèmes entre les médias et l’agriculture. »

« Quoiqu’on écrive, les agriculteurs nous le reprochent et les environnementalistes aussi. »

Michel Lepape : « On est des paysans, certains sont des taiseux. On aime rencontrer des gens, mais on a l’impression que les journalistes ne peuvent pas creuser les sujets, qu’ils n’ont pas le temps. »

« Il y a un discours qui est dicté, c’est sûr, c’est dommage. À l’image de la société, est-ce qu’on a gardé un sens critique ? C’est pareil dans l’agriculture, peut-être qu’on a perdu notre sens critique car on a perdu notre indépendance intellectuelle. »

Morgan Large : « On a dépossédé les agriculteurs de la capacité à communiquer eux-mêmes. La communication est pilotée par l’agroalimentaire. »

« Je ne suis pas persuadée que ce soit aux journalistes d’apporter des solutions. »

Juliette Duquesne : « Il y a des difficultés pour traiter le sujet agricole. À un moment, je me suis épuisée à pousser ces sujets à l’antenne donc j’ai décidé de faire du journalisme autrement : je suis maintenant journaliste indépendante. C’est révélateur du financement des médias et du débat médiatique actuel. »

À RETENIR

La discussion a mis en lumière des divergences sur la manière d’informer sur l’agriculture, entre les journalistes eux-mêmes. Certains type d’articles ou certains sujets peuvent faire craindre un agribashing mais c’est l’agriculture et non les agriculteurs qui sont au cœur des critiques.

Camille Granjard

[LE RÉSUMÉ] Quelle info locale sur le climat ?

Retrouvez l’essentiel de l’événement “Quelle info locale sur le climat ?”

(Camille Granjard/EPJT)

Animé par Richard HECHT, Union des Clubs de la Presse francophones et de France, l’atelier a réuni Sophie CASALS, journaliste de solution à Nice Matin ; Pauline D’ARMANCOURT, responsable de la communication Agence Régionale de la Biodiversité Centre-Val de Loire ; Alexandre MARSAT, rédacteur en chef de Curieux! ; Samuel SENAVE, président France Nature Environnement Centre-Val de Loire ; Catherine SIMON, responsable départementale de La Nouvelle République du Centre Ouest pour « Foutu planète ».

LES ENJEUX

L’échelle locale recouvre de nombreuses problématiques environnementales, des transports à l’aménagement du territoire. Les lecteurs sont de plus en plus attentifs à ces questions et sont en demande d’informations. Les journalistes locaux doivent produire des contenus qui informent de la complexité des différents phénomènes. Il faut simplifier et travailler en réseau avec les chercheurs, les associations environnementales, les naturalistes etc. Il s’agit aussi de toucher d’autres publics, notamment les jeunes, très sensibles au sujet de l’urgence climatique, avec des nouveaux formats.

CE QU’ILS ONT DIT

Sophie Casals : « Le prisme de solution n’est pas un journalisme de bonnes nouvelles, on questionne nos experts. Le journalisme de solution, ce n’est pas rester sur le constat. Les lecteurs nous interpellent sur des sujets prospectifs. Notre impact est d’autant plus fort qu’on est en interaction avec nos lecteurs. »

«Beaucoup d’enjeux se jouent au niveau local. Tout ne se joue pas dans les métropoles, au contraire elles sont peut-être lourdes à faire bouger. »

Pauline D’Armancourt : « Il faut acculturer l’ensemble de la population, réussir à faire comprendre la complexité des phénomènes environnementaux et ensuite agir.  »

« Parfois, il y a des retranscriptions qui font que le propos scientifique n’y est pas, il y a des contre-sens. C’est le fruit du travail du scientifique qui a été manqué. »

Alexandre Marsat : « Curieux! a été créé en septembre 2018 pour déconstruire les fake news. Presque tout est lié aux sciences. On va sur le front, là où ça se passe, donc sur les réseaux sociaux. On est un média populaire, généraliste qui traite de sciences, et non pas un média scientifique. »

« On a des journalistes spécialisés dans le sport dans toutes les rédactions mais il y a pas de journalistes spécialisés environnement partout, alors qu’il y a une urgence climatique. C’est vraiment important de former les journalistes à l’environnement. »

Samuel Senave : « Ce qu’on attend, ce qui nous importe, c’est une restitution factuelle, qu’on retranscrive notre opinion sans biais. Ce n’est pas forcément ce qu’on retrouve. »

Catherine Simon : « Notre expérimentation s’appelle « Foutu planète ». C’est un groupe Facebook créé en avril 2019, pour faire avancer la place de l’environnement dans notre journal. On voulait créer une dynamique avec nos lecteurs, avoir une communauté. Dans le groupe, il y a des gens qui sont très pointus sur certains sujets. Cela permet d’identifier des experts et de pouvoir faire appel à eux. »

À RETENIR

Les journalistes s’approprient de plus en plus les questions sur l’urgence climatique mais doivent jongler entre pédagogie, simplification et restitution de faits complexes. Ils doivent composer avec les différentes ressources qui cherchent à diffuser les connaissances et expériences. Les lecteurs, eux, sont en quête de compréhension des enjeux contemporains et peuvent être mobilisés à l’échelle locale avec les médias.

Camille Granjard

Prix Albert Londres : voici les nominés pour l’année 2021

Hervé Brusini, président du Comité Albert Londres (Photo : Romain Leloutre/EPJT)

Hervé Brusini, président du Comité Albert Londres, a dévoilé mercredi 29 septembre les nominés de ce prestigieux prix journalistique pour 2021.

Depuis 1933, le prix Albert Londres récompense les meilleurs « grand reporters » français et le fruit de leur travail. Chaque année, 3 catégories sont mises en valeur : le prix de la presse écrite, le prix de l’audiovisuel et le prix du livre. Ce 29 septembre étaient dévoilés les nommés pour l’édition 2021.

19 productions présélectionnés

Les présélectionnés en presse écrite sont :

  • Margaux Benn (Le Figaro)
  • Zineb Dryef (M le magazine du Monde)
  • Wilson Fache (Libération/Causette)
  • Ghazal Golshiri Esfahani (Le Monde)
  • Caroline Hayek (L’Orient –  Le Jour)
  • Louis Imbert (Le Monde)
  • Josiane Kouagheu (Le Monde Afrique)
  • Willy Le Devin (Libération)
  • Léna Mauger (XXI).

Dans la catégorie audiovisuelle, six reportages ont été nommés :

  • Nicolas Ducrot ( « Pour ne pas les oublier » – France 3,  Babel doc)
  • Bryan Carter (« Les Routes de la discorde » – RTBF, Pokitin productions)
  • Alex Gohari et Léo Mattei (« On the line, les expulsés de l’Amérique » – France 2, Public Sénat, Brotherfilms)
  • Jules Giraudat (« Projet cartel-Mexique, le silence ou la mort » – France 5, Forbidden films)
  • Céline Rouzet (« 140km à l’ouest du paradis » – BE ciné, Reboot films)
  • Solène Chalvon-Fioriti / Margaux Benn (« Vivre en pays taliban » – Arte, Caravelle)

Enfin, pour le prix du livre, cinq projets sont retenus :

  • Flic, un journaliste a infiltré la police, de Valentin Gendrot
  • Les Serpents viendront pour toi, d’Emilienne Malfatto
  • La Honte de l’Occident, de Antoine Mariotti
  • Toxique de Sébastien Philippe et Tomas Statius.

« Albert Londres est l’âme du journalisme »

Hervé Brusini a notamment rappelé les critères de sélection et l’importance d’Albert Londres

  • « Les critères pour recevoir le prix Albert Londres forment une alchimie. Tout d’abord l’expression d’un style. Puis l’originalité d’une approche, l’opiniâtreté pour aller chercher des informations, le courage de la dénonciation, la sincérité de l’engagement et la capacité à séduire un jury hétérogène en matière d’âge. Il faut qu’on arrive tous à se dire : ça c’est Albert Londres. »
  • « Nous avons reçu cette année 90 projets en presse écrite, 34 sujets audiovisuels et 20 livres, de la part de nombreux pays. Cela montre la sincérité de l’engagement d’Albert Londres, dont le nom fédère toujours aujourd’hui au-delà des frontières françaises. »
  • « Albert Londres est allé documenter des sujets encore inconnus du grand public : le traitement des malades psychiatriques, le dopage dans les pelotons cyclistes, les conditions de vie au bagne de Cayenne, la misère du système colonial… Il rassemble les valeurs du journaliste : curiosité, disponibilité, engagement, opiniâtreté et le courage face aux coups encaissés lorsqu’on dénonce des choses. »

  • « Albert Londres est l’âme du journalisme. Surnommé le prince des reporters par la journaliste Andrée Violis, il est un des grands héros de l’information. Le grand reportage qu’il a popularisé est une vraie réponse aux questions démocratiques actuelles. Albert Londres y alliait l’art de la langue et l’art du récit. D’où sa devise : porter la plume dans la plaie. »

En 2020, le reporter du Monde Allan Kaval avait décroché le prix Albert Londres dans la catégorie presse écrite. Cédric Gras, pour son livre Alpiniste de Staline, avait remporté le prix de l’édition tandis que les journalistes Sylvain Louvet et Ludovic Gaillard avaient été couronnés dans la catégorie audiovisuel. Qui seront leurs successeurs ? Réponse le 15 novembre prochain.

Antoine Comte

[LE RÉSUMÉ] Parler du genre

Photo : Alexandre Camino/EPJT

Retrouvez l’essentiel de l’événement « Parler du genre »

Animé par Marc Mentré, vice-président de Journalisme et Citoyenneté, avec Pascale Colisson, responsable pédagogique et journaliste à l’IPJ Dauphine PSL ; Béatrice Denaes, journaliste formatrice et autrice ; Mejdaline Mhiri, coprésidente de l’association Femmes journalistes de sport, rédactrice en chef Les sportives ; Pauline Talagrand, adjointe au chef réseaux sociaux et fact-checking à l’AFP.

LES ENJEUX

Les quatre journalistes se sont réunies pour échanger autour de la question du genre dans les médias. Cette thématique pose en effet de nouveaux enjeux, notamment de renouvellement de vocabulaire ou de représentativité dans les colonnes. Un défi médiatique de taille dans un contexte de revendications féministes et sociales.

CE QU’ILS ONT DIT 

Pascale Colisson : « Nous devons avoir conscience de nos biais. C’est l’essence du métier. Nous devons caractériser les personnes pour ce qu’elles sont et pas pour ce qu’on projette sur elles »

« J’ai confiance en la nouvelle génération de journalistes. Elle est radicale dans le bon sens du terme »

Béatrice Denaes : « Par méconnaissance, on ne fera pas avancer la société. Les journalismes contribuent à faire évoluer les réactions stéréotypées. Nous sommes là aussi bien pour diffuser l’information que la culture, qui feront évoluer les mentalités »

Mejdaline Mhiri : « Certes, nous connaissons les difficultés qui touchent les femmes journalistes dès le début de leurs carrières. Le journalisme est un métier génial, ne lâchez-pas l’affaire. J’ai à cœur de transmettre cette détermination. »

Pauline Talagrand : « Je veux lancer un message. La responsabilité incombe certes aux structures et aux hiérarchies, mais elle incombe surtout aux journalistes. Ce sont eux qui feront bouger les rédactions et qui feront changer les choses »

« Une fois la réorganisation des effectifs entamée, il faut rentrer dans l’éditorial. Il faut donner des lignes directrices aux rédactions, des règles, des références pour que les erreurs ne soient pas faites »

À RETENIR

Les intervenantes qui ont pris part à ce débat ont fait état des difficultés que pouvaient notamment connaître les femmes journalistes au cours de leur carrière. Elles ont également évoqué l’impact que pouvaient avoir des erreurs ou approximations sur la question du genre auprès du lectorat. Elles ont appelé les journalistes et les rédactions à interroger leurs pratiques, pour traiter l’actualité avec le moins de biais possibles.

Alexandre Camino

[LE RÉSUMÉ] Podcast, un autre récit pour la planète

Photo : Antoine Comte / EPJT

Animé par Steven Jambot, producteur et animateur de «  L’atelier des médias » pour RFI ; avec Jeane Clesse, podcasteuse indépendante et hôte de Basilic ; Justine Davasse, autrice et conférencière et productrice du podcast «  Les mouvements zéro » ; Grégory Rozières, journaliste du service «  science et environnement » au Huffington Post et présentateur de L’en(vert) du décor.

LES ENJEUX

Trois créateurs pour trois projets novateurs. Jeane Clesse, Justine Davasse et Grégory Rozières ont tous lancés leur podcast consacré à l’écologie. Leur défi : raconter par le son et la voix les enjeux climatiques et les initiatives écologiques, dans le but de toucher un auditoire de plus en plus à l’écoute des thématiques environnementales. Il s’agit de ne pas tomber dans le pessimisme mais plutôt de mettre en valeur des personnalités et des initiatives pouvant inspirer les auditeurs.

CE QU’ILS ONT DIT

Jeane Clesse« J’ai créé Basilic en 2017 en partant d’un constat : on ne parlait pas assez d’écologie dans les médias traditionnels. On sentait une envie chez les citoyens de faire les choses différemment, de parler de projets environnementaux positifs sans tomber dans le dramatique. J’ai donc décidé de mettre sur le devant de la scène des acteurs qui pensent l’écologie différemment, sous la forme de podcast ».

Justine Davasse : « À la suite d’un voyage en Finlande, j’ai décidé de m’investir personnellement dans le 0 déchet. Cette cause m’a passionné et étant bénévole à Radio Campus depuis 12 ans, j’ai eu envie d’y consacrer une émission radio, qui est devenue par la suite un podcast. Aujourd’hui, je travaille avec différents formats comme l’interview ou le reportage qui reviennent tous sur des initiatives ” 0″ : les consommations 0 déchet, des agriculteurs n’utilisant pas de produits phytosanitaires, des constructions sans béton… »

Grégory Rozières« Au Huffington Post on a fondé L’en(vert) du décor en 2020 car on voulait surfer sur la développement du podcast. On a vu que l’écologie n’était pas le thème le plus traité dans ce format, et on a donc décidé d’allier son et environnement. Notre règle, c’est l’humour. Il faut aborder des sujets écologiques assez complexes comme si nous étions dans une discussion entre collègues, à la machine à café. On prend des idées reçues pour les expliquer de façon humoristique. »

Jeane Clesse : « Aujourd’hui Basilic en est à 123 épisodes, ce qui veut dire qu’il y a beaucoup d’initiatives positives. Chaque jour je découvre de nouvelles personnes et ma liste d’interlocuteurs potentiels ne désemplit pas. C’est pour cela que j’interviens assez peu dans mon podcast, pour laisser parler mes invités. Au niveau des thèmes, j’essaye de faire très diversifié : je peux parler de la finance durable, des slow cosmétique ou de l’alimentation locale. Je veux que mes auditeurs puissent piocher comme bon leur semble dans mes épisodes. »

Grégory Rozières : « On a la chance d’avoir derrière nous le Huffington Post qui nous soutient financièrement. Nos podcasts sont intégrés sur le site du média, ce qui leur assurent une visibilité auprès d’un public parfois peu habitué aux formats audios. Nous sommes conscients que les blagues ne doivent pas être trop lourdes. On doit aussi bien se moquer gentiment des écolos ultra-convaincus  que des personnes réfractaires au changement. On essaye de faire de l’improvisation, mais préparée (rires). »

À RETENIR

Jeane Clesse, Justine Davasse et Grégory Rozières ont chacun voulu traiter à leur façon de l’écologie de façon positive. Et cela par différents moyens : mettre la lumière sur une initiative atypique, jouer sur l’humour pour décrypter des situations compliquées… L’idée est d’amener l’auditeur à réfléchir sur ce qu’il pourrait faire de son côté en s’inspirant des histoires contées dans les formats audios. Le mariage entre un sujet comme l’écologie, omniprésent dans l’actualité, et un format podcast, qui se démocratise, semble gagnant puisque les 3 créations ont toutes des projets pour les années à venir : des déclinaisons vidéos, des livres ou des rencontres en live avec les auditeurs. Longue vie à l’écologie audio !

Antoine Comte